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morca

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27/04/2004
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Substance mort

Philip K. Dick


Substance mort
Traduction : Robert Louit
Illustration : Stéphane Dumont
Titre original : A scanner darkly
Première parution : 1977

 Pour la présente édition :

Editeur : Denoël
Collection : Présence du futur
ISBN : 2-207-30252-0

   

" C'était un type qui passait ses journées à se secouer les poux des cheveux ".
Ainsi commence l'inoubliable roman de Philip K. Dick, un des meilleurs, le meilleur selon certains - mais ce genre de jugement a-t-il un sens ?
On se rappelera que Dick avait toujours rêvé d'être reconnu comme écrivain à part entière, c'est-à-dire non pas enfermé dans un genre que les intellectuels jugent souvent plus que mineur : une littérature pour enfant, pour attardés. Dick aurait sûrement voulu être placé à côté des Kerouac, des Burroughs… Bien sûr, il y a quelques romans parus, de littérature générale. Paru parce que Dick est devenu un incontournable de la sf, et, par elle, reconnu au-delà du genre.
Toujours est-il que sa plus grande réussite dans une littérature non-sf est peut-être un roman sf : Substance mort. Car il s'agit encore de science-fiction : on en apportera comme preuve les différents éléments qui placent ce roman dans un monde qui n'est pas le notre, un monde futur - par exemple, le fameux " complet brouillé " que porte le héros pour cacher son identité. Mais en même temps, que ce soit de la science-fiction, on y prend pas garde.
Dick réussit ici peut-être a mêler le meilleur de lui-même. Il mêle le Dick SF, le Dick-beatnik, le Dick-parano… Tout ce que Dick était capable de faire est peut-être rassemblé dans ce roman au traitement cependant inhabituel, tant du point de vue de la trame, que du point de vue de l'écriture (je parle bien sûr, hélas, de la traduction).
Mais de quoi est-il question ?
Dick nous tire par le bras, et nous emmène dans l'univers de la drogue, le monde des junkies, tel qu'il avait pu le vivre au début des années 70. Une petit groupe de shootés comme Jerry Fabin, le type qui se cherchent les poux, Barris, un type qui n'inspire pas confiance et qui aurait découvert le moyen de faire de la coc avec une crème anti-solaire, Freck, un gars plutôt sympa qui échappe (trop) facilement à la réalité en se tapant des séquences-fictions, sorte de rêveries diurnes plutôt flippées, et Luckman, et Donna…
Et Bob Arctor.
Bob pour ses potes junkies. Fred pour la brigade des stups, qui ne le voit que sous complet brouillé. Bruce, plus tard, mais ce ne sera toujours pas son nom.
Bob-Fred-Bruce est mal barré. Déjà, infiltré dans le groupe de junkies, il en prend les habitus, et se tape de la substance M. Entre autres choses. Et puis visiblement quelqu'un lui en veut. Barris, sans doute...
Heureusement, il va peut-être découvrir qui, vu que les stups vont lui truffer sa maison de caméras. Situation schizo bien Dickienne : Fred va donc surveiller Bob, c'est-à-dire lui-même.
Et nous aussi, nous observons tout ce petit monde. Comme dans un miroir, obscurément. Car c'est un monde qui sombre, un monde à l'envers. A moins que ce ne soit le notre qui ne soit à l'envers.

Dick nous pond un roman plein d'empathie. Un de ses buts était de laisser la trace de tous ces types qu'il avait connu dans leur déchéance. Et il y arrive plutôt bien. On vit dans ce petit monde où tout tourne autour d'une idée fixe : la drogue. Un monde crasse, paumé, paranoïaque : la peur de se faire prendre par les flics, les stups, la peur de ses propres amis qui peuvent bien vous gruger n'importe quand, la peur de ne plus bander, la peur de crever, et pire : celle de finir la cervelle grillée dans une clinique psychiatrique.
Mais un monde sympathique, aux personnages attachants. Et tellement drôles parfois.
Un roman plein d'empathie - une des plus forte qualité de Dick - plein d'amour, carrément, c'est lui qui le dit en parlant de tout ceux qui lui ont inspiré le livre : " je leur dédie mon amour "

Un livre bourré de référence autobiographique : le fameux trip à l'acide y intervient, trois fois. Mais aussi, pour l'exemple : chapitre 1 : l'histoire du type qui sauve un gosse qui allait se faire écraser par une voiture, chapitre 2 : les visions de tableaux, etc… A moins, là aussi, que Dick n'ait d'abord écrit, puis intégré des passages à sa biographie…
D'ailleurs, Fred-Bob-Bruce, qui n'est ni Fred, ni Bob, ni Bruce, qui n'a pas de nom, n'est-ce-pas Dick lui-même ?

Un livre plein de passages inoubliables : le discours d'Arctor, le délire sur le moteur d'une voiture, le coup des vitesses de vélo, etc… jusqu'à la claque finale - une sacré claque.

Bref, un Dick incontournable.
Et, encore une fois, puisqu'à cette heure l'adaptation ciné n'est pas sortie, si vous ne l'avez pas lu, vous savez quoi faire... ;)




Il y avait un type nommé Jerry Fabin. Un drogué.
Il croyait que tout son corps était recouvert de parasites, que ses poumons en étaient pleins.
Il souffrait atrocement et passait des journées entières sous la douche, sans parvenir à se nettoyer.
Jusqu'au jour où les hommes en blanc sont venus le chercher.
Il y avait un type qui, sous le nom de Fred, travaillait pour la brigade des stupéfiants, le corps dissimulé sous un " complet brouillé" et qu'on chargea un jour de s'espionner lui-même.
Et puis il y en avait bien d'autres, toxicos, freaks, pousseurs de dope qui allaient souffrir plus que de raison.
Car la drogue tue.
Elle fait de vous un légume ambulant.
Surtout la Substance Mort, la pire de toutes, celle qui vous brûle le cerveau et détruit votre identité.



Le paradick, page avec des avis d'auteurs et d'autres liens vers des critiques :
http://www.noosfere.com/heberg/Le_ParaDick/romans/Substance_mort.html

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Critique enregistrée le 20 février 2005 à 12h33     (mise à jour le 26/09/2006 à 22h12)

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© Culture SF 2003 / 2009 - Conception et réalisation : Aurélien Knockaert - Mise à jour : 13 mars 2009

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