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zomver

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Meddik (ou le rire du sourd)

Thierry Di Rollo


Meddik (ou le rire du sourd)
Illustration : Eikasia
Première parution : 15 février 2005

 Pour la présente édition :

Editeur : Le Bélial'
ISBN : 2-84344-067-X

Ce livre est noté   (3/5 pour 1 évaluations)


J'ai lu ce livre et je souhaite donner mon avis
La critique du livre
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John Stolker est le fils d’un magnat industriel. Il habite dans un endroit protégé, sécurisé dans les hauteurs de Grande-Ville. Il suit des cours de généralités philosophiques et de droit avec d’autres jeunes privilégiés, se shoote à la K. Beckin et baise comme il se doit.
Il appartient à la société des Justes. N’allez pas croire que les Justes le sont. C’est leur nom, c’est tout.
Au loin, des fumées noires montent dans le ciel, qui témoignent des guérillas urbaines d’en bas, là où coexistent dans une violence totale, les Guérilleros, les Pauvres, les Entiers, les Fidèles et les Industrieux.

Ailleurs, sur Mars, les choses ne sont pas au mieux. Il semblerait que les terriens "martiens" souhaitent s’affranchir de l’approche de Dieu que la Terre leur impose.

On a beau lui dire qu’"Ici, Les Justes font œuvre de Dieu parce qu’ils s’en nourrissent ", John Stolker ne se berce d’aucune illusion sur ce monde. Il le sait pourri. Il n’a d’ailleurs qu’à regarder son père pour s’en convaincre: un père froid, implacable et sans scrupule.

Il a donc décidé d’aller voir ce qui se passe en bas. Pour refaire le monde ? Tenter de trouver une issue à tout ça ? Pas du tout ! Il descendra parce que la violence de ce monde lui plaît. Les faibles y crèvent et c’est bien normal. Les vautours y sont les prédateurs de l’homme et il se reconnaît en eux. Ne dit-il pas: "Moi un jour, j’ai choisi d’être vautour" ?

En bas, pas de problème pour trouver du boulot: Stolker devient tortionnaire chez les guérilleros. Cela va lui permettre de pouvoir continuer à se camer jusqu’aux yeux et à rencontrer lors de ses trips, Meddik, un éléphant géant et majestueux qu’il regarde toujours avec fascination et respect et dont il semble parfois quêter l’avis.




Supposez que l’on vous donne ce livre à lire en vous cachant le nom de son auteur. Supposez que vous ayez déjà lu du Thierry

Di Rollo

, alors une chose est sûre : vous le reconnaîtrez.

La première phrase est déjà évocatrice :
"Les vautours sont comme des virgules noires sur le fond gris du ciel."
Pas d’intrigue haletante. Pas de plausibilité. Juste ce qu’il faut de cohérence pour créer le choc, l’impression forte, pour donner la claque.
On voit à peu près d’où l'on part et lorsqu’on arrive, c’est certes sur un ailleurs, puisque le roman se termine sur Mars, mais c’est quand même finalement au même point, celui qui toujours permet de conclure : "Non, personne ne sera sauvé".

Stolker est un salaud. Il s’en délecte et s’analyse lucidement. Son boulot de tortionnaire lui plaît: "Je torturais plus ou moins, jusqu’à présent, et toujours au hasard des circonstances. J’ai appris à aimer cela". Lorsqu’il se fait lyrique en décrivant sa salle de torture, il est tout simplement odieux. Bien sûr, Thierry

Di Rollo

veut provoquer son lecteur mais ne franchit-il pas là une limite ?
Y a-t-il du désespoir en Stolker ? Y a-t-il un embryon de pitié en lui comme cela semble parfois être - très fugitivement - le cas ? J’ai des doutes. Je n’en ai aucun sur ce qui l’habite réellement : la haine, la rage de tuer, le sadisme, la folie.

"Si Dieu est impuissant, je bande à volonté" pense Stolker et ce plaisir malsain et amer qu’il éprouve dans les actes les plus odieux nous éclabousse. On fermerait presque le livre: où commence la complaisance lorsqu’on lit de telles scènes ? Ne sont-elles pas un peu gratuites ? La limite n’est pas loin où le lecteur devient voyeur d’où ce malaise qui le gagne.

Mais c’est vrai, comment faire vivre au lecteur la folie de cet homme (des hommes ?) autrement qu’en la lui rendant insupportable ? Et cette folie, n’est-elle pas inéluctable si l’on veut survivre là où même les plus faibles deviennent des tortionnaires pour s’en sortir, à l’instar de Jaylinn, cette jeune fille devenue finalement l’assistante servile de Stolker et qui ne remet rien en question ?
Rien. Et c’est aussi ce qui dérange dans cette histoire : personne ne se révolte ni ne cherche à changer quoi que ce soit. Stolker, celui qui aurait pu tenter quelque chose, ce fils privilégié de Juste, préfère se vautrer dans sa came, dans sa haine, dans sa fange.


Et sur Mars, un monde nouveau pourra t-il émerger ? Porteur d’espoir ?

A votre avis ?



Il y avait un risque.

Evidemment.

Celui qu’on compare.
Celui qu’on cherche dans Meddik l’émotion ressentie en lisant ce livre puissant qu’est La profondeur des tombes.

Et voilà, on ne la trouve pas…

… ou du moins pas la même car le dégoût relève bel et bien du domaine de l’émotion et c’est du dégoût qui nous envahit. Mission accomplie, Monsieur

Di Rollo

!
John Stolker n’a rien du Forrest Pennbaker de La profondeur des tombes. Il en est même presque le contraire.
Qu’un faible rentre dans un système pourri faute de pouvoir faire autre chose, on le comprend voire on lui pardonne. Pennbaker n’a pas les moyens de se battre alors que Stolker les aurait eus du fait de sa position sociale mais il a choisi d’assouvir sa frénésie de meurtres. Pour qui s’est quelque peu identifié à Forrest Pennbaker, celui que le désespoir mène à la folie, il sera impossible de suivre Stolker, celui qui aime tuer. Empathie totale pour Pennbaker, répulsion viscérale vis-à-vis de Stolker.

La SF regorge de romans sur la violence. L’orange mécanique d’Anthony Burgess en est selon moi une des œuvres emblématiques. Il y est question d’un jeune délinquant Alex et de sa bande. Sans doute parce que Burgess utilise une langue bien particulière et sans doute aussi parce qu’Alex nous raconte son histoire sur un ton ironique dépourvu de haine, on ne peut s’empêcher de se faire piéger et d’avoir parfois pour lui, des bouffées d’empathie.
D’ailleurs Burgess ne dira t-il pas: "Alex est nous-même, mais d'une manière plus intense. Il possède les trois principales qualités humaines : l'amour de l'agression, l'amour du langage, l'amour de la beauté". ?
Ici, ce n'est pas le cas. Stolker est complètement dépourvu de l’humanité (si l’on peut dire !) d’Alex et comme une triste réponse à la phrase de Burgess, il déclare : "La beauté m’a toujours profondément ennuyé."

S’il est question d’un rire dans le titre, que l’on ne s’y trompe pas, ce rire-là est atroce, effroyable. Terrible épilogue.

Après La profondeur des tombes, T.

Di Rollo

a donc visé et tiré une nouvelle fois et une nouvelle fois, il a tué l’Espoir. "Non, personne ne sera sauvé". Le message est clair. Percutant. Reçu 5/5.


Je vais en arriver à penser qu’il faut lire cet auteur comme on regarderait une peinture. C’est presque ainsi que j’ai lu Meddik : comme on regarderait un tableau, un tableau avec la touche

Di Rollo

donc forcément un tableau qui interpelle, un tableau violent qui vous agresse jusqu’au malaise. Peut-être un tableau comme cette huile de Fred Kleinberg : "Incendiaire"


Thierry

Di Rollo

utilisera t-il un jour sa prose efficace et précise et sa poésie lapidaire pour nous dire enfin qu’une lumière est possible dans le tunnel voire au bout du tunnel ? Il n’en prend pas le chemin et je m’étonne d’apprécier quand même cet écrivain, moi qui ai la faiblesse de penser qu’il y a toujours un peu de lumière quelque part et que ce n’est pas celle des morts.”You may say I'm a dreamer But I'm not the only one"




"… qui pourrait être encore Dieu, dans un tel foutoir ? Et qui oserait s’en revendiquer ?"

Grande-Ville.
Cité-monde polluée, inique, ultraviolente, déchirée par une guérilla dont les factions même ont oublié l’origine.
Grande-Ville.
Cité-labyrinthe au ciel de suie peuplé de vautours mutants qui sans relâche, prélèvent en nuées leur écot sur une population terrifiée.
Cité-Tombeau d’un monde assassiné par l’incurie humaine…

Du haut des trois cents étages de l’immeuble de la Gormac, dans le quartier sécurisé des Justes, John Stolker, héritier de l’empire Gormac, contemple Grande-Ville. Sa ville. Alors même qu’il inhale la première bouffée de « K. Beckin », le Monstre le toise et barrit.
Démesuré, il emplit l’espace et trace bientôt son chemin de ruine.
John Stolker sait que le Monstre lui montre la voie, celle d’une vengeance nourrie par une haine froide et lucide. Aussi va-t-il régler ses comptes avec la terre entière : il suivra le Monstre…
Jusqu’au bout.



Thierry Di Rollo a publié plusieurs dizaines de nouvelles, notamment au Fleuve Noir et chez Denoël.
Ecrivain culte pour certains, infréquentable pour d’autres du fait de l’extrême noirceur de ses récits, ses quatre premiers romans l’ont consacré comme la voix la plus tranchante de la science-fiction française.

Avec Meddik, récit d’une débâcle humaine et sociale sans équivalent, Di Rollo affirme son statut d’écrivain majeur au-delà de tout étiquetage de genre.
« Chez Di Rollo, il n’y a aucune compromission, aucun espoir, aucun rachat. Brillent une écriture efficace et une atmosphère persistante. » [Libération]





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