Cadavres exquis
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Vibration
un cadavre exquis proposé par Ione

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IonemorcalacrouteLeoE-Traym


Vibration

Chapitre 5 proposé par E-Traym
Ce texte a été déposé le 29/11/2006


     Kamaiovski pestait depuis déjà deux heures dans la salle ronde de la prison Beerenberg.
     Depuis 2020, les détenus les plus dangereux d'Europe étaient regroupés dans une ancienne station météorologique sur l'île volcanique Jan Mayen entre la Norvège et le Groenland.
     Le professeur Hinton avait été transféré par la commission de Contrôle dans la prison non pas pour purger une quelconque peine (l'enquête avait été stoppée) mais pour continuer à étudier les effets de sa molécule sur les cerveaux les plus déjantés de la terre.
     Quelques spécimens, du nécrophile au vampirique, du sadique sexuel au cannibale en passant par divers étrangleurs, éventreurs et autres bouchers avaient été mis à la disposition du professeur et de sa nouvelle équipe dans le but de comprendre les processus cérébraux générateurs de tels agissements.

     Derrière la vitre teintée, le professeur Hinton, debout, regardait Kamaiovski s'impatienter, un demi-sourire au coin d'une lèvre, un filet de bave s'écoulant au coin de l'autre.
     «Tu vas bientôt savoir tout ce que tu as voulu connaître des tréfonds de ton cerveau, pauvre idiot» pensa Hinton tout haut.
     «Qui est cet individu ?» interrogea Joan Naggals, le nécrophile.
     «Celui qui a cru bon de s'approprier mes travaux... aux yeux du monde, pendant que je poursuis dans l'anonymat des expériences minables sur des cerveaux comme le tien !» répondit violemment Hinton.
     «Mais vous m'avez guéri professeur. Vos expériences ne sont pas inutiles. Elles peuvent sauver l'humanité de ses maux les plus terribles. Vous avez ôté en moi toute «anormalité» et insufflé un désir ardent de faire du bien. Vous êtes un...
     - La ferme ! Tu ne vaux pas mieux qu'un lobotomisé !»
     Et, sur cette réplique cinglante, le professeur Hinton sortit de sa poche une arme à impulsion électromagnétique, la braqua sur le nécrophile et lui grilla définitivement le cerveau.
     Joan Naggals s'effondra sur le sol, les yeux révulsés et sanglants, mort.
     Hinton tourna les talons, et se dirigea vers l'ascenseur pour aller rejoindre le professeur Kamaiovski.
     Il appuya sur le bouton de descente et les portes s'ouvrirent. La jeune et sculpturale assistante Gunhild Frideborg lui apparut. Elle arborait un sourire carnassier et entre deux raclements de gorge elle demanda au professeur en lorgnant sur le cadavre de Naggals :
     «Que désirez-vous Maître ? Dois-je dévorer le mort ou bien vous accompagner vers le vivant ?
     - Tu dévoreras Naggals plus tard. J'ai besoin de toi pour troubler l'esprit de Kamaiovski et je sais que tu es experte en la matière. Descendons ma chère...»

     Cela faisait maintenant plus de quatre heures que Kamaiovski attendait dans la salle ronde, seul.
     Par dix fois au moins, il avait interrogé l'écran tactile de contrôle et de surveillance qui lui avait invariablement répondu d'une voix synthétique, métallique et monocorde :
     «Prison Beerenberg - Vous avez demandé une entrevue avec le professeur Hinton - Il est prévenu - Il va venir à votre rencontre - Vous devez attendre dans la salle ronde»
     «Putain de machine ! Putain de technologie de merde !» avait-il vociféré. Mais rien, toujours rien ne se passait. Pas un bruit. Personne. Kamaiovski commençait à regretter d'être venu jusqu'ici et s'apprêtait à renoncer quand les portes de l'ascenseur s'ouvrirent dans la salle ronde.
     Hinton ainsi qu'une jeune femme d'une beauté tout à fait exceptionnelle en sortirent, souriants.
     «Kamaiovski ! Quel plaisir de vous voir ici ! Je suis absolument confus de vous avoir fait attendre aussi longtemps mais une expérience hasardeuse a mal tourné et j'ai perdu un de mes patients.» s'exclama Hinton.
     Mais Kamaiovski n'écoutait déjà plus. Il était subjugué par cette inconnue aux formes parfaites, au visage avenant, au regard brûlant, aux cheveux longs noirs et bouclés.
     «Je vous présente ma jeune assistante cannibale Gunhild Frideborg.
     - Je vous demande pardon professeur Hinton ?» esquissa Kamaiovski revenant brusquement à la réalité.
     «Vous paraissez troublé professeur Kamaiovski... Est-ce mon physique qui vous déroute ou bien ma déviance qui vous gêne ?» interrogea Gunhild.
     - Vous êtes réellement cannibale ? C'est quoi ces conneries Hinton ?
     - C'est vous et votre équipe qui avez un problème non ? Vous êtes venu jusqu'ici pour obtenir des réponses aux questions que vos pitoyables expériences ont posées ! Alors suivez-nous s'il vous plaît et fermez-la !» éructa le professeur Hinton.
     Ils se dirigèrent tous trois vers l'ascenseur et Gunhild appuya sur la touche correspondant à l'étage 27, rebaptisée «NH-3». Kamaiovski détacha son regard des jambes interminables de la belle cannibale et remarqua que chaque étage portait des codifications particulières en consonances avec des composés chimiques non connus.
     «Nous menons ici de nombreuses expériences, professeur. Et dans bien des domaines. Mais vous ne repartirez d'ici qu'avec les réponses dont vous avez besoin pour continuer à jouer avec votre ami Groven. J'y veillerai personnellement.» déclara Hinton en fixant agressivement Kamaiovski.
     L'ascenseur stoppa et les portes s'ouvrirent sur une salle blanche en arc de cercle dans laquelle trois hommes nus, chauves et couverts de boue étaient accroupis au sol, la tête penchée vers le plafond, le regard absorbé vers un néon clignotant.
     «Voici nos cobayes du jour professeur. Je vous présente le docteur Sigmund Adalrik et les professeurs Baldrik Solveig et Elli Jark» susurra Gunhild à l'oreille de Kamaiovski.
     «Où voulez-vous en venir ? C'est le monde à l'envers ici ? Les laborantins sont à la place des cobayes ?
     - Exactement Kamaiovski !» s'écria Hinton.
     «Mais il ne s'agit pas pour moi d'un «monde à l'envers» mais plutôt d'un retour au «chaos originel», au vide et au tout. Ici, tout le monde reçoit une injection de 10 microgrammes de NH-3 par jour, personne ne se came et nous savons lire dans les «vibrations». Nous n'appartenons plus à votre monde et la perception que vous en avez sera totalement modifiée lorsque vous entendrez la symphonie des pulsars... C'est bien un pulsar qui vous a conduit jusqu'ici non ?»
     Les trois hommes nus se levèrent soudain et ceinturèrent Kamaiovski qui se mit à hurler de terreur. Il eut juste le temps de s'apercevoir que Gunhild Frideborg venait de lui injecter la substance étrange, la NH-3, la création de Hinton, du Maître.

     Ce manque d'oxygène, cette sensation d'étouffement, cet évanouissement dans le vide...
     Groven s'éveilla. Il était en sueur. Il tremblait de terreur.
     Une petite musique vibrait dans son esprit en s'accompagnant d'un poème qu'il récita tout haut, dans le noir, assis dans son lit :

«Ouvre ton âme au chant des étoiles qui meurent en tournoyant,
A la symphonie des pulsars, à la ronde des astres dans l'agitation cosmique.
Laisse-toi guider dans l'introspection, au rythme des signaux électromagnétiques,
Écoute le son, la vibration, le chant de l'astre mourant.»


     Deux heures du matin. L'écran d'appel s'alluma dans la chambre de Kamaiovski qui ouvrit les yeux et aperçut la tête de Groven en image projetée au plafond.
     «Je prends» s'écria-t-il.
     «Alors Groven, t'es insomniaque ou quoi ?
     - Je viens de rêver de Hinton et de toi, Kamaiovski. Et j'ai compris le sens vers lequel doivent se poursuivre nos expériences.
     - Tu délires ou quoi ? C'est quoi ces conneries Groven ? Tu rêves de ce vieil Hinton maintenant ? Il te «guilde» en pensées ? Je crois que tu as trop abusé hier soir de ce fabuleux vin que Tékuza a rapporté de son pays !
     - Non, ce n'est pas ça. Je ne suis même pas certain qu'il s'agissait seulement d'un rêve.»
     Et Groven expliqua à Kamaiovski ce qui serait consigné plus tard dans les archives du CHAT (Catalogue Hétéroclite des Avancées Technologiques) à l'année 2037.
     «Nous n'avons pas vu le pulsar, au sens propre du terme, c'est une construction mentale. Le cerveau de Jeff a reproduit les ondes électromagnétiques en ce qui se rapprochait le plus de ce qui lui arrivait : l'effondrement de sa vie, l'effondrement d'une étoile, un pulsar.
     - Et alors ?
     - Alors, je crois que la NH-3 agit comme un révélateur de ce qui est ancré au plus profond de nos gènes. Elle permet de répondre à toutes les questions et de lire au-delà de notre corps. Nous sommes poussière d'étoile, Kamaiovski, nous sommes vie et mort, nous sommes un univers qui naît, grandit puis meurt... comme tout. Sais-tu où est Hinton ?
     - Bien sûr. La Commission l'a écarté du projet NH-3 et il travaille avec d'illustres inconnus sur la réinsertion des serials killer à coup de saloperies bio-électrochimiques. Ils les ont collés sur une île volcanique, dans une ancienne station météorologique transformée en prison. Je serais curieux de voir les expériences qu'il mène !
     - Tu veux y aller ?
     - Pourquoi pas ? Je lui demanderai ce qu'il pense du pulsar !
     - Je crois qu'il sait déjà. Et qu'il exploite les réponses fournies par l'injection massive de NH-3. Il crée de nouveaux composés.
     - Ok ! Je prends un taxi-jet et je t'appelle demain soir. Je te passerai des images de notre entrevue. Tu es sûr que ça va Groven ?
     - Oui. A demain.»

     Groven ne revit jamais Kamaiovski.
     La prison Beerenberg, vide, ferma ses portes en octobre 2037 et le secret autour des dérivés de la NH-3 fut consigné dans les archives au nom de la raison d'Etat.


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