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LeGaidol

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Tehanu

Ursula Le Guin


Tehanu
Traduction : Isabelle Delord-Philippe
Illustration : Wojtek Siudmak
Titre original : Tehanu, The last book of Earthsea
Première parution : 1990

 Pour la présente édition :

Editeur : Presses Pocket
ISBN : 2-266-05115-6

   

À la mort de son mari Silex, Tenar revient chez Ogion qu’elle a jadis abandonné pour choisir la vie de femme et de mère. Elle a adopté une petite fille qui a été violentée et à demi brûlée. Le vieux mage est malade et il ne tarde pas à mourir. Un jour, au bord de la falaise auprès de laquelle sa maison est bâtie, un dragon dépose Ged de retour de son voyage dans la contrée des ténèbres.



Le livre de trop ?
Seize années après la parution du troisième livre de Terremer, Ursula Le Guin est revenu à son univers. Portant le sous-titre de dernier livre de Terremer, le récit s’ouvre pendant un temps de changement.
Le premier changement évident est le retrait de Ged et c’est sans doute cela et une action étroitement centrée sur l’île de Gont qui concourt à l’impression d’essoufflement du récit. Ged n’est plus que l’ombre de lui-même après son voyage au-delà des rivages de la vie. Comme un verre d’eau, il a déversé son pouvoir sur la terre desséché de la contrée des morts afin de réparer la brèche ouverte par le mage Cygne. Le héros est fatigué et sa geste est achevée. Il n’aspire plus qu’à retrouver dans son île natale la tranquillité et l’apaisement d’une existence retirée.

Le second changement est celui instauré par la restauration de la monarchie à Havnor*. Celle-ci a été amorcée à la fin de « L’ultime rivage » avec le couronnement d’Arren sous son vrai nom de Lebannen. Le principe du retour du roi, restaurateur de l’harmonie universelle, est un thème classique depuis Tolkien, voire bien avant, avec la matière de Bretagne et les mythes celtiques dans lesquels elle prend racine.
Cependant l’intérêt principal n’est pas là. Il réside dans cette préoccupation humaniste inspirée toujours du Taoïsme. L’humain transparaît nettement à nouveau dans le propos de l’auteur qui déplace son point de vue dans un domaine négligé par son regard jusque-là : l’interaction entre l’homme et la femme.

Aussi faible et méchant qu’un sortilège de femme.
« Tehanu » est un livre de femmes. En effet ce sont les personnages féminins qui sont poussés sur l’avant-scène : Tenar devenue épouse de fermier et non magicienne,Tehanu petite fille brisée et défigurée par la violence masculine et Mousse la vieille sorcière de Ré Albi persuadée qu’il n’y a plus rien à attendre des hommes.
L’élément féminin jusque-là a été simplement effleuré. D’ailleurs il est présenté sous un aspect faussement défavorable, je reviendrai là-dessus. Les puissances ténébreuses sont féminines et dans les terres kargades sont servis uniquement par des religieuses. De même dans « Le sorcier de Terremer », la tante de Ged est présentée comme une femme ignorante qui utilise fréquemment ses dons à des fins douteuses et déraisonnables.
En réalité cette représentation du sexe dit faible est trompeuse. L’harmonie, Taoïsme oblige, repose sur la connaissance des différences entre les sexes et la reconnaissance de leur complémentarité. Les femmes ne peuvent pas connaître la nature féminine si elles ne vivent qu’entres-elles. De même les hommes ne peuvent pas connaître leur nature s’ils ne vivent qu’entre eux. C’est un équilibre fragile qu’il faut entretenir et non une égalité qu’il faut imposer. Certes, la femme n’a pas la meilleure part : trop souvent la liberté de l’un signifie la servitude de l’autre. Aussi l’homme a t-il davantage de chemin à parcourir pour rétablir l’équilibre.
Finalement ce n’est pas la femme ou l’homme qui sont à blâmer dans cette histoire mais l’ignorance mutuelle dans laquelle ils vivent.



Notes :
*c’est une constante de l’humanité pour Ursula Le Guin. L’Homme se distingue des autres espèces par sa capacité à se différencier socialement et culturellement. Néanmoins, par nostalgie de l’unité originelle perdue, il organise des systèmes d’échanges entre les divers groupes. Le cycle science fictif de Hain fonctionne sur un principe identique. Nier ce processus, c’est refuser un caractère essentiel de l’humain. C’est rejeter également toute possibilité d’évolution. Il semble, par contre, que bien des auteurs de fantasy l’ait oublié en rejouant ad nauseam le même scénario manichéen.


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Critique enregistrée le 16 décembre 2005 à 10h27

Science-fiction

,

fantastique

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© Culture SF 2003 / 2009 - Conception et réalisation : Aurélien Knockaert - Mise à jour : 13 mars 2009

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