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Olivier

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Argyll : mémoires

Theodore Sturgeon


Argyll : mémoires
 Pour la présente édition :

Editeur : Omnibus

La critique du livre
Lire l'avis des internautes (4 réponses)

Cette critique est bien sûr fraternellement dédiée à Lacroute, en attendant avec grande impatience ses chroniques à venir, à deux ou quatre mains.

Theodore

Sturgeon

est l'un de ces auteurs singuliers qui font le bonheur du lecteur de sf et de fantastique. Sa sensibilité et sa tolérance lui ont permis de donner à la sf et au fantastique une dimension humaine qui a fait de lui un auteur unique ou presque, intemporel et que l'on peut lire à tout âge.
L'un des lieux communs sur sa vie reste son beau-père, un homme autoritaire qui l'a souvent brimé et humilié. On évoque parfois cela comme une anecdote, un détour obligé et malheureux au détour d'une phrase, lors d'une conversation ou d'un topic sur l'auteur, sans s'y appesantir. C'est justement là qu'un texte comme "Argyll" prend toute sa valeur.
Il s'agit d'un texte écrit dans le cadre d'une psychothérapie, donc nullement destiné à une quelconque publication.

Sturgeon

s'y livre à cœur ouvert, sans la moindre autocensure, qui aurait prévalu dans le cadre de la rédaction de ses mémoires. Document précieux donc, voire indispensable. Pourquoi ?
Tout d'abord pour sa grande qualité d'écriture. C'est peut-être une tarte à la crème de le dire, mais il se trouve que

Sturgeon

sait remarquablement écrire, y compris quand il s'agit d'un texte nullement destiné à une quelconque publication.
Mais surtout pour ce qu'il y raconte, et ce qu'il en raconte.
En effet, s'il nous rappelle ses douloureux souvenirs, il explique aussi en quoi il est devenu le Theodore

Sturgeon

que nous connaissons, un auteur hélas trop rare, mais incroyablement sensible et brillant.
Les anecdotes s'enchaînent, de brimades en humiliation. Des coups de ceinture qu'il doit endurer, préférant crier et pleurer plutôt que de se taire, car il s'est rendu compte que les coups diminuaient en intensité et en nombre. Et c'est alors toute la douleur, des coups et de cette humiliation, face au stoïcisme de son frère qui ressort. Ou bien comment il doit incroyablement ruser pour pouvoir écouter la radio, avant de se faire avoir par une terrible malchance. L'un des épisodes les plus marquants reste sa découverte de la sf, où l'adolescent qu'il fut découvre les pulps. Il nous raconte comment il se prive de tout pour pouvoir racheter de vieux numéros à un camarade. Premier numéro ramené à la maison, Argyll, son beau-père tombe dessus, et le met à la place qu'il estime être celle de la sf : directement à la poubelle.
Il va donc falloir ruser. Gymnaste émérite, il a remarqué une petite trappe au plafond de sa chambre, dans le placard mural. Montant sur une table, il s'y hisse, et arrive dans des combles plein de poussière, constitués de simples poutres. Il décide donc de cacher ses pulps 5 poutres après la trappe. En lieu sûr pensait-il. Car un jour, Argyll lui dit qu'il a du ménage à faire dans sa chambre. Interloqué, il y monte, et voit un tas de papier, dont les plus gros ont la petite dimension de 4 timbres postes. Il s'agit de la trentaine de pulps qu'il avait caché, qui avaient été déchirés un par un, page après page, avec une remarquable patience, et, serait-on tenté de dire, un incontestable sadisme, une véritable jouissance de l'humiliation imposée.

Sturgeon

, comme je l'ai déjà dit, ne s'autocensure pas, notamment quand il parle de sexualité. De ses premières masturbations, et en particulier la terrible humiliation que ce fut d'être surpris en pleine action par Argyll, à ses premières relations sexuelles (hétéro comme homosexuelles), il ne cache rien, il dit tout et touche le lecteur droit au cœur.

Sans voyeurisme ni complaisance, il se met ici à nu, dans cet opuscule précieux, indispensable, touchant et parfois révoltant devant la cruauté et l'imbécillité d'Argyll.

Sturgeon

fait ressortir les douleurs physiques et morales que le jeune Theodore endura dans son enfance et son adolescence, et surtout comment tout cela fit de lui l'écrivain que l'on sait.
On y retrouve en effet les mêmes qualités que dans ses meilleures œuvres ("Les plus qu'humains", "Cristal qui songe" ou des nouvelles comme "Une soucoupe de solitude" et "Parcelle brillante"*), sauf qu'il y parle de lui-même. Mais n'a-t-il finalement jamais rien fait d'autre, par imaginaire interposé dans son œuvre ? La question se pose, la réponse est simple : il faut lire Argyll. On ne peut cependant que regretter le choix de l'éditeur, de mettre ce texte dans une sorte de best-of de

Sturgeon

, seul inédit au milieu de textes d'une grande qualité certes, tant au niveau des romans que du choix des nouvelles, mais il reste un goût amer : les fourches caudines du marché, aidées en cela par la mort de Jacques Chambon interdiront la publication en français des Œuvres complètes de

Sturgeon

, où ce texte eut trouvé toute sa place.


*Nouvelle magnifique :
http://www.noosfere.org/icarus/livres/EditionsLivre.asp?numitemsommaire=3609



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5 réponses y ont été apportées. Dernier message le 26/01/2015 à 17h41 par Butch

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