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morca

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Mémoires trouvés dans une baignoire

Stanislas Lem


Mémoires trouvés dans une baignoire
Traduction : Dominique Sila
Illustration : Pierre Faucheux
Titre original : Pamietnik znaleziony w wannie
Première parution : 1961

 Pour la présente édition :

Editeur : Calmann-Lévy
ISBN : 2-7021-0035-X

La critique du livre
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Hypothèse de base : XXème siècle. Le papier a disparu. Partant, la civilisation en prend un sacré coup. Nettoyées les bibliothèques, les thèses, les lettres, et hop... Elle s'en remet apparemment et met en place de nouvelles techniques étranges, mais se confronte à un problème de taille : la question de ce passé effacé. Pourtant (et c'est le contenu du livre, car il ne s'agit ici que d'un préambule) on a retrouvé une trace écrite : des mémoires qui attendaient dans une baignoire du pentagone.

Les mémoires retracent le parcours d'un espion dans ce lieu fermé : le soldat vient pour recevoir sa Mission.
Mais il va simp

lem

ent se perdre corps et âme dans un monde kafkaïen, absurde, ubuesque même parfois. Un monde de couloirs tous semblables, aux portes à numérotations incertaines, où vaquent à leurs occupations des secrétaires, des gradés, des espions, des contre-espions, des barbouzes...
A moins que ce ne soit des espions qui ne passent pour des gradés, ou des agents doubles, ou triples, ou quadruples.
Et notre héros est bien en peine de mettre la main sur sa Mission, et va, d'ici de là, rencontrant des congénères qui semblent parfois détenir une vérité à la limite du concevable, ou perdre leur vie dans des passe-temps illogiques, ou donner des conseils, tenir des discours irrationnels.


Citation :

- revenons à notre rayon lumineux, poursuivit Prantl, c'est une étoile qui l'a émis. Mais quel genre d'étoile ? Quelle est sa grandeur ? Sa température ? Quel est son passé, son avenir ? Peut-on l'apprendre d'après son rayonnement ?
- Bien sûr, si on dispose des connaissances nécessaires.
(...)
- (...) si on suit ce raisonnement on en arrive à la conclusion que tout est code.
- ce qui serait exact mon cher.


Tout est code. Voilà qui en rajoute à la confusion. La logique paranoïaque s'en mêle : propos irrationnels, ou duperie, ou incompréhension du héros, ou code, donc propos rationnels dont il faut avoir la clé ? Quel est le sens de ce monde étrange ? Tout est-il absurde ? Une analyse rationnelle de cette dernière hypothèse ne démontre-t-elle pas qu'elle est elle-même absurde, et donc qu'il y a bien un sens caché ? A moins que, parmi toutes les suppositions émises, on ne retiennent celle de la blague magistrale :

Citation :


Souvent, lorsque nous ne voyons pas le véritable sens d'une chose dont la perfection et le raffinement dépassent notre compréhension, nous sourions. Mais nous ne réagissons pas de la même façon devant des phénomènes plus imposants. Prenons, par exemple, le soleil avec ses protubérances entortillées comme des papillotes, ou bien la Galaxie avec toutes les ordures qu'elle traîne après elle ; n'a-t-elle pas l'air d'un gigantesque manège ? Et la métagalaxie avec sa tignasse hirsute ? Comment peut-elle sérieusement prétendre à l'infini ? Et cette pagaye qui règne dans les constellations ? As-tu déjà vu, au moins, une caricature de notre soleil ou de notre Galaxie ? (...) Nous disons d'ailleurs : il est comme il est, il est tout, et le tout ne peut être une farce... Ah ! Comme nous respectons la grandeur ! Elevons une montagne d'excrements dont le sommet se perdrait dans les nuages, les hommes se mettraient à la vénérer et à ployer les genoux devant elle.


Ecrit avec une dextérité certaine, contenant de nombreux moments mémorables, le livre de

Lem

pourra faire cependant souffrir le lecteur. Tout d'abord parce que ce récit est forcément loin des formes dramatiques qu'on trouve dans les histoires plus "conventionnelles". Ensuite parce que, écrit à la première personne, le nom du héros n'étant jamais avancé, il faut bien reconnaître que d'un certain côté, le héros, c'est nous - et qu'il faut bien nous coltiner cette vision absurde du monde, ce qui reste toujours une chose éprouvante.

On pourra peut-être voir éga

lem

ent une certaine vision datant de la guerre froide (le pentagone - dit "l'Edifice" - avec son pendant, l'antiEdifice (qui existe ou n'existe pas), nous et les a-u-t-r-e-s (ces derniers existant ou n'existant pas, à moins que les autres ce ne soit nous, ou encore...), les espions, la paranoïa omniprésente, une bureaucratie surréaliste, bref, un beau foutoir sans but, retranscrit, brossé, démonté.
Mais ne nous y trompons pas.

Lem

vise sans doute plus loin, plus profond. Il se place donc au côté des écrivains de l'absurde avec ce livre qui nous montre, encore une fois, la maîtrise de l'auteur.

J'avoue que pour l'instant, au cours de mes quelques lectures,

Lem

ne démérite pas. Quelques autres m'attendent, et je parie fort que je ne serais pas déçu. Il devient, à mes yeux, un des auteurs les plus intéressants dans les rangs des SF writers.

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j'ajoute une petite remarque qui n 'a sans doute aucune valeur, mais qui me titille alors que je fais la vaiselle...
Ces mémoires sont une découverte d'une civilisation humaine future. Cet effet est peut-être un moyen d'inclure ce livre dans le genre qui nous intéresse. D'un côté, il n'y avait pas obligation, et le livre aurait peut-être pu donner une oeuvre absurde pure - avec beaucoup de remaniements, donc à voir... mais d'un autre côté, le lecteur est en place autant du héros que du lecteur du futur lisant les mémoires retrouvés. Il se glisse alors à la lecture (d'une façon absurde, en un sens, ou plus ou moins inconsciente) que l'absurdité même du récit n'est pas sans relation avec le jugement qu'on pourrait avoir à posteriori - et dans un temps éloigné - sur l'humanité telle que nous la connaissons - et notamment celle du XXème...
Quelque chose comme ça...
Bon faites comme si j'avais rien dit...




Alors que les derniers maîtres de la Fédération Terrienne élaborent des plans de subversion et de défense aussi complexe qu'illusoires, un agent secret réussit à pénétrer dans l'immense édifice où ils se sont isolés du monde. Mais, très rapidement, sa quête tourne court, tant est frappante l'abberration de l'univers où il s'est introduit. Tout y est chaos, mensonge, falsification, duplicité, torture, délire. A croire qu'ici le cauchemar a été érigé en principe vital.


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