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Olivier

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Derrière l'écran

Richard Matheson


Derrière l'écran
Traduction : Hélène Collon, Jacques Chambon
Titre original : Richard Matheson : Collected stories, 1989

 Pour la présente édition :

Editeur : Flammarion
Collection : Imagine

   

Est-il vraiment besoin de présenter Matheson ? La question parait moins farfelue qu'elle ne peut peut le sembler de prime abord. En effet, c'est un Matheson un peu oublié, sous-estimé voire ignoré dont il est question, puisqu'il s'agit ici du nouvelliste. Comme Dick, autre géant de la forme courte, ses romans ont souvent eu tendance à occulter chez lui la nouvelle et, à part Né de l'homme et de la femme (alias Journal d'un monstre), il est peu de titres de nouvelles que l'on cite aussi spontanément que L'homme qui rétrécit ou Je suis une légende. Et pourtant ! L'intégrale des nouvelles de Matheson recelle une quantité incroyable de chefs-d'oeuvres. Premier tome cette intégrale, Derrière l'écran est dédié comme il se doit à la mémoire du regretté Alain Dorémieux qui fit tant pour la sf, le fantastique, la nouvelle et donc pour Matheson, auteur majeur de ces trois domaines.

Derrière l'écran reprend par ordre chronologique les tous premiers textes de Matheson. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, il y a vraiment peu de mauvais textes. Tout juste de l'anodin tel La troisième à partir du soleil ou La guerre des sorcières. Sans qu'ils soient mauvais, ces textes sont simplement sans saveur, et sont d'avantage l'oeuvre d'un honnête tâcheron que celle du génie qu'est (devenu) Matheson.
Premières nouvelles donc et, autre surprise, Matheson est bien loin de se limiter au fantastique et l'horreur qui ont fait sa réputation de nouvelliste. Il suffit de lire les quelques pages du bouleversant Frère de la machine par exemple, pour se faire une idée du talent du bonhomme en matière de SF. Si le talent est bien sûr dans la fameuse chute, il est aussi dans l'humanité avec laquelle il écrit sa nouvelle : on se croirait à mi-chemin entre Brown et Sturgeon. Sturgeon justement, pour l'art avec lequel il sait mettre en scène des enfants différents, qu'il s'agisse de la petite orpheline de La robe de soie blanche, à l'horreur particulièrement glaçante ou encore l'effrayante chrisalide du jeune héros de La voix du sang.
Autre coup de génie de Matheson : en finir avec les horipeaux du gothique, afin d'inscrire l'horreur dans le quotidien le plus trivial : celui de la middle class d'une american way of life en pleine ascension, comme dans L'habit fait l'homme, où l'horreur -intacte 60 ans plus tard- se loge dans le décor délicieusement désuet de l'Amérique des années 50.
Mais il n'y a pas que sur le fond qu'il innove : la forme est aussi convoquée, comme dans Derrière l'écran, texte uniquement dialogué sous la forme d'un interrogatoire de police où, là encore, le quotidien de l'american way of life naissante est à nouveau convoqué. Nous allons donc du franchement bon aux premiers chefs-d'oeuvre, à l'exception d'un ou deux textes. Ce serait vraiment dommage de s'en priver, d'autant que les anthos du bonhomme sont épuisées depuis belle lurette !

Tout au plus déplorerons-nous la préface de Stephen King, oeuvre de commande du plus haut inintérêt (King semble n'être un excellent préfacier que pour ses propres recueils de nouvelles, formats dans lesquels il excelle). Préface d'ailleurs invisible sur la couverture, soit dit en passant : allez savoir pourquoi... Avouons qu'en plus de la dédicace mémorielle reprendre, ne serait-ce qu'en postface, l'un des textes que Dorémieux consacra aux Mondes macabres aussi bien qu'aux Miasmes de mort du maître aurait apporté au recueil le petit supplément critique qu'il lui manque.
Las, ce ne sont jamais ici que quelques chicanes. Et concluons donc en saluant le travail de retraduction, qui redonne toute sa vigueur aux débuts d'un génie que l'on voit naitre sous nos yeux, et qui s'épanouira dans les recueils suivants. Retraduction dont aurait bien fait de s'inspirer l'éditeur d'autres intégrales de nouvelles, celle de Chandler et Hammett notamment...

C'est donc sur un coup de maître que s'ouvrait la défunte collection Imagine...




Des enfants différents, vampires ou mutants, des maisons piégées, des jeux d'illusions mortels, une télévision qui ne se contente pas de manger votre temps...
Ce premier des cinq volumes composant l'intégrale des nouvelles de Matheson — présentées dans l'ordre de leur composition et dans des traductions nouvelles ou soigneusement revues — correspond au tout début de la carrière de l'auteur. Il s'attaquait alors indifféremment au fantastique ou à la science-fiction, mais en leur imposant sa marque : une concision qui transforme certains récits en véritables coups de poing, une recherche de variété dans les formes narratives, un investissement personnel dans les thèmes abordés (à la manière de Philip K. Dick qui débute à peu près à la même époque), une évacuation du surnaturel gothique au profit de celui qui naît de nos angoisses et de nos névroses, une vision du monde frappée au coin du macabre et du sarcastique.
Avec ces textes naissait l'inventeur de la terreur moderne. Celui que Stephen King salue comme son maître.


Richard Matheson mène depuis 1950 une carrière jalonnée d'oeuvres mémorables dans le domaine du roman (Je suis une légende, L'homme qui rétrécit, La maison des damnés, devenus des classiques et autant de films) et de la nouvelle (« Né de l'homme et d'une femme » s'impose d'emblée comme un chef d'oeuvre). Scénariste pour La quatrième dimension, la mythique série télévisée, il a adapté les plus célèbres contes d'Edgar Poe pour le cinéaste Roger Corman et signé le scénario de Duel, le premier grand succès de Steven Spielberg.

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Critique enregistrée le 20 décembre 2011 à 21h27

Science-fiction

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fantastique

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