L'envol de Mars est la biographie de Casseia Majumdar, cette figure de la politique matienne qui assuma la responsabilité de l'envol de Mars, biographie restreinte à son engagement politique et aux événements qui conduisirent à l'envol. Elle part de son vidage de l'université de Mars, par les étatistes, en contravention avec les contrats passés, premier engagement politique, s'attache à son séjour sur la Terre si thérapiée, si rationnelle, en tant que stagiaire du MA de sa famille afin de calmer les groupes de pression économiques terrestres devant l'anarchie et l'impétuosité martienne, évoque son mariage et son entrée dans la famille Erzul et sa rencontre avec Ti Sandra qui réalisa la confédération martienne.
Avec une remarquable finesse, Greg Bear entre dans les pensées de la jeune femme, hésitante sur ses sentiments et sur son avenir. Avec un manichéisme un peu poussé (Martien vaillants pionniers, naïfs et indépendants contre Terriens sybarites, apaisés, arrogants), Bear fait s'affronter deux idées de la politique, à travers deux planètes à des âges politiques différents. La Terre est une planète pleine de vie, bouillon d'informations, aux habitants thérapiés qui semblent préférer la simulation à la fade réalité. Mars est une planète biologiquement mort-née de la perte de son activité tectonique, habitée de lapins rouges en effervescence, plongés dans la réalité.
Bear créé à Mars un passé auquel on adhère avec une grande aisance, impressionné par l'évocation, la recherche, le mystère de ces cystes mères qui donnèrent naissance à des ecos entiers, des mers solidifiées parsemées de fleurs pétrifiées, des températures glaciales et les vents violents qui parcourent la surface de la planète rouge. Il la creuse de terriers et la parsème des stations où les Martiens regroupés en Multimodules Associatifs, en famille, constituent des sortes de polis antiques que la pression de la Terre engage à se réunir dans un système politique stable.
Son roman est aussi remarquablement construit en tant qu'oeuvre romanesque, liant la découverte de ce système solaire à la progression de l'intrigue, tendant les relations Terre-Mars jusqu'au paroxysme, remettant en question la notion de civilisé. Centré sur une personnalité et ses expériences et ses ressentis, il déplace une focale bien trop souvent terrocentrée, induisant ainsi une rare neutralité du lecteur dans le conflit qui s'annonce.
Une très belle invention de Mars, une singulière exploration de l'humaine condition, un bien beau roman.(à la chute aussi poétique qu'improbable).
En plus, mon exemplaire est dédicacé !












Ajouter à Netvibes
















Envoyez cette critique à un ami




