Est-ce là un roman de science-fiction ? Pas de vaisseaux spatiaux, pas d’extra-terrestres, aucune tentacule, mais une ville d’Amérique latine, comme émergée d’un nulle part, comme vivant par et pour elle-même, dans un temps qui est le temps lui-même. Eminemment politique, éminemment irréel, ville et intrigue rattachent le livre à une construction imaginaire permettant de tester une idée, à la science-fiction.
Boyd Daniel Hakluyt est régulateur de trafic. L’un des douze ou quinze experts reconnus à travers le globe. Il a été appelé à Aguazul, pays d’Amérique latine, afin d’y résorber des problèmes dans la ville de Cuidad de Vados. La ville, nouvelle, a accueilli en citoyens des natifs de pays étrangers venus aider à son édification. Edification qui a entraîné le détournement de rivières et poussée quantité de villageois à fuir leur lieu de naissance pour s’agréger à elle, en bidonvilles qui la dénaturent.
Le lecteur apprend à connaître Cuidad de Vados à travers les découvertes de Hakluyt, la rectitude de ses avenues jamais embouteillées, la grandeur de ses quatre places centrales ensoleillées, les sinuosités des vies humaines qui la peuplent. Car en son sein, la ville abrite deux factions opposées. L’une veut conserver l’eden qu’ils ont permis de faire sortir de terre, l’autre réclame que la ville accueille les démunis qu’elle a exilé de la campagne environnante.
Pendant le séjour d’Hakluyt, les sentiments s’exacerbent, les mouvements s’accélèrent et les morts s’enchaînent. Son travail cristallise les lignes de fractures des deux camps.
La ville, personnage principal du roman, où se déroule plus que la majorité du roman (une petite excursion du régulateur de trafic dans le reste du pays) offre un sentiment de claustrophobie. Les incursions sur les hauteurs, où dominent l’aéroport, le palais du président Vados et la station de radiotélédiffusion, sont rares et accentuent le sentiment d’oppression.
Derrière la critique de l’opposition sociale et spatiale, Brunner rejoue une partie d’échec, et nous livre grandeur urbaine une manipulation de l’homme qu’il n’appelle pas de ses vœux. Le leit motiv de la partie d’échec, jeu révéré par la population d’Aguazul, a un côté qui fait grincer des dents, mais au final il est indispensable à la cohérence du roman.
Brunner met en place un triple niveau de compréhension dont il joue pleinement : la vision du personnage sensé neutre, celle du lecteur, narration à la troisième personne qui fait qu’on suit Hakluyt mais qu’on ne pense pas Hakluyt, pour autant le lecteur échappe-t-il à toute manipulation, lui qui est mené par l’auteur. Un livre Intelligent, jamais didactique et pourtant plein d’enseignement.












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