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Dick . Priest. Si loin, si proches… |
12/06/2009 à 15h34 |
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La réalité se dérobe, l’identité vacille, la mémoire est piégée, les répères se brouillent : on est chez Dick ! On est chez Priest ?
Les deux écrivains, de pays, d’époques, de styles bien différents, semblent présenter des similitudes d’effets (sur leurs personnages et/ou sur les lecteurs)
Ne serait-ce qu’un mirage, phénomène optique trompant l’observateur lointain ?
Ou y aurait-il matière commune autrement plus solide, qui « demeure quand on a cessé d’y croire » ?
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RE : Dick . Priest. Si loin, si proches…
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12/06/2009 à 15h35
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Hier...
lacroute :
Vous allez me dire sans doute que je fais fausse route et vous aurez surement raison.
Mais l'idée m'a traversé l'esprit et je vous la soumet ici..!
Je vais partir du fait connu rapprochant Priest et Dick autour du thème de la perception de la réalité.
La différence les séparant sur ce point ne niche t'elle pas dans la constatation (ou plutôt l'impression non encore véritablement etayée) suivante:
Là où Dick essaie de nous convaincre que QUELQU'UN fausse notre réalité dans notre dos, Priest s'essaie avec succès et JUBILATION (Il deviendrait alors pince-sans-rire) à nous flouer, à nous dire (rires sous cape) quant tant qu'écrivain "Je vous ai bien eu..!". Dick agite le drame, Priest l'aspect ludique, l'inter-activité.
Cette constatation est née à la lecture du "Prestige" dans lequel Priest endossant un habit de MAGICIEN(S) détruit par simple jeu notre représentation à priori indestructible du roman en tant qu'objet.
LeGaidol :
Avec Priest il y a un pacte passé avec le lecteur. Le second s'engage à ne pas chercher à comprendre le tour que lui joue l'auteur. S'il ne le respecte pas, s'il cherche à tout prix à rationaliser. Le tour ne prend pas.
Pour Dick, je crois qu'il y a un véritable questionnement obsessionnel sur la nature de la réalité. Dick ne joue pas avec son lecteur.
Tout ceci est énoncé avec les précautions d'usage, bien entendu.
Oman :
| | | | | | lacroute :
Question: A quel instant de ses récits Priest commence t'il à nous tourner autour pour mieux nous prendre pour des couillons éberlués (Et qui plus est en redemandent). |
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Pour répondre à ta question, je crois que le lecteur est "pris pour un couillon" dès la première page sauf qu'il ne s'en rend compte qu'à la fin, ou presque.
Le glissement de réalité a été opéré dès le départ. Et pour revenir à ta comparaison avec Dick, ce glissement n'apparaît qu'à un certain moment chez ce dernier.
« Dick ne joue pas avec son lecteur » Je suis assez d'accord avec toi. Dick joue avec son personnage.
Nostromo :
C'est vrai que chez Priest,l'aspect ludique et tour de force du récit est plus apparent que chez Dick qui apparait plus "sincère" avec ses lecteurs;
mais il faut faire attention à ne pas s'arreter aux aspects élegants,très Anglais, des romans de Priest,derrière la délicatesse se cache une perception tout aussi pessimiste de l'homme,voire plus nihiliste que chez Dick,toujours sauvé,lui,par une véritable empathie avec ses personnages que l'on ne retrouve absolument pas chez Priest.
Ne pas oublier non plus que Dick etait TOTALEMENT FOU !
lacroute :
Et si Dick avait entretenu sa propre folie (même si le terme me parait inadéquat, la folie n'étant qu'un écho faussé de l'affrontement majorité/minorité et de la loi du plus fort ) au fil de ses propres créations, délires littéraires.
Priest nous piége, alors que Dick se piégeait peut-être lui-même..!
Franz :
Priest sait écrire.
Dick non.
Amha, patin couffin et tout ça koâ...
Lobo :
C'est vrai comme dit Lacroute qu'on sent une jubilation ludique chez Priest à truquer la réalité... Chez Dick on sent un besoin beaucoup plus impératif d'écrire pour objectiver sa paranoïa. Dick ne sait pas toujours très bien écrire (ses romans, parce que pour les nouvelles, rien à dire), il a fait des romans merdiques (même Ubik a des passages complètement ratés) mais c'est pour moi un très grand écrivain... Les grands de la SF sont souvent comme ça, du génie mais pas de talent. Priest a du talent, Dick du génie...
lacroute :
Concernant Dick, je n'ai jamais vraiment ressenti ce coup de boutoir dans ma réalité que l'auteur impose et que beaucoup de lecteurs décrivent. J'ai vécu mes voyages dickiens comme des tableaux cliniques, une symptomatologie des dégats affectant sa personnalité. Je ne dénie pas son statut de génie mais le perçoit via cette force incommensurable qu'il a mis dans ses oeuvres pour se convaincre lui-même de sa paranoia..!
Nostromo :
| | | | | | lobo :
Les grands de la SF sont souvent comme ça, du génie mais pas de talent. Priest a du talent, Dick du génie... |
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Très vrai,je trouve.
Les visions de Dick sont si puissante et embarque le lecteur tellement loin que l'on passe vite sur les defauts stylistiques de ses romans, les constructions bancales et les histoires SF de pacotilles plaquées artificiellement sur ses intrigues .
De plus Dick avait du génie pour faire exister en quelques phrases des personnages vraiment "humain" et très proche de nous dans leurs luttes pathétiques avec un monde qui les dépasse.
Les differences entre les deux ecrivains peuvent aussi s'expliquer par leur origine,la subtilité Anglaise,assez froide, contre l'empathie californienne.
Olivier :
(…) les idées de Priest me semblent plus adaptés au roman.
lacroute :
En corollaire, est-ce que Priest te sembles moins "Imaginatif" que Dick et s'avère obliger de "tenir" une idée sur la longueur..?
En d'autres termes est-ce que là où Priest est contraint d'économiser, Dick ne compte pas..?
Gutboy :
Je ne vois pas ca comme ca. Il n'y pas vraiment question d'être obligé de tenir sur une distance ou non.
Il est certain qu'il y a une différence de rythme notable entre Priest et Dick.
Dick est plutot du genre "attaque éclair". L'idée est percutante, déstabilisante et tu la prend en pleine gueule, si vous permettez l'expresssion.
Priest tisse plutôt tranquillement sa toile autour du lecteur. Tu es là, c'est cool, tout va bien. Et puis à un moment tu t'aperçois que, non, tout ne va pas bien, tu t'es fait piéger. Tu ne sais ni où ni quand.
L'un te fait tomber de ta chaise d'un grand coup d'épaule.
L'autre scie patiemment les pieds.
Les deux méthodes me vont bien.
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RE : Dick . Priest. Si loin, si proches…
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12/06/2009 à 15h38
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lacroute :
En gros, au fil de mon propos, ni goudron ni plumes, ni pour Dick ni pour Priest..!
Ce sont deux voix essentielles à la SF.
La première y a introduit les simulacres, les décors truqués, les doutes sur la réalité.
Le second a agit de même, sous une forme plus trompeuse, plus hypocrite, plus stylisée.
Ils se ressemblent finalement tant.
Mais le second est plus vicieux, car il ne dit jamais qui il est.
Nostromo :
Dick et Priest ne se ressemble absolument pas AMA.
On pourrait même dire qu'ils représentent deux pans complêtement opposés de la SF et même de la litterature;
L'un est un ecrivain organique qui devait se foutre pas mal de coherence ou d'effets stylistiques, obligé de se servir d'une quinquallerie SF par les lois du marché prè New wave pour pouvoir se faire editer.
L'autre est un styliste cérébral dont les personnages et les intrigues sont manipulés avec soin et restent dans le cadre défini par l'auteur ce qui n'etait vraiment pas le cas de Dick.
Deux manières d'appréhender l'écriture.
Olivier :
Concernant Dick et Priest, outre la différence sur la forme (le style, l'écriture) justement soulignée par Nostromo, il y a aussi une différence sur le fonds (l'histoire) : Dick me parait plutôt paranoïaque et Priest schizophrène.
lacroute :
Nostromo, je recentre mon propos mais confirme mon opinion en apparentant Dick et Priest. Si stylistiquement la balance penche en faveur de Priest, thématiquement ils actionnent les mêmes ficelles: celles de la manipulation de la réalité. Seule différence: Dick se prend dans ses propres filets mais pas que: il tend des pièges à ses lecteurs, Priest y attend son lecteur. Priest est l'araignée qui attend sa proie, Dick est la proie elle-même tout en étant lui aussi araignée (Je peux développer ceci aussi, y'a qu'à demander). Ce peut être deux pathologies différentes mais il me semble qu'elles se complètent bien, voire s'emboitent quand Dick psychologiquement empiette sur le territoire de Priest.
Nostromo :
Pour répondre à Lacroute je pense que la difference entre Priest et Dick est bien plus profonde qu'une affaire de style d'écriture;
C'est dans la façon même d'aborder leur "métier" d'ecrivains et dans leurs rapports à leur oeuvre que je ne peux pas les mettre en commun.
Lorsqu'on lit un livre de Priest on sent l'auteur démiurge derrière son oeuvre,lorque je lis un roman de Dick l'émotion vient autant de l'histoire en elle même que de la façon qu'a l'auteur de se débattre avec lui même,ses obessions et ses faiblesses,son ironie et ses doutes sur son propre travail transparaissent dans l'effilochement de ses intrigues,les défauts et les qualités des personnages sont les siens,pas d'écran ou de jeu avec le lecteur dans Dick
Dans un de ses essais Philip Roth disait que l'on pouvait classer les ecrivains en deux catégories :
Les Peaux rouges et les visages pâles,
une distinction assez pertinente selon moi, et AMA Dick est un peau rouge et Priest un visage pâle.
Gui :
(…) Priest est un conteur d'histoires où le truquage de la réalité joue souvent un rôle mais au moins il y a un scénar', des persos, une lutte, des intérêts divergents résultant en une forme de conflit qui trouve une forme d'issue, bref une histoire ; Dick, de son côté, raconte n'importe quoi et tout le monde trouve ça génial parce que c'est tellement tarabiscoté que chacun peut y trouver ce qu'il cherche (et dieu sait que les lecteurs de SF ont de l'imagination, ce qui n'arrange rien dans ce cas précis...) :
Morca :
| | | | | | Gui :
Dick, de son côté, raconte n'importe quoi et tout le monde trouve ça génial parce que c'est tellement tarabiscoté que chacun peut y trouver ce qu'il cherche |
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Autre possibilité : tu n'y trouve rien là où d'autres y trouvent des motifs.
Désolé de trouver une autre interprétation.
| | | | | | Gui :
Priest est un conteur d'histoires où le truquage de la réalité joue souvent un rôle mais au moins il y a un scénar', des persos, une lutte, des intérêts divergents résultant en une forme de conflit qui trouve une forme d'issue, bref une histoire |
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Heu, chez Dick aussi on trouve ça. Bien sûr, d'un autre côté, on peut considérer que le cycle de Tschaï est le summum de la création littéraire. Chacun voit midi.
Au-delà de Dick, chez qui ont trouve des trames classiques, méfiance de ces logiques, qui me rappelle un peu, sur une certaine peinture du XXème : '"mais, ça ne représente rien, ça ne veut rien dire".
Tu oublies aussi quelque chose sur Priest. L'auteur dit lui même que Dick est une de ces influences - Pour la séparation, il signale d'ailleurs que "Le maître du Haut-chateau" a été une influence majeure. Si tu penses que Dick n'écris rien, tu as donc omis de dire que Priest, qui visiblement y voit quelque chose, est un crétin.
Je m'évite la longue recherche de tous les noms d'auteurs qu'il faudra affubler de ce sobriquet, t'évitant par la même la déconvenue.
Ah, d'ailleurs, à propos de AEVV, n'oublions pas, il faut dater. Dick et Priest ne sont pas vraiment de la même génération et s'inscrivent non seulement dans des lieux différents, mais également des temps, ce qui, vous le savez bien, signifie dans un autre moment de l'histoire de la sf. Vous le savez, mais ça fait pas de mal de le rappeler...
Nostromo :
La distinction de Roth (qui n'est pas le dernier des imbéciles ni prof de socio) ne tentait pas d'établir une echelle de qualité mais plutôt une distinction entre deux manières d'appréhender l'ecriture.
Priest est un excellent ecrivain et je ne voulais pas l'opposer à Dick ce qui , comme le souligne Morca serait ridicule ,tant pour la chronologie que pour les influences évidentes.
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RE : Dick . Priest. Si loin, si proches…
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12/06/2009 à 18h49
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Vraiment merci Jim, tu viens d'accomplir, en arbitre serein et objectif, un travail d'excellence en regroupant au sein de tes deux derniers posts l'essentiel de nos propos sur cette dualité Priest/Dick prétendue par les uns et rejetée par les autres.
A noter néanmoins que ton premier post provient d'une discussion antérieure, embryon de celle qui nous attire depuis quelques jours. Y apparaissent des pseudos absents du second jet et inversement.
Pour m'y être collé à chaque fois je constate que mon avis n'a guère changé de l'un à l'autre. Mais basta..!
Tout me semble maintenant, après saine mise à plat, une belle discussion typique de microcosme.
Nous sommes presque tous d'accord sur l'essentiel: Dick et Priest utilisent la réalité et ses potentielles déformations.
Nous ergotons sur:
_Priest est bien meilleur styliste que Dick, Priest atteint son summun en romans, Dick en nouvelles.
_Priest joue quand Dick empathise. Dick fonce et assène, Priest se met aux aguèts et attend.
_Ils ne sont pas contemporains donc non opposables.
Nous nous disputons sur:
_Priest raconte une vraie histoire, Dick dérive tous azymuths
Quelques questions de relance (je ne fais que les poser, celles qui me viennent à l'esprit; pour relancer le débat; ne pas y voir un écho de mon avis:)
_Dick aurait eu les facilités d'écriture de Priest, celà aurait t'il modifié la perception de son univers par ses lecteurs.
_Priest aurait eu les déficits stylistiques Dickiens, ne serait t'il pas tombé dans l'oubli en économisant ses idées.
_Dick est psychologiquement malade reconnu, Priest réusiit t'il mieux à cacher ses propres malaises sur la perception de sa propre réalité ? Dupe t'il, en sus de son lecteur, sa propre personne ? Ne doit t'on pas voir dans sa froideur, ses envies ludiques, un masque pour se tromper lui-même ?
_Dick est critique vis à vis de la société qui l'entoure. Et Priest car celà semble être évoqué par l'un d'entre vous ?
Bon, c'est tout pour l'instant.
Longue vie à ce thread: c'est dans la force des arguments que nait la compréhension d'autrui
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