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Le sorcier de Terremer

Ursula Le Guin


Le sorcier de Terremer
Traduction : Michel Lee Landa, Philippe Hupp
Illustration : Wojtek Siudmak
Titre original : The wizard of Terremer
Première parution : 1968

 Pour la présente édition :

Editeur : Presses Pocket
ISBN : 2-266-02346-2

   

Sur l’île de Gont le jeune Dan se signale à son entourage par sa faculté à retenir le vrai nom des choses et des êtres. Mage-né, il est surnommé Epervier. Mais un grand pouvoir est dangereux pour soi-même et pour autrui sans la connaissance. Attiré par la publicité de ses exploits juvéniles le mage de Ré Albi Ogion le baptise de son vrai nom : Ged. Puis il le prend un temps sous son aile pour l’éduquer. Mais, l’initiation est périlleuse car l’élève est d’une curiosité insatiable. Aussi, après lui avoir donné le choix, Ogion le recommande auprès de l’Archimage de l’école de Roke.
« Je t’envoie celui qui sera le plus grand des magiciens de Gont, si le vent lui est favorable. »
Favorable, en effet, si Ged apprend à se connaître.

Apprendre à se connaître.
Des trois premiers livres du cycle de Terremer, celui-ci est l’entrée en matière. Le lecteur y découvre Terremer par le biais d’un héros, Ged dit l’Epervier, grand magicien, maître des dragons et explorateur infatigable, dont le narrateur nous présente les aventures comme une geste édifiante passée. D’emblée l’intérêt ne réside donc pas uniquement dans l’aventure, que l’on peut résumer très rapidement tant elle est simple, mais dans les enseignements et les réflexions qu’elle suscite. Le récit de cette construction individuelle, un flash-back nous projetant pendant la jeunesse de Ged, met le lecteur non dans une position passive mais active. Il l’invite à la réflexion puisqu’il le place sur le même plan que les supposés habitants de Terremer, Ursula Le Guin endossant le rôle de conteuse. Ce dispositif qui n’est pas nouveau, fonctionne ici à merveille. Il ne revêt pas ce caractère factice, dont on peut se lamenter par ailleurs dans d’autres lectures, car on y apprend vraiment autant que les personnages du roman à se construire ou à se reconstruire. Voilà pour le côté intellectuel. Mais fort heureusement « Le sorcier de Terremer » est aussi un texte dense qui se lit agréablement d’une traite et dont le charme repose autant sur l’aspect sensible qu’intellectuel.

Magie éthique.
A Terremer la réalité s’incarne dans les mots du Langage de la Création. Les chants et les poèmes précisent que l’archipel est issu des paroles de Segoy qui a tiré de l’eau les îles et créé tous les êtres en les nommant dans le Langage de la Création. Donc dire c’est faire mais faire c’est aussi dire car détenir le vrai nom d’un être ou d’un objet, c’est disposer d’un immense pouvoir sur lui, celui d’agir sur le monde, de le transformer voire de le défaire et de lier les individus, si l’on possède quelque capacité magique.
Magie. Ce terme évoque l’irrationnel et l’illusion et suscite boutons et nausées chez les rationalistes forcenés de la science-fiction. Pourtant, à Terremer la magie respecte une logique quasi-scientifique. En fait cette logique regarde davantage du côté des philosophies et syncrétismes religieux orientaux, notamment le Taoïsme* dont Ursula Le Guin est une grande lectrice.
Le don de magie est un talent inné chez certains individus parmi les peuples hardiques qui habitent la majeure partie de l’archipel de Terremer. C’est un talent latent, que l’on peut cultiver mais très rares sont ceux qui le manifestent sans entraînement. Ged est justement une de ces exceptions, un mage-né, dont la prédisposition au don se manifeste très tôt. Il doit apprendre à le maîtriser et à en user à bon escient car si le don de magie prend toute sa puissance dans l’utilisation du Vrai Langage, où le nom de la chose est la chose elle-même, il comporte sa part de bien et de mal. En effet la magie n’est ni bonne ni mauvaise, elle est les deux à la fois. De l’affrontement avec le mal peut naître l’aspiration au mieux. Que le mal disparaisse et le bien s’efface avec lui. « Le jour est la main gauche de la nuit » pourrait-on dire en paraphrasant un autre titre de roman de l’auteur. En conséquence, user de la magie entraîne des dangers car cela implique une rupture de l’équilibre entre le bien et le mal. Cette conception n’est qu’en apparence manichéenne car le bien, une fois de plus, n’exclut pas le mal. « Allumer une chandelle, c’est projeter une ombre ». C’est donc un usage équilibré de la magie qui est préconisé. Un usage en pleine connaissance des règles enseignées à l’école de Roke*.
Ged l’apprendra à ses dépens et c’est après une longue course-poursuite, pendant laquelle il est successivement proie et chasseur, qu’il parviendra à triompher de l’ombre maléfique, qui menace de le dévorer, en la nommant, la faisant basculer de la non-existence à l’existence. Yin Yang. L’équilibre est rétablit.

Notes :
Taoïsme : L’ensemble du cycle de Terremer peut être interprété dans une perspective taoïste. Le Vrai Langage, c’est le Tao qui est l’essence de toute chose, l’origine de toute existence, la source avant même l’acte créateur. En s’incarnant, le Tao engendre des opposés à interaction réciproque : Yin et Yang. Sans entrer davantage dans le détail du taoïsme, force est de constater que l’univers de Terremer est amplement d’inspiration extrême-orientale avec quelques références celtes.
Roke : Petite île située non loin d’Havnor, Roke est le siège de l’école de magie. Fondée par des mages opposés à l’usage dévoyé du don pendant l’âge sombre, en gros la période de désordre suivant la mort du dernier roi d’Havnor, l’école s’est fixée pour but de guider le pouvoir politique en utilisant la magie dans une optique éthique. A la fonction de contrôle s’ajoute la mission de collecte, de classification et de mise en commun du savoir. C’est dans ce cadre que Ged commence et perfectionne l’apprentissage de son art.


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Critique enregistrée le 16 décembre 2005 à 10h03

Science-fiction

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fantastique

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© Culture SF 2003 / 2009 - Conception et réalisation : Aurélien Knockaert - Mise à jour : 13 mars 2009

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