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RE : Les racines du mal
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13/09/2005 à 09h22
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Je pense qu'il ne faut pas généraliser de façon grossière ou hative en confondant un auteur et son oeuvre.
Ce n'est pas parce que Poppy Z Brite a écrit Le corps exquis qu'elle est dingue, au contraire, c'est même une personne d'une grande sensibilité, comme le montrent la plupart des textes de son dernier livre, Petite cuisine du diable, à commencer par le dernier, sublime.
Même remarque aussi pour Claude Ecken, qui a écrit L'abbé X pour dénoncer la pédophilie (contrairement à ce que peuvent dire ses détracteurs) ou Enfer clos suite à un article de journal, romans où il explore la face la plus noire de la nature humaine. Car il est en même temps capable d'écrire En sa tour Anabelle (in. Le monde tous droits réservés), un texte sturgeonnien de la plus belle facture.
***
Par contre, dire que Dantec n'a plus la lumière dans toutes les pièces ne me choque pas outre mesure. Il me parait particulièrement obsédé et un peu parano quand même.
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 "Un monde nouveau va naître, un monde dans lequel il n'aura pas sa place. Il est trop clairvoyant pour lutter contre lui ; mais il ne feindra pas de l'aimer." George Orwell
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RE : Les racines du mal
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13/09/2005 à 11h08
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Franz, si ça peut t'arranger, interview de dantec :
| | | | | | Citation :
Es-tu schizo ?
Je crois que tout écrivain qui doit s’assumer comme tel, doit au moins flirter avec ça. Ce n’est pas possible autrement. |
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Ouais. Le fait qu'un auteur soit un malade - si tant est qu'on puisse le prouver - personnellement ne me dérange pas non plus...
Sade, malade ? Ma foi... Burroughs, un malade ? Pourquoi pas, c'est très bien. Bataille, malade, tant mieux, j'ai aimé...
Pas tous choquants, d'ailleurs : Dick, un malade ? Sans doute.
Pour ce qui est de Dantec, je lirais peut-être ce livre, mais comme le batage médiatique m'énerve, j'attendrai qu'il soit en poche, ou mieux : en bibliothèque, ou qu'on me le prête :p - en plus, je me sentirais plus à l'aise pour voir ce dont il s'agit...
Par contre, je lirais sans doute Meddik. (Même si je trouve l'auteur gonflé de révéler l'âge canonique d'un des membres du forum :D ) - car je suis intrigué.
Je replussoie avec Olivier sur les serial killer. Quand dans une autre interview Dantec dit :
| | | | | | Citation :
J'ai rapidement conçu les "tueurs en série" comme le contre-pôle libéral, socialisé et individualiste (privatif) des idéologies de masse totalitaires. Le tueur en série dirige un micro-état concentrationnaire qui n'est autre que lui-même. Les modus operandi sont très proches : disparition des victimes "dans la nuit et le brouillard", coupure totale avec le monde "réel" tout autant que "légal", déshumanisation méthodique, haute technicité opérationnelle ("fabrication industrielle de cadavres", disait Heidegger à propos des camps nazis), actes de barbarie répétés, mise à mort systématique, effacement de toutes traces jusqu'à, finalement, l'anéantissement physique du cadavre. |
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Je reste dubitatif sur le parallèle.
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 C'est pas vrai, je ne suis pas misanthrope. La preuve, j'ai des amis humains.
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RE : Les racines du mal
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13/09/2005 à 11h38
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| | | | | | Citation :
Le tueur en série dirige un micro-état concentrationnaire qui n'est autre que lui-même. |
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Dubitatif à l'excès, étant donné qu'un tueur en série ne fait du mal qu'à autrui. Un Etat concentrationnaire fait du mal à une partie de la population qui est sous sa coupe.
| | | | | | Citation :
Les modus operandi sont très proches : disparition des victimes "dans la nuit et le brouillard" |
| | | | | | |
Faux, de nombreux tueurs jouent avec la police en ne dissimulant pas leurs cadavres, comme celui appelé BTK (bondage, torture, kill) par exemple. Certains entretiennent un contact avec les autorités, comme les deux gars qui shootaient sur les clients des stations services au pays des armes en vente libre.
| | | | | | Citation :
coupure totale avec le monde "réel" tout autant que "légal", |
| | | | | | |
Faux également, puisque dans la majorité des cas, les tueurs en série sont socialement intégrés. Le totalitarisme ne connait pas non plus de coupure légale, bien au contraire. Tout y est au contraire légal et codifié, à commencer par l'arbitraire.
| | | | | | Citation :
déshumanisation méthodique, haute technicité opérationnelle ("fabrication industrielle de cadavres", disait Heidegger à propos des camps nazis), |
| | | | | | |
Haute technicité opérationnelle ? Foutaises, quand on sait que la plupart des tueurs agissent de façon pulsionnelle, selon une logique de prédation. Il n'y a pas de fabrication industrielle de cadavres, car il est exceptionnel qu'un tueur s'attaque à plusieurs personnes à la fois.
Quant à Heidegger, il savait de quoi il parlait à propos du nazisme, et pour cause !
| | | | | | Citation :
actes de barbarie répétés, mise à mort systématique, effacement de toutes traces jusqu'à, finalement, l'anéantissement physique du cadavre |
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.
Actes de barbarie répétés, cela semble logique pour un tueur en série !
Anéantissement physique du cadavre, faux (voir le deuxième point).
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 "Un monde nouveau va naître, un monde dans lequel il n'aura pas sa place. Il est trop clairvoyant pour lutter contre lui ; mais il ne feindra pas de l'aimer." George Orwell
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RE : Les racines du mal
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13/09/2005 à 12h55
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| | | | | | Zomver :
Celle [la critique] qui démolit s’en prend parfois à l’auteur, ce qui ne doit pas être facile à supporter lorsqu’on "met ses tripes" dans ses écrits. Je ne peux donc que comprendre votre intervention dans ce thread. |
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Celle qui s'en prend à l'intégrité humaine, à son intimité, oui. Celle-là, elle me fait vomir.
| | | | | | Olivier :
Je pense qu'il ne faut pas généraliser de façon grossière ou hative en confondant un auteur et son oeuvre. |
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Bravo, Olivier. Je n'aurais pas mieux dit. Et cela corrobore ma nausée ci-dessus.
| | | | | | Morca :
Par contre, je lirais sans doute Meddik. (Même si je trouve l'auteur gonflé de révéler l'âge canonique d'un des membres du forum :D ) - car je suis intrigué. |
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Bah! pas mal de personnes sur ce site le savaient déjà, non? Non? Vraiment? :-)
| | | | | | Franz :
Jusqu'où peut aller un auteur dans la provocation pour passer un message sans se mettre le lectorat à dos? |
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C'est tout le problème de la différence entre la dénonciation et la provocation. il y a franchement un monde entre les deux. Et sauf erreur de ma part, je me range du côté des dénonciateurs. Encore une fois, personne n'est obligé de lire Meddik. Ou La profondeur des tombes, etc., etc. De plus, je trouve la provocation franchement stérile. Et souvent ambiguë.
Bien à vous tous,
T. Di Rollo.
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RE : Les racines du mal
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13/09/2005 à 13h27
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Et mamie zomver de vous remercier pour cet échange passionnant qui a su rester courtois d’un bout à l’autre alors que le sujet était pour le moins délicat. Belle performance tout à l’honneur de ce forum !
Juste un petit mot pour en revenir au livre…
Dans un thread du forum principal intitulé contexte du roman, j’avais affirmé dissocier l’œuvre de l’auteur. Je ne sais pas dans quelle mesure ceci est une bonne chose toujours est-il que je tente de m'y tenir.
Je me moque éperdument de ce que dit l’individu Dantec. J’ai un roman sous les yeux. Je le lis. Je "me" l’interprète. J’enrichis et modifie même parfois mes interprétations en discutant avec vous sur ce forum.
La vision réelle qu’a Dantec d’un tueur en série, je m’en bats sévèrement la couenne. J’écouterais avec plus d’intérêt un psychothérapeute (sans "k" notez-le bien ;D ).
En revanche, l’idée qu’il émet dans son livre du comportement fractal d’un sérial killer, elle, m’intéresse. (On notera d’ailleurs que le serial killer tel que Dantec le décrit dans son ITW ne ressemble pas vraiment à l’approche qu’il en propose dans Les racines du mal, enfin pour ce que j’en ai compris…)
Jugez-en (je suis chez moi cet aprem’ et j’ai le bouquin sous les yeux ;) ) :
"L’homme est à la fois une machine à contrôler le chaos et un propagateur de désordre. Comme tout phénomène chaotique "sous contrôle relatif" il oscille sans cesse entre des états imprévisibles alors que son comportement statistique général reste à peu près stable […] Vous pouvez à peu près prévoir l’évolution statistique générale d’une société, mais […] vous ne pourrez déterminer tous les microcomportements individuels[…]
Même chose pour un individu : vous pouvez à peu près prévoir son comportement statistique général, selon les conditions psycho-socio-culturelles dans lesquelles il évolue, mais […] pour la même raison que plus haut, vous ne pourrez évaluer toutes les possibilités d’action de ce même individu[…]
Or, pour certains individus, le contrôle relatif disparaît et du coup le chaos prend toute son ampleur, c'est-à-dire devient un système prodigieusement dynamique, dans lequel se réalise la parabole chinoise du "battement d’ailes de papillon qui, sur les rives du Yang – Tseu provoque un ouragan à l’autre bout du monde "
Puis d’évoquer la sensibilité aux conditions initiales d’un système chaotique et de faire dire à Darquandier (protagoniste et narrateur de l’histoire) :
"Pour ma part, je ne connais pas de "systèmes" plus représentatifs de ce phénomène que les êtres humains en général, et certains d’eux en particulier.
Ceux-là sont ceux dont je parlais plus haut, ceux qui ont "perdu" leur système de contrôle relatif.
Andreas Schaltzmann [NDLR : c’est le nom du serial killer], par exemple. "
Voilà une idée qui m’a plu, une de celles qui donnent son intérêt au bouquin.
Je ne connais rien à la théorie du chaos mais l’idée me paraissait si intéressante que j’ai surfé sur le net… pour m’apercevoir que d’associer les sciences de la complexité à la psychologie des individus n’était pas … si idiote que ça apparemment et vous voulez que je vous dise ? Non ? Ben tant pis ! Je dis quand même: c’est tout simplement passionnant de découvrir tout ça à partir de la réflexion générée par un simple roman !
Une question me préoccupe: Hari Seldon a t-il utilisé les fractales pour la psychohistoire ?
Bon, c’est vrai le mot n’est pas si petit que ça et merci si vous l’avez lu jusqu’au bout. ^_^
Je vous quitte pour un petit moment.
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 "Mes doigts sont verts et quelquefois ils tombent." (Le troupeau aveugle – John Brunner)
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RE : Les racines du mal
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13/09/2005 à 14h41
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| | | | | | Citation :
C'est tout le problème de la différence entre la dénonciation et la provocation. il y a franchement un monde entre les deux. Et sauf erreur de ma part, je me range du côté des dénonciateurs. Encore une fois, personne n'est obligé de lire Meddik. Ou La profondeur des tombes, etc., etc. De plus, je trouve la provocation franchement stérile. Et souvent ambiguë.
Bien à vous tous,
T. Di Rollo. |
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Je suis tout à fait en phase avec ça, je considère en l'occurrence Dantec plus comme un provocateur qu'un dénonciateur, au moins dans les racines du mal. Loin de moi l'idée de critiquer ton oeuvre Thierry puisqu'à ce jour je n'ai lu qu' Archeur (que je n'ai pas trouvé si noir que ça) et que je compte bien attaquer la profondeur des tombes dès que mes finances reprendront des couleurs (ah le 3° tiers...).
En espérant que cela puisse dissiper le moindre malentendu à cet égard.
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 C'est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases...
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RE : Les racines du mal
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13/09/2005 à 15h33
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| | | | | | Franz :
e suis tout à fait en phase avec ça, je considère en l'occurrence Dantec plus comme un provocateur qu'un dénonciateur, au moins dans les racines du mal. Loin de moi l'idée de critiquer ton oeuvre Thierry puisqu'à ce jour je n'ai lu qu' Archeur (que je n'ai pas trouvé si noir que ça) et que je compte bien attaquer la profondeur des tombes dès que mes finances reprendront des couleurs (ah le 3° tiers...).
En espérant que cela puisse dissiper le moindre malentendu à cet égard. |
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Ne t'inquiète pas pour cela. Souvent, il suffit simplement de discuter pour clarifier les propos - les affiner, plutôt. C'est ce que nous avons fait et c'est très bien comme ça.
Pour Archeur, tu as commencé par le moins emblématique, dirai-je. La profondeur des tombes est un bon choix pour savoir - un peu - quel auteur je suis.
| | | | | | Oman :
(tout comme ça m'intéresserait d'avoir un avis de Thierry sur les chroniques, pour voir si ma vision de llecteur correspond à sa vision d'auteur) |
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Je serais le dernier des ingrats si je te disais que tes chroniques me concernant ne valorisent pas mon écriture. Je peux te dire aussi que tu lis très bien mes romans. Dans le sens que tu les ressens tel que je les ai enfantés - ou à peu près, bien sûr. Ca me touche toujours énormément de lire des critiques aussi proches de ce que j'ai souhaité donner.
Je suis sincère.
Est-ce que cela répond à ta question?
T. Di Rollo.
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