Forum SF
  Critiques
  Critiques BD
  A propos du site
  L'Atelier
  Remue-méninges
    Le bistrot
    Annonces (une dédicace ? vous venez de publier un livre ?)
Pseudo :
Passe :
  Pas encore enregistré ?
  Mot de passe oublié ?
9 visiteurs actuellement
  Les forums de Culture SF
Jekub

Inscrit le :
25/04/2008
7 critiques
942 messages
Consulter le profil de Jekub
Envoyer un message privé à Jekub

Le Bal des schizos

Philip K. Dick


Le Bal des schizos
Traduction : Arnaud Mousnier-Lompré
Titre original : We can build you

 Pour la présente édition :

Editeur : Pocket

La critique du livre
Soyez le premier à donner votre avis !

Si le titre francophone du roman de ce cher Philip K.

Dick

 peut faire sourire en annonçant toute la gouaille caractéristique de l'auteur à dépeindre les marginaux psychotiques, il s'avère que le titre original, We can build you, met en lumière et rassemble les différentes perspectives du récit d'une manière assez maligne et garde donc selon moi un certain avantage face à sa traduction. Mais pourquoi deviser sur un titre en guise d'introduction ? Car, simplement, le vaste faisceau de possibilités émanant de celui ci va donné la brillante impression que je structure mon compte rendu d'une façon intellectuelle. Elle est pas belle la vie ? 

Le premier thème, qui vient de prime à l'esprit d'un lecteur de SF, est bien sûr la capacité de créer un humain de toutes pièces, de A à Z, et de faire naître en lui une conscience et son rapport au monde de façon artificielle. Et on aborde ce point en effet (très) rapidement au cours du livre, puisque de concert avec le héros, un Louis Rosen quelque peu dérouté, on fait la connaissance d'un androïde, appelé simulacre, qui semble techniquement et physiologiquement au point. Mais tout ne fait que commencer, et c'est ici que l'esprit perturbé et génial de 

Dick

 rentre pour notre plus grande joie perverse en jeu. La trame

dick

ienne débute en effet  quand Louis prendra connaissance de la nature de l'androïde lui taillant si singulièrement le bout de gras.  Ce n'est pas un homme quelconque qui lui fait face de son physique anachronique fidèlement reconstitué. C'est M.Stanton, ministre (de la guerre) sous Lincoln, fraîchement débarqué sur Terre bien après sa mort. Mais les associés de Louis semblent formels, ce n'est qu'une reconstitution psychologique et physique exacte, une illusion pérenne et infaillible. Et pourtant, son agilité surannée de fin jouteur oral, ses manières d'un autre âge, sa sagacité d'homme politique, ses réflexions lucides, tout cela semble si réel....Louis doute. Une frayeur immense lui noue l'estomac. Il s'imagine à partir de cette projection maléfique être déchiré de son néant post-mortem, ramené à la vie sous forme de vis et de boulons, bref, il ne se sent pas à l'aise en compagnie du simulacre. Et ce n'est pas pour s'arranger. La fille de son associé, Pris, schizoïde et créatrice compulsive, pousse l'entreprise à produire Lincoln lui même ; c'est ainsi qu'on voit cet homme mythique débarqué dans le roman de

Dick

comme si de rien n'était. (Mais avec un panache certain). Robots parfaits? Morts ramenés sans vergognes à la vie ? Et si lui, Louis Rosen, n'était pas également un automate à son insu? La trame matérielle et les contingences humaines s'effilochent, l'esprit psychotique et paranoïaque de l'auteur fébrile se déploie comme des griffes acérées, prenant en proie l'existence de Louis, le faisant basculer insidieusement dans une terreur muette, vers un glissement indicible dans une folie certaine, heureuse, tantôt lucide tantôt schizo. Pourtant l'autre face du roman émerge, d'avantage humaine, paradoxalement.

Dick

est un rat, comme le disait Carrère, c'est un rat qui continue à ironiser au bord de l'abîme. 

L'autre aspect pointe son nez donc, laissant pour un temps les considérations philosophiques et les doutes méthodiques charmeurs de côté, et l'on voit alors apparaître le côté marmoréen de l'iceberg. La société américaine, vernie par la coutumière paranoïa légendaire de

Dick

se voit ici conté en une litanie de sarcasmes mordants et de répliques ironiques désabusées. La valse endiablée subversive se joue véritablement. Un drôle de mal touche ce monde stigmatisé : Une fraction importante de la population est soit disant touchée par une maladie mentale de type psychotique, " alors n'hésitez pas à aider vos proches en les dénonçant au bureau fédéral de la santé mentale... "Vous voyez le tableau au rire jaune. Les malades mentaux présumés pleuvent des rigoles et dégoulinent des caniveaux. Pris, la schizoïde froide et calculatrice, mais également la dominatrice attirante, la fille aux cheveux noirs récurrente, incarne la rémission et la réussite de ces usines à façonner des songes-creux. Louis, attirée par cette fille inhumaine en même temps qu'il sombre mentalement, déclenche sa chute et ses singuliers revirements de finalité. Il ne souhaite plus d'un carriérisme minable à l'american way of life, il ne veut qu'elle, un amour pur, idylle des soirs glacés, improbable et inaccessible, en bon mono-maniaque qui se découvre. Il n'est pas dur de comprendre que

Dick

ramène cet amour impossible, la dérision de ces personnages minables et sans le sou évincés par l'agitation des puissants, à sa vie personnelle. ( De même pour l'exactitude minutieuse et perverse avec laquelle il décrit doctement et ironiquement les agissements des sois disant psychiatres...).
Donc, We Can Build You, une phrase merveilleuse pour annoncer qu'il n'y a pas que des androïdes qui sont fabriquables. Loin de là. D'ailleurs la différence est mince entre le Lincoln en boites de conserves et l'entrepreneur du roman. Pire, le robot paraît plus empathique. Inversion des valeurs insidieuse, détournement des codes, mise en avant d'une perspective triste mais ô combien réelle, trop réelle pour qu'on la voit, mais pourtant placée sous un ciel de dérision courageuse : Voilà ce que c'est ce livre.


En définitive, si le Bal des schizos m'a sidéré, c'est grâce à son charme indubitable. Un charme qui serait difficile à reproduire car vraiment trop spécial à

Dick

: Des personnages cinglés s'agitant en des dialogues burlesques, parfois à la limite de l'intelligible, des situations pittoresques et incongrues (souvenez vous cette soupe aux queues de Kangourous et l'air songeur du Lincoln....Ou encore ce dernier déclamant à longueur de journée des passages de Peter Pan ou de Winnie L'ourson devant l'air ahuri de ses associés...). Bref, un défilé de sons et d'images à côté de la plaque, de marionnettes décalées de la réalité en toque malgré elles, qui tentent vainement de s'y raccrocher, et feront tant d'efforts pour un résultat qu'on devine bien maigre...

Et c'est l'ultime horizon de cette œuvre, la mélancolie ravageuse, le vide malléable lové en chaque être humain, l'élément d'amertume qui déborde en une écume qui ne demande qu'à être parcouru de doigts créateurs. Que ce soit dans les traits affaissés par trop humain d'un Lincoln ne s'étant jamais remis de son amour de jeunesse, ou dans les exultations tristes de Louis, se débattant dans un paysage morne et industriel, plus factice que les simulacres eux mêmes, elle est là, elle émaille le Bal des Schizos de ses échos lourds de significations destructrices ; elle nous mine, incomplets et vulgaires que nous sommes, pour nous refaire à sa sauce, elle aussi, afin d'être peut être d'avantage en harmonie avec le silence ténu qui règne entre les lointaines étoiles.

Comme Louis, à la fin, nous nous persuadons d'avoir tout, tout dans une supercherie qui ne doit pas être révélée, de peur de rechuter.




C'est d'abord les pianos droits qui ont flanché. Puis les orgues électroniques. Alors Pris est sortie de clinique et on s'est mis à débiter des simulacres. Après le Stanton, un Abraham Lincoln, et encore après un W.H. Booth, son meurtrier. A ce train là, la Guerre Civile n'était pas loin. En tout cas, ce fut vraiment le bal des schizos.


Vous aimez ce livre ou cette critique ? Faites-en part à vos amis !   
  



Soyez le premier à donner votre avis !

Peut-être aimerez-vous aussi ces livres du même auteur ?
Ubik   

Ubik

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée morca
13 réponses y ont été apportées. Dernier message le 21/02/2016 à 13h39 par Harley

Au bout du labyrinthe   

Au bout du labyrinthe

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée morca
1 réponse y a été apportée. Dernier message le 28/03/2016 à 22h03 par Olivier

Les clans de la lune Alphane   

Les clans de la lune Alphane

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée morca
8 réponses y ont été apportées. Dernier message le 23/09/2014 à 14h55 par Olivier

Substance mort   

Substance mort

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée morca
17 réponses y ont été apportées. Dernier message le 29/05/2019 à 12h02 par Olivier

Le dieu venu du centaure   

Le dieu venu du centaure

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée oman
6 réponses y ont été apportées. Dernier message le 08/12/2005 à 09h22 par JC

Loterie solaire   

Loterie solaire

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée oman
11 réponses y ont été apportées. Dernier message le 10/07/2005 à 01h27 par morca

Blade Runner   

Blade Runner

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée oman
4 réponses y ont été apportées. Dernier message le 13/12/2007 à 17h00 par Nostromo

La vérité avant-dernière   

La vérité avant-dernière

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée oman
8 réponses y ont été apportées. Dernier message le 12/05/2015 à 17h17 par Olivier

A rebrousse-temps   

A rebrousse-temps

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée morca
2 réponses y ont été apportées. Dernier message le 11/10/2005 à 12h06 par morca

Nick et le Glimmung   

Nick et le Glimmung

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée Tsilla
8 réponses y ont été apportées. Dernier message le 24/10/2005 à 21h39 par Olivier

Les joueurs de Titan   

Les joueurs de Titan

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée oman
1 réponse y a été apportée. Dernier message le 05/11/2005 à 21h22 par zomver

Le temps désarticulé   

Le temps désarticulé

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée oman
7 réponses y ont été apportées. Dernier message le 09/11/2005 à 08h07 par Lisbei

Dernière conversation avant les étoiles   

Dernière conversation avant les étoiles

    

Philip K. Dick, Gwen Lee



Cette critique est signée Olivier
6 réponses y ont été apportées. Dernier message le 07/04/2006 à 18h33 par bladerunner

Dr Bloodmoney   

Dr Bloodmoney

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée oman
9 réponses y ont été apportées. Dernier message le 17/02/2006 à 20h02 par oman

L'oeil dans le ciel   

L'oeil dans le ciel

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée morca
10 réponses y ont été apportées. Dernier message le 04/02/2008 à 18h52 par Gutboy

Glissement de temps sur Mars   

Glissement de temps sur Mars

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée gylles
12 réponses y ont été apportées. Dernier message le 02/02/2007 à 18h34 par tleilaxu

Romans 1953 - 1959   

Romans 1953 - 1959

    

Philip K. Dick, Gérard Klein



Cette critique est signée Olivier
10 réponses y ont été apportées. Dernier message le 22/10/2013 à 11h56 par Olivier

Le maître du Haut-Château   

Le maître du Haut-Château

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée Olivier
10 réponses y ont été apportées. Dernier message le 22/02/2016 à 17h14 par lacroute

Romans 1960-1963   

Romans 1960-1963

    

Philip K. Dick



Cette critique est signée Olivier
Aucune réponse pour le moment...

Science-fiction

, fantastique, fantasy : Culture SF, toutes les littératures de l'imaginaire

© Culture SF 2003 / 2014 - Conception et réalisation : Aurélien Knockaert - Mise à jour : 08 juin 2014

nos autres sites : APIE People : rencontres surdoués - Traces d'Histoire