Cadavres exquis
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Le Moineau
un cadavre exquis proposé par stealrige

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stealrigelacroute


Le Moineau

Chapitre 1 proposé par stealrige
Ce texte a été déposé le 03/11/2005


     Que reste-t-il de nos amours ? Que reste-t-il de nos beaux jours ?

     Le Moineau est le dernier bar à la mode du Conurb, celui où il faudrait être vu. Pas de bol, les médias y sont interdits de séjour. Pas de green carte pour eux. Ils ont beau multiplier les procès au nom de la loi sur le Droit à l'Information, le patron les gagne tous. Le dernier jet-pola qui a tenté de s'introduire en douce s'est retrouvé dans la benne à ordures, et accessoirement en première page des journaux de ses confrères. Pas de chance.

     Le patron s'appelle Skarn, c'est un ancien des Ombres. L'âge venant, après une carrière fructueuse, il a voulu décrocher et ouvrir un vrai bar à l'ancienne, Du moins c'est ce que l'on murmure, car son amabilité bienveillante se ferme dès qu'on va à la pêche aux confidences. Si l'on insiste, les bennes à ordures sont assez grandes pour faire pension de famille. Le Moineau est une réussite. Les stylemen s'en arrachent les implants. Un muscle a trouvé un concept hype-porteur. Son glauque est select, mais selon ses critères. Pas de costumes frimeurs ou de tailleurs carnassiers, les People évanescents ne l'ont pas imprimé sur leurs GPS. "E pericoloso paparazzi". Skarn s'en contrefiche de la couleur et de l'origine de ta carte tant qu'elle est approvisionnée. Il a fait le bar qu'il cherchait depuis longtemps. Les silencieux, ceux qui connaissent autre chose de la culture que ses dividendes, s'y pressent. Mot d'ordre : respect et politesse.

     Que reste-t-il de nos amours ? Que reste-t-il de nos beaux jours ?

     La musique y est calme, le volume audible mais pas plus. C'est de la vieille, de la bonne, pas de la remix ou du casse-croûte de DJ. Skarn préfère l'acoustique et l'A capella aux décibels saturés et micros surboostés de la Star pampers.

     Pas de cocktails tape-à-l'œil au bar, mais un échantillon conséquent d'alcools et de jus de fruit de tous les pays. Que de la qualité, aucun dérivé de soja. La maison ne s'approvisionne pas au Méga-Galaxie du coin.

     Que reste-t-il de nos amours ? Que reste-t-il de nos beaux jours ?

     Devant la cheminée un groupe discute du dernier Prix Nobel de littérature. Dans les alcôves d'autres savourent un moment d'intimité. On n'y discute pas d'affaires, on n'y fait pas d'affaires. Consigne stricte de la maison. C'est un bar d'après bizness où l'on vient fêter ou oublier un deal. Un lieu hors du temps sans oreilles indiscrètes. Si vous n'en parlez pas personne ne saura ce que vous y avez dit. Skarn a conservé d'anciens amis. Régulièrement des "professionnels" vérifient les systèmes de sécurité, déclarés ou non, de l'établissement.

     Que reste-t-il de nos amours ? Que reste-t-il de nos beaux jours ?

     C'est un soir tranquille. Le patron fait sa tournée de salles habituelle, attentif à mille détails, répondant aux salutations discrètes des habitués. Du coin de l'œil il accroche le signe que lui fait Emilion le barman irlandais depuis son poste.
    - Problèmes ?
Leur vieux code a fait ses preuves, que ce soit en mission ou comme ce soir.
    «Non, autre chose», lui signifie le rouquin d'un geste de la main.
Skarn arrive au bar.
    - Alors ?
Le barman se penche sur l'acajou.
    - Puma voudrait votre avis à l'entrée. Il sait pas trop quoi faire.
    - Je le paie pourquoi ?
    - Oui, mais là c'est des Costars.
    - Montre !
Emilion prend une télécommande derrière lui et appuie sur une touche. Dans un coin du bar, invisible à la clientèle, un écran unidirectionnel s'allume montrant l'entrée de l'établissement. Le barman le fait pivoter pour que Skarn puisse le regarder.
    - Merde !!!
L'interjection a fusé de ses lèvres.
    - Vous les connaissez patron ?
    - On peut dire cela.
Skarn se penche vers l'écran haute définition. L'entrée du Moineau. Le videur, Puma, un ancien catcheur d'origine séminole, 2 mètres de haut tout en muscles. Devant lui deux types que Skarn détaille intensément. Costumes noirs, lunettes idem : des Costars, rien n'y manque, même le petit renflement sous l'aisselle gauche et l'implant derrière l'oreille.
    - Dis à Puma de les faire monter dans mon bureau d'ici dix minutes.
Alors qu'Emilion transmet ses ordres à l'entrée, Skarn se dirige vers une porte camouflée derrière une tenture. Identification palmaire, elle s'ouvre. Un couloir, une autre porte, Identification rétinienne, le poste de sécurité, un maigrichon relève la tête de ses écrans.
    - Ca va Fusible ?
    - No problemo patron.
    - Tu m'accentues la sécurité sur le périmètre.
    - Vous pouvez m'en dire plus ?
    - Non, juste une impression.
    - Okay. J'ai aperçu les PPK brother's dans un coin. Si ça pue trop on pourra faire appel à eux.
Skarn referme la porte. Le couloir. Un escalier, son bureau. Il se plante devant la grande vitre blindée qui surplombe les docks.

     Que reste-t-il de nos amours ? Que reste-t-il de nos beaux jours ?

     Un bruit léger à la porte. Skarn ressort de ses souvenirs et s'installe dans son fauteuil, les mains bien en évidence sur son bureau...
    - Entrez !
La porte s'ouvre. Puma s'efface devant les deux Costars. Puis sans un mot il ressort laissant les trois hommes seuls. Skarn détaille silencieusement les deux hommes qui lui font face, jetant parfois un regard rapide aux données que lui transmet l'écran de son bureau. Les Costars commencent à s'agiter sous l'inspection silencieuse dont ils sont l'objet.
    - Il y a dix ans quand j'ai quitté l'organisation, je croyais que tout avait été réglé ?
L'un des costars se rapproche du bureau. Du genou Skarn entrouvre discrètement un tiroir.
    - Ecoute Louis.
    - Skarn !!!
    - Hein ?
    - Je m'appelle Skarn maintenant.
L'autre Costar se rapproche. Skarn décolle ses mains du bureau et les pose sur ses genoux.
    - Louis, Skarn, comme tu veux... Mais nous on est dans la mouise. Un deal qui a mal tourné avec les ruskoffs. Tu te rappelles les règles ?
Oui, il se rappelait les règles. Un deal soi-disant sans problèmes. Puis la trahison d'un des deux camps, voire les deux camps essayaient de se baiser mutuellement. Après les guns parlaient haut et fort. Et le calme revenait. Bizness is bizness. On désignait un bouc émissaire. On procédait au nettoyage et tout était OK...
    - Nous on est pas d'ici, toi si.
Cette fois-ci pas besoin de carburer trop pour comprendre qu'il avait les dindons de la farce devant lui. Et ces deux qui n'avaient jamais su réfléchir qu'avec leurs flingues étaient complètement perdus. Pas besoin de scanners pour sentir qu'ils puaient la trouille les as de la gâchette.
    - On s'est dit que tu pourrais peut être nous aider ?
    - En souvenir du bon vieux temps quoi.
Voilà c'était reparti. Et ces couillons qui croyaient qu'il allait les aider uniquement en souvenir du passé, du bon vieux temps.

     Que reste-t-il de nos amours ? Que reste-t-il de nos beaux jours ?



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