Cadavres exquis
  Temps futurs : nouvelles
Pseudo :
Passe :
  Pas encore enregistré ?
  Mot de passe oublié ?
40 visiteurs actuellement
  Ecrire : les cadavres exquis
Vibration
un cadavre exquis proposé par Ione

5 chapitres ont été proposés pour ce cadavre exquis
Réagir
Aucun commentaire pour le moment


chapitre 1chapitre 2chapitre 3chapitre 4chapitre 5
IonemorcalacrouteLeoE-Traym


Vibration

Chapitre 4 proposé par Leo
Ce texte a été déposé le 20/06/2006


     Crispé aux commandes des interfaces, le docteur Groven commençait à craindre que ces énigmatiques bioïdes poussent l'extravagance jusqu'à refuser de se manifester quand ils sont observés. A quelque résolution qu'il pousse la psycho-imagerie, aucun courant de pensées n'y dessinait le moindre motif familier, aussi décida-t-il, dans un sursaut fiévreux, de passer en mode manuel, un art que peu de psys maîtrisaient.
     Alors qu'il découvrait que la déconcertante purée mentale que les moniteurs affichaient était un voile ténu qui laissait transparaître des formes rocambolesques, un bruit sourd fit sursauter toute l'équipe médicale, un bruit qui emplissait toute la salle du labo, en imprégnait les murs, et semblait s'étendre bien au-delà des limites de la pièce. Le bruit croissait en amplitude, une vibration, une trépidation, non, une foule, c'était une foule qui criait, qui clamait, non, qui acclamait...
     «On dirait le début d'un concert.» remarqua Zoé, les yeux écarquillés, guettant autour d'elle.
     Une note ténue, vibrante, s'imposa au milieu de la foule invisible, qui s'engloutit dans un silence religieux. Un accord... Une célèbre mesure d'ouverture.
     «On dirait les... les Cataclopistes.» murmura Roberto.
     «Non, non...» protesta Zoé, «ce sont les Shiver Shapers, c'est une reprise de...»
     Une autre mesure qui rafraîchit les mémoires.
     «C'est de la musique classique du vieux siècle.» sursauta Gédéon. «Les Bardes de l'Age d'Or, les mecs. Henry ou Harrison ou quelque chose comme ça.
     - Hendrix...
     - Et les Gates, ou les Windows.
     - Non, les Doors...»
     Groven, aux commandes, avait du mal à se concentrer.
     «Vos gueules ! On a quelque chose !»
     Ça faisait mal aux yeux, ce qui... bougeait... dansait, sur les écrans.
     «Docteur, vous y comprenez quelque chose ?
     - On dirait des fractales genre psychédélique.
     - Moi ça me donne la nausée...
     - Dites... je me sens pas bien du tout...
     - Tiiincékoiça...»
     La lumière était aveuglante. Et ces coups de cymbales à te décoller les oreilles, juste à côté. Les percussions... La scène... Trois guitaristes de dos, habillés à la mode désopilante des artistes de l'ancien temps. Au-delà, en contrebas, une mer houleuse de têtes et de bras levés enfouis dans la pénombre.
     Pourtant, les murs du labo étaient toujours là, les moniteurs, le sol gris, le plafond luminescent. Mais il y avait aussi les faisceaux colorés, le plancher noir, les instruments et leurs musiciens. Groven tentait de garder un oeil sur tout à la fois, mais la tête lui tournait douloureusement.
     Nervag, le nooquanticien, effectuait des ajustements fébriles sur les capteurs ailuriques, élargissant l'éventail de balayage de la batterie d'interféromètres psychosphériques. Il sentait confusément que l'heure était enfin venue de donner corps à cette théorie foldingue à laquelle la communauté scientifique restait courtoisement sourde.

     Jeff, cliniquement anonymisé en «le collaborateur scientifique», commençait à s'agiter sur son lit de cobaye. Il aurait peut-être mieux valu l'attacher, car voilà qu'il se dressait d'un bond, une guitare vingtième siècle à la main, sortie d'on ne sait où, et venait se planter au-devant de la scène.
     «Laissez-le faire.» ordonna Groven.
     Sur les moniteurs, les motifs commençaient à prendre des formes plus compréhensibles. Il y avait là les typiques traînées des envolées oniriques, les éclairs des désirs réprimés, les noeuds douloureux des conflits internes, mais il y avait aussi les signes criants d'une croissante activité motrice, bien plus violents que la normale, qui jaillissaient comme une éruption volcanique des tréfonds de l'esprit.
     Jimi laissa retomber ses bras et se tourna vers le collaborateur.
     «Back with us... Jeffrey d'Artagnan, the fourth J...»
     Il fit un signe de tête à Jeff, qui se tendit sur sa guitare avec un sourire halluciné et fit pleuvoir une grêlée d'accords avec une agilité inouïe. Le public hurla. A la lumière blanche des projecteurs qui balayaient maintenant la foule, Groven voyait le parterre couvert de groupies qui s'arrachaient les cheveux et les habits et les lançaient en l'air.

     Jimi se mit à s'affaisser, et tous les autres musiciens suivaient le mouvement. Le son faiblissait. Le collaborateur poussa un douloureux cri de victoire, et se jeta sur la foule des femmes hystériques, qui se mirent à se disputer son corps. Elles le déchiquetaient à coups d'ongles, à coups de dents, le dispersant en petits morceaux aux quatre vents.
     «Il nous échappe !» cria Groven, qui suivait sur les moniteurs les traces évanescentes d'une explosion de jouissance sans bornes, que remplaçait peu à peu le néant le plus noir.
     Pas tout à fait noir. Qu'est-ce que c'était que cette chose, là, qui palpitait comme un quasar multicolore ?

     La foule s'était transformée en un immonde cloaque frémissant, les trois J en des tas de bouse fumante. Les quinze caméras enregistraient tout. Les capteurs quantiques blipaient furieusement. On nageait en pleine science-fiction, mon bon monsieur.

     Lorsque les membres de l'équipe revinrent à eux, sous perfusions et sédatifs, une cohorte de scientifiques était déjà en train d'analyser les téraoctets d'enregistrements tirés de l'expérience, et sept équipes d'investigation multidisciplinaires passaient au peigne fin la salle immense qui s'étendait dorénavant derrière la porte L-42 au fond du couloir, gardée par des gorilles anxieux armés jusqu'aux dents.
     Groven, la tête embourbée dans le mazout, murmurait à Kamaiovski à son chevet :
     «Je n'ai pas réussi à le sauver... Dites-moi, vous avez vu le pulsar...? à la fin de l'enregistrement...
     - Quel pulsar, docteur ?
     - Le pulsar... Un type qui meurt ne laisse pas des traces comme ça...
     - Nous avons retrouvé le biomodem. Il donne encore des signes d'activité chaotiques, personne n'y comprend rien. Mais vous avez besoin de vous reposer, Groven, vous avez fait du bon boulot. On s'occupe de votre pulsar.»
     Groven se laissa glisser dans l'inconscience en soupirant.


chapitre 1chapitre 2chapitre 3chapitre 4chapitre 5
IonemorcalacrouteLeoE-Traym

Science-fiction

, fantastique, fantasy : Culture SF, toutes les littératures de l'imaginaire

© Culture SF 2003 / 2014 - Conception et réalisation : Aurélien Knockaert - Mise à jour : 08 juin 2014

nos autres sites : APIE People : rencontres surdoués - Traces d'Histoire