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soleilvert

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28/02/2005
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La bête qui criait amour au cœur du monde

Harlan Ellison


La bête qui criait amour au cœur du monde
Titre original : The Beast That Shouted Love at the Heart of the World
Première parution : 3ème trimestre 1969

 Pour la présente édition :

Editeur : Les humanoïdes associés

La critique du livre
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Je n’ai pas trouvé trace d’un mot, à défaut d’un hommage, pour Harlan

Ellison

dans les récentes « Reflections » de Robert Silverberg rédigées pour le magazine Asimov’s science fiction. Cela viendra peut-être un jour. Les deux hommes collaborèrent pourtant et voisinèrent dans les années 50 à New-York. Chacun suivit ensuite son chemin de création, Harlan surtout dans les nouvelles scénarii et scripts, bataillant tous deux quand il le fallait pour la protection juridique de leurs écrits. Silverberg est un géant absolu mais l’empreinte de l’anthologiste des Dangerous visions dans la vie littéraire, le fandom ou le milieu cinématographique de son temps reste incomparable. Les batailles rangées dit-on continuent aujourd’hui dans les conventions américaines. Le fantôme d’

Ellison

doit y être pour quelque chose.

On trouve dans le recueil La bête qui criait amour au cœur du monde, publié jadis par Les Humanoïdes associés, un melting-pot bien à l’image de celui qui se définissait comme « une soupe en ébullition ». Moins homogène que l’anthologie La machine aux yeux bleus, concoctée par Jacques Chambon - on le retrouve ici à la traduction - il alterne fictions de premier plan et sorties de route. Tel fut Harlan, excessif en tout. Le premier texte qui donne le titre au recueil (ah les titres chez

Ellison

…) a obtenu un Hugo en 1969. Difficile d’y comprendre quoique ce soit, à l’instar du directeur du magazine d’alors qui le publia. Il se présente comme une succession d’évènements sans liens : une vague d’attentats terroristes, la découverte sur une planète étrangère d’une statue géante représentant le criminel, la capture d’un homme se dissimulant sous la forme d’un dragon à sept têtes etc. Il appartient en quelque sorte au lecteur, dans cette story expérimentale, de se construire son propre pitch. Au rayon des productions dispensables on notera le très court « Blanc sur blanc » dans lequel un gigolo se fait enlever par un yeti (si, si). Un peu au-dessus, totalement surréaliste, « La division de Possinc Esclar » raconte la rencontre d’un alien et d’un humain. Pas de quoi compenser la perte d’une machine à écrire, puisque telle semblait être l’origine de l'histoire … Saluons l’effort de Chambon dans cette galère. « Le Dormeur aux mains calmes » vient interrompre cette spirale de déception. Les guerres ont disparu de la surface de la Terre. Le responsable de cette situation est un homme enterré profondément sous terre qui communique aux vivants ses rêves de paix. Mais certains ne l’entendent pas ainsi … Un récit Dickien, difficile, moins spectaculaire qu’« Un gars et son chien » mais tout aussi fort.

L’horizon continue de s’éclaircir avec l’odyssée de trois aventuriers et aventurières en quête d’une cité perdue dans les sables écarlates. Mais est-on sur Mars ? « Phénix » évoque les textes de Leigh Brackett et vaut surtout par sa chute. Dans l’esprit de Duel, deux véhicules s’affrontent sur une autoroute. « Sur la route panoramique » n’est pas mauvais en soi mais date … Le second coup de tonnerre éclate avec « Papa Noël contre S.P.I.D.E.R. » que résume ainsi la quatrième de couverture : « Un père Noël James Bond affronte Ronald Reagan dans les toilettes d’un asile d’aliénés ». De quoi s’agit-il ? Nous sommes en 1968, la guerre au Vietnam s’intensifie, les afro-américains tentent de faire valoir leurs droits civiques, Bob Kennedy se fait dégommer. La raison de ce bordel ? Un symbiote extraterrestre envahit le cerveau des Reagan, Johnson, Nixon et consorts. Raison de plus pour l’éliminer. Pochade ? Pas totalement. Délire et écriture, les aiguilles ne sont pas loin ici de fusionner.

« Essaie donc un couteau émoussé » rejoint le plateau des meilleurs textes. Blessé à mort, un prêcheur tente d’échapper à ses poursuivants dans une boite de nuit. Au-delà de la référence évidente à Je suis une légende,

Ellison

assimile célébrité et vampirisme. Un camé proxénète en crise tue une femme. Fuyant la police, il entre dans une boutique et se retrouve plongé dans une jungle. Bénéficiant d’une écriture soignée « L’endroit sans nom » n’atteint pas sa cible, la faute à un personnage qui subit un châtiment tout en demeurant étranger au sentiment de culpabilité qu’il incarne paradoxalement. « La course aux étoiles » est un bon texte classique (1957), bien construit. La confédération terrienne capture un camé (encore un et ce n’est pas le dernier !) et en fait une bombe humaine pour aller détruire un ennemi stellaire. Mais Human Bomb, au départ trouillard absolu, décide de n’en faire qu’à sa tête … On applaudit « Est ce que vous écoutez ?» pas loin dans sa forme des meilleurs textes personnels de Robert Silverberg. Avant Damasio ou Priest,

Ellison

abordait le thème de l’invisibilité sociale.

Suivent deux autres bonnes nouvelles classiques, bien qu’écrites à plus de dix ans d’écart. « Places debout exclusivement » : un vaisseau spatial gigantesque fait irruption dans le ciel new-yorkais. Allons-nous assister à une préquelle d’Independance Day ? Il semble que non, mais quel est le prix du spectacle ? Dans « Profession : tueur de planètes » un mercenaire offre ses services aux conquérants de la Galaxie. La conclusion du récit - la tyrannie est préférable au chaos - rencontrée ailleurs (Shadrak dans la fournaise de Silverberg, par exemple) laisse une impression de malaise. Un petit bijou vient effacer tout cela. De retour de l’armée, un jeune homme tente de récupérer son ex-petite amie. Il la retrouve dans une communauté californienne « un petit monde clos, limité au nord par la mescaline et l’acide, au sud par l’herbe et le peyotl, à l’est par le speed et les barbituriques, à l’ouest par les sédatifs et les amphétamines ». Intégré au groupe Kris voit les soirées de défonce virer au cauchemar. Sans conteste « Brisé comme un lutin de verre » titille les gencives. Le plus célèbre texte clôt le recueil. « Un gars et son chien » raconte les déambulations d’un homme et de son animal favori dans un univers urbain dévasté par la troisième guerre mondiale. Le sel de l’histoire vient de la bestiole dont les performances cérébrales ont été décuplées par des expériences génétiques lui octroyant des capacités télépathiques et … la faculté de repérer les filles à longue distance. C’est très macho, très drôle et cela nous rappelle que la renommée d’une fiction vient aussi de sa descendance.

Ne manquez pas de lire l’introduction, mélange de compliments et de coups de griffe, de vérités et de mauvaise foi. Tout Harlan

Ellison

quoi. Le recueil, inégal, réserve de sacrées surprises.



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Cette critique est signée soleilvert
2 réponses y ont été apportées. Dernier message le 26/07/2018 à 09h56 par Jim

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Cette critique est signée soleilvert
2 réponses y ont été apportées. Dernier message le 11/10/2022 à 15h00 par soleilvert

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