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Olivier

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Au carrefour des étoiles

Clifford D. Simak


Au carrefour des étoiles
Titre original : Way Station / Here Gather the Stars

La critique du livre
Lire l'avis des internautes (2 réponses)

Paru en 1963, ce

Simak

est donc l’oeuvre d’un auteur confirmé qui, à 59 ans ressemblait sans aucun doute aux photos que l’on connait de lui.

Nous y retrouvons tout ce qui fait sa patte (voir sa bonne pâte) : Enoch Wallace, un solitaire qui vit heureux dans son Midwest.
Frugal, notre homme se contente de peu. Sa seule folie est une consommation inconsidérée d’encre.

Oui mais voilà : comment ce survivant de Gettysburg peut-il afficher une jeunesse insolente dans un XXe siècle bien avancé, où la guerre atomique est une question de semaines ?

C’est la question que va se poser un agent de la CIA et qui va, se faisant, lever un lièvre cosmique.

Notre paisible solitaire ne vieillit pas plus que sa maison, car ils sont hors du temps. Une vraie maison de pionnier, à l’ancienne, tout en bois et bâtie par son père.
Une maison qui est devenue un point d’étape pour voyageurs intergalactiques, au taulier fort sympathique.
Les voyages spatiaux se font un peu comme des sauts de puce, en se téléportant d’étapes en étapes jusqu’au point d’arrivée. Et c’est la maison de notre aimable patriarche qui sert de point d’étape pour notre coin de galaxie.
La consommation d’encre s’explique parce que notre homme tient un journal détaillé de tout ce qui se passe, et de tout le monde qui y passe. Ses étagères croulent sous les cadeaux plus ou moins mystérieux de ses hôtes de passage, sans oublier quelques habitués, devenus des amis, qui lui offrent parfois des victuailles particulièrement exotiques.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si, outre la guerre atomique, la Terre ne se trouvait pas en plus au cœur d’un conflit galactique naissant.
Imaginez donc : un seul humain connait les ET, et c’est sur lui que va reposer le poids de la paix galactique : comme si les affaires terriennes n’étaient pas déjà assez compliquées comme ça !

Simak

, pour le meilleur et pour le pire.


Ce roman ne manque pas de qualités, loin de là.
L’une de ses plus grandes réussites est de faire un space opera qui se déroule dans un village bucolique typiquement

simak

ien, avec son incontournable ode à la nature.
Arriver à tout concentrer dans un espace aussi faible et si banal, tout en maintenant l’intérêt du lecteur n’est pas une mince affaire. Car le décor est bien plus proche de La soupe aux choux que de Star wars ou Dune.
Les extraterrestres semblent d’ailleurs marquer une indifférence profonde à la Terre, sans doute du fait de son incroyable retard technologique. Ils sont certes courtois, mais n’ont pas une grande envie de pousser plus loin leurs contacts avec l’humanité. Enoch lui-même ne semble pas plus attiré que cela par l’ailleurs.
Il se satisfait amplement de ce qu’il trouve sur place, et préfère contempler le ciel plutôt que de s’y rendre.

On y retrouve aussi son goût des gens simples, qui feraient du monde un endroit merveilleux si eux étaient au pouvoir au lieu de tous ces politiciens.
A cela s’ajoute aussi un optimisme très Age d’or, qui pense que l’humanité saura tôt ou tard s’assagir pour aplanir les conflits. Une vision qui parait naïve, quand on voit la hausse des émissions de CO2, alors que les effets du dérèglement climatique nous crèvent les yeux. Un optimisme qui frise parfois la naïveté, avec sa jeune fille mutante.

A cela s’ajoute à mon sens certaines faiblesses narratives.

Simak

n’exploite pas toutes les potentialités de son roman, et laisse certains fils narratifs s’étioler. La partie terrienne, notamment l’enquête de la CIA va quasiment sombrer corps et âmes, ce qui laisse un goût d’inachevé. Peut-être aurait-il fallu s’en passer purement et simplement, car le peu qu’il en reste dessert le roman. A trop vouloir relier la Terre et la galaxie,

Simak

en a, à mon sens, trop négligé la dimension terrienne.

Simak

, un homme de son temps


Publié peu après la crise des missiles entre les Etats-Unis et Cuba, on sent l’empreinte profonde qu’a laissé cette crise aux Etats-Unis, et qui hante le roman.

Simak

nous délivre un message de bonne volonté et d’apaisement, ainsi qu’un hymne à la tolérance, incarnée par l’attitude d’Enoch face aux autres que sont les ET. Des ET qui sont bien sûr tous gentils, avec lesquels on peut même boire un café et deviser sur le monde et la galaxie. Son Midwest n’est pas du tout celui de Disch, parce que

Simak

est un humaniste qui fait des ET à l’image de ce que devraient être les humains, ou de ce que sont Simak-cf-249 target='_blank' rel='nofollow'>ses chiens. Pacifiques, matures, tolérants, ouverts à l’autre. Enoch ira même jusqu’à apprendre la langue d’une espèce qu’il croise régulièrement.

Un humanisme qui ne franchira pas certaines limites, car

Simak

, comme Sturgeon ou Van Vogt, fera partie des rares auteurs à ne pas se positionner, lorsque deux pétitions paraitront sur la guerre du Viêt-Nam.

Simak

apparait donc comme un homme de son temps, de ceux qui seront dépassé par les profonds changements des années 60 (émergence du rock comme hymne à la rébellion, de la contre-culture, de l’amour libre, du LSD, de la New wave, de l’opposition à la guerre du Viêt-Nam, etc.). Il n’apparait pas non plus comme un conservateur aigri par la disparition de son monde chéri, à la façon d’un John Wayne.

Ce roman révèle un

Simak

tel qu’en lui-même : un auteur atypique, mi-humaniste mi-naïf, un rural qui préfère contempler le ciel plutôt que de s’y envoler.
Un homme pour qui les ET sont charmants, et avec qui il est possible de nouer de solides amitiés (Farmer ira lui au-delà de l’amitié…). Bref,

Simak

signe là l’œuvre d’un franc-tireur, d’un maverick profondément américain, pleinement ancré dans son Amérique rurale.
Un homme qui préfère la curiosité et l’ouverture d’esprit aux jugements et aux idéologies, ce qui ne manque certainement pas d’un certain charme et d’une bien agréable fraicheur, quand on pense aux errements de la sf politique française.


Bref, vous l’aurez compris,

Simak

est un auteur plaisant qui signe là un grand livre qui n’est pas sans défauts, mais qui a plutôt bien vieilli.
Nous ne sommes pas encore à l’époque de mon

Simak

préféré (celui, sombre, de L’épidémie ou bien le malicieux septuagénaire de La grotte du cerf qui danse, texte sublime sur l’altérité).

Simak

, meilleur nouvelliste que romancier ?
Peu importe ses qualités et ses défauts (voir la critique de Jean-Marc Ligny),

Simak

reste un immense conteur que l’on imagine sur son rocking chair, vous racontant des histoires sur son porche. Un vieil original qu’il est urgent de redécouvrir. et il est heureux que toutes ces rééditions y contribuent !


« Tout l'art de

Simak

, et sa profonde originalité dans l'univers littéraire de la S-F, tiennent à cela. Il n'y a pas besoin d'astronefs pour aller dans les étoiles, il suffit de les regarder, de les écouter, de se laisser boire par elles. Et les E-T ne sont pas méchants, ce ne sont pas des monstres, ils sont simplement différents : il suffit là encore de les regarder (attentivement), et de les écouter, pour les comprendre ; alors, ils peuvent devenir votre voisin, un voisin comme un autre. » Jean-Pierre Andrevon
https://www.noosfere.org/icarus/articles/article.asp?numarticle=47




Au sommet d’une falaise escarpée du Wisconsin se dresse la ferme Wallace, inchangée depuis plus d’un siècle. D’aussi loin qu’on s’en souvienne, son propriétaire, Enoch Wallace, n’a lui non plus pas pris une ride. Et pour cause, la bâtisse, qui n’a de ferme que l’aspect, abrite en secret un relais spatial où le temps s’écoule différemment. Des voyageurs galactiques y transitent quotidiennement, passant parfois quelques heures en compagnie du gardien des lieux et le régalant de leurs incroyables histoires. Mais depuis deux ans, l’agent fédéral Claude Lewis enquête sur cette anomalie. Le jour où il se décide à passer à l’action, il déclenche sans le savoir une chaîne d’événements aux conséquences dramatiques. Car dans ce petit coin d’Amérique oublié par la modernité, c’est rien de moins que le sort de l’humanité qui se joue…

- PRIX HUGO 1964 -
NOUVELLE TRADUCTION

CLIFFORD DONALD SIMAK (1904-1988) occupe une place unique dans l'histoire de la science-fiction. Ses récits nostalgiques d'une époque où l'homme et la nature vivaient en bonne intelligence portent en eux l'espoir d'un venir meilleur, dans lequel l'humanité ne retrouvera sa place qu'en laissant derrière elle les pertes de la guerre et du racisme. Au carrefour des étoiles et Demain les chiens font partie des plus grands classiques du genre.





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