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Olivier

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Sylvana

Michel Pagel


Sylvana
 Pour la présente édition :

Editeur : Les Moutons Electriques

La critique du livre
Lire l'avis des internautes (1 réponses)

Il est des moments, précieux, dans la vie d’un lecteur, où l’on a l’impression de lire le bon livre au bon moment, de tomber au hasard de la PAL sur un livre exceptionnel.
Sylvana est incontestablement de ceux-là, et s’inscrit d’emblée dans mes meilleures lectures de 2020;

Je ne connaissais le nom de Michel

Pagel

que par ses traductions, et sa préface à un livre de Mélanie Fazi. Or, quiconque préface Mélanie Fazi mérite une immense attention.

La réédition définitive, en deux forts beaux volumes du cycle de Michel

Pagel

aux Moutons électriques, était l’occasion à saisir pour se plonger dans une oeuvre au parcours éditorial mouvementé.
En plus c'est pas cher, et ça fait un super cadeau de noël, et une occasion en or de profiter de la réouverture des librairies.

Un été comme tous les autres, dans le petit village de Vendée, où Jean et Michel vont passer leurs vacances, avec leurs parents.
Un petit bourg comme tant d’autres, avec ses familles plus ou moins heureuses, où la gentillesse des uns tempère l’alcoolisme violent des autres, où les vieilles filles côtoient les plus jeunes.
Un village qui baigne dans son patois, qui vivote hors-saison, et qui fait le plein en été.
Non pas le plein de touristes, mais le plein de Parisiens, ces anciens habitants du village partis s’établir en Ile-de-France, le plus souvent en banlieue parisienne.

Ce qui aurait donc été un été comme tant d’autres sera un été décisif pour Jean et Michel. Car c’est cet été là que la maison depuis toujours à l’abandon a été retapée, et qu’elle va accueillir la famille de Sylvana.
Certes, le village ne manque pas de jeunes filles, que Jean et Michel connaissent depuis toujours. Mais Sylvana a ce truc en plus, ce charme indéfinissable qui fait qu’elle coiffe les autres au poteau, et qu’elles lui en tiendront une rigueur éternelle.

Le roman s’étale donc sur plusieurs été, qui voient Jean, Michel et Sylvana passer du début de l’adolescence à l’âge adulte.

Un été pas comme les autres marquera toutefois durablement le village. Celui où deux jeunes filles disparaitront lors d’une fête, et où seule Sylvana sera retrouvée vivante, l’autre étant atrocement égorgée. Sylvana ne se souviendra de rien. Et le fou dont tout le monde parle était déjà en prison. Personne ne saura ce qui s’est passé.

Michel se passionne pour le piano, mais se rend vite compte qu’il ne sera pas un compositeur. Jean, l’élève modèle, va petit à petit décrocher, tandis que Sylvana…
Sylvana continue de grandir, et nous ne saurons que peu de choses d’elle, avant la toute fin du roman.
Michel va prendre la place de Jean, celle de l’élève modèle, mais aussi dans le coeur de Sylvana. Cependant, une relation durable se nouera en Jean et Sylvana, prélude d’une longue descente aux enfers pour Jean…

Chronique du passage de l’adolescence à l’âge adulte, dans la plus pure tradition du meilleur fantastique américain (le Stephen King de Stand by me ou Jack Ketchum, ou pour les cinéphiles amateur de cinéma réatliste, 12 and holding de Michael Cuesta), de la naissance des sentiments et de l’éveil sensuel jusqu'aux déboires de la vie active, Sylvana est un roman subtil et envoutant.

Subtil par ses descriptions de l’adolescence, et de l’entrée dans la vie, tandis que la mort rode.
Subtil par son fantastique, qui ne joue pas sur l’ambiguïté. Sylvana est une vampire, il n’y a pas à tourner autour du pot. La subtilité est dans la façon dont cette caractéristique va jouer sur les destins des deux frères, qui sont jumeaux. Le fantastique reste toutefois assez diffus. Les purs et durs de l’imaginaire reprochent souvent à Michel

Pagel

d’être trop peu fantastique, tandis que ceux du camp d’en face, de ne pas être assez mainstream…
Envoutant par son ambiance, qui s'ancre de plein-pied dans le quotidien (nous ne sommes pas dans la Hammer), par la subtilité des personnages, par la construction de son intrigue, où les étés s'enchaînent avec parfois quelques hors-saisons.

Construit avec intelligence, en alternant les points de vue entre les deux frères et Sylvana, tout en donnant toutes les cartes au lecteur, Sylvana est un roman dont on connait presque tout dès le début. L’auteur réussit, en tuant tout suspens, à se concentrer sur ce qui l’intéresse vraiment. L’évolution de ses personnages, jusqu’à la fin qui, sans être une véritable chute façon Matheson, prend toutefois le lecteur aux tripes.
J'y ai vu, dans sa structure narrative, des échos des débuts de Thierry Jonquet, de romans aussi recommandables que Mémoire en cage (magnifique roman sur le handicap) ou Mygale. Autant dire que nous sommes vraiment dans le plus haut du panier. Au sommet de la littérature.

Le roman fantastique est un véritable défi, tant le genre se coule à la perfection dans la nouvelle, comme la fantasy dans le cycle. Seule la sf s’épanouit dans tous les formats, nouvelle, roman ou cycle.
Je puis sans peine citer d’excellents nouvellistes de fantastique, bien plus facilement que dans le roman. Des romans de Lisa Tuttle, je ne retiens que Compagnon de nuit, oeuvre magistrale. Des romans de Mélanie Fazi, je ne retiens que le premier. A La foire des ténèbres de Bradbury, je préfère de très loin la nouvelle originelle.
Quant à Matheson, il y a des débats sans fin pour savoir si Je suis une légende se rattache au fantastique ou à la sf.
Clive Barker me laisse plutôt froid. Anne Rice m’emmerde à cent sous de l’heure.

En choisissant de ne pas jouer sur le doute, l’inquiétude ou l’angoisse, comme Maupassant ou Lovecraft,

Pagel

s’inscrit plutôt, par ses thèmes et son traitement, dans la filiation de Stephen King. Tout en conservant son originalité, en trouvant sa propre voie.

Avec ce roman,

Pagel

pose la première pierre d’un monument que je ne connais pas encore. Mais si toutes les pierres, roman ou recueil de nouvelles, sont de cette qualité, je me jetterai avec impatience et avidité sur la suite.

Sylvana est un chef-d’oeuvre, et j’espère bien qu’il n’est que le premier d’une longue série.
J'espère surtout que cette chronique vous donnera des idées pour Noël...

Patrick Marcel ne s'y est pas trompé, en recommandant plus que chaudement la lecture de ce chef-d'oeuvre dans son Atlas des brumes et des ombres.




L'histoire est simple.
Sylvana, ma femme, était un vampire. Jean, mon frère, était sa victime. Victime consentante qui s'offrait avec joie, avec amour. Tous deux sont morts désormais.
L'histoire est simple, et il n'y a pas de justice...


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Michel Pagel



Cette critique est signée stegg
18 réponses y ont été apportées. Dernier message le 01/08/2010 à 17h59 par dragonet70

Science-fiction

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