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Olivier

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Utopiales 2012 : anthologie

Jérôme Vincent


Utopiales 2012 : anthologie
Première parution : 2012

 Pour la présente édition :

Editeur : Les 3 souhaits

La critique du livre
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Certaines anthologies de nouvelles ressemblent à une roulette russe. Sauf qu’au lieu de se tirer une balle dans la tête, c’est dans le pied que Bordage s’en tire une. Alors que l’on peut reconnaitre une certaine poésie chez l’Egan de La plongée de Planck sur fond de vertige (méta)physique, les mystères de l’univers n’inspirent à Bordage qu’une mièvrerie consternante, digne de Bernardin de Saint-Pierre.
Suit un texte de Sarah Doke, qui reprend un thème classique (l’humanité aidée par une espèce beaucoup plus évoluée) en y ajoutant une touche de fantasy. Si la fantasy est le mal, les ET sont ici des… fées. Et c’est bien la seule originalité d’une nouvelle finalement anecdotique : ni bonne, ni mauvaise.
J’avoue que si je ne connaissais point le sommaire, ces deux premiers textes m’eussent franchement refroidi.
Mais c’est sans compter sur le texte suivant, signé Robert Charles Wilson. Comme beaucoup de grands auteurs, ses romans ont un peu tendance à éclipser ses nouvelles, ce qui est tout aussi dommage que pour Sturgeon, excusez du peu. Il nous conte l’histoire d’une adolescente en proie à des hallucinations, puisqu’elle voit des extraterrestres. A partir de ce scénario que Weiner avait traité sous l’angle de l’humour (Envahisseurs ! dans le recueil éponyme), Wilson nous offre l’histoire simple et sensible d’une adolescente confrontée à un monde qui ne veut pas la comprendre. Comme souvent chez l’auteur, la dimension humaine importe finalement d’avantage que l’imaginaire et l’aventure, et c’est avec plaisir que l’on dévore ce texte à la mélancolie discrète.
Vient ensuite Nancy Kress, avec une histoire évoquant l’autisme. Imaginez que vous puissiez concentrer votre cerveau sur une seule et unique chose, en faisant abstraction de tout le reste, notamment de la sociabilité. Vous feriez probablement d’immenses progrès, mais à quel prix ? A partir d’idées intéressantes, l’auteur réussit à planter son texte en ne le menant finalement nulle-part. Elle ne trouve pas d’angle précis sous lequel aborder son problème : faut-il distiller une angoisse glaçante comme dans Le remède de Lisa Tuttle ou privilégier une histoire intimiste à la Daniel Keyes ? A défaut de vouloir trancher, on ne va nulle-part et tout finit en eau de boudin.
Vient ensuite Laurence Suhner, avec un texte à mi-chemin entre Arsène Lupin, Francis Scott Fitzgerald et Lovecrat. Le parti-pris est intéressant, et c’est avec plaisir que l’on plonge à l’époque du charleston, sur les bords du lac Léman. Un texte vintage donc, aux rebours du NSO, qui se lit avec plaisir mais ne vous marquera pas de façon indélébile.
Puis vint Neil Gaiman ! Même remarque que pour Wilson : Gaiman est un immense nouvelliste, et ce texte facétieux le prouve une fois de plus. Imaginez qu’au pub, vous fassiez la connaissance d’un désinventeur. Non, pas un inventeur : un désinventeur ! Un personnage qui remonte dans le temps pour faire disparaitre toute trace d’une invention qui vous pourrirait la vie. Avouez que la Terre irait certainement mieux sans certaines inventions, non ? Je vous laisse donc découvrir desquelles il s’agit dans ce petit bijou d’humour, entre flegme et satire.
Après Gaiman, Claude Ecken. Ecken, l’un des meilleurs nouvellistes, l’un des auteurs les plus fins et les plus sensibles, capables aussi des pires turpitudes (Enfer clos) avec une seule constance : le talent (bon, exception faite des Hauts esprits, d’accord). Inutile de vous dire que j’en attends beaucoup. Et la déception s’amorce : une banale histoire de voyage temporel, où un voyageur du futur raconte à une jeune fille ce que sera sa vie. Mouais, nous sommes assez loin du texte génial de Ted Chiang, à moins que… A moins que Claude Ecken ne se joue non seulement du lecteur, mais de la sf elle-même ! Je ne peux vous en dire plus sous peine de faire capoter la chute, mais sachez qu’avec cette nouvelle, Ecken nous offre, et je pèse bien mes mots, un véritable chef-d’œuvre, un tour de force littéraire aux accents priestiens pétris d’une humanité qui fait de lui le Sturgeon français. Et c’est les larmes aux yeux que l’on passe au texte suivant.
C’est à une Petite Excursion à l'endroit des atomes que nous convie Tommaso Pincio. Une satire assez mordante de l’Italie berlusconienne sur fond de désastre nucléaire, vue à travers les yeux d’une fillette, avec l’innocence de rigueur. Et c’est au final avec un humour glacial que l’auteur nous régale, en évitant pour notre plus grande joie les caricatures exténuantes à la Michael Moore.
Des Alpes nous passons aux Pyrénées avec le seul duo de ce recueil (si l’on excepte la préface, sur laquelle nous reviendrons). C’est dans l’Espagne du franquise agonisant que commence le texte de Xavier Mauméjean et Laurent Queyssi. Inutile de chercher à retrouver ici Le labyrinthe de Pan ou La mauvaise éducation, car le franquisme n’est que peu abordé. Nous suivons l’histoire d’un jeune garçon qui a la possibilité de prévoir l’avenir, à commencer par la mort de cette infâme crapule de Caudillo. A quoi ressemble donc votre vie quand vous savez ce qui va s’y passer ? C’est là le thème central de la nouvelle, traité de façon intelligente, car cette lumière des évènements va bientôt se tarir. Comment vivre alors que vous ne savez pas ce qui va se passer ? Là encore, si l’histoire est intéressante, l’intrigue bien menée, nous avons finalement un travail de faiseurs. Inutile de rechercher ici l’angoisse déchirante de L’oreille interne ou de Des fleurs pour Algernon. Si le talent des auteurs n’est pas à démontrer, leur récit est au final une recension assez froide des évènements, et le texte, fort bon au demeurant, aurait pu devenir un chef-d’œuvre avec une petite once d’humanité, qui lui fait malheureusement défaut.
Le recueil s’achève sur un long texte, où Ayerdhal rend hommage à Roland Wagner, en reprenant son personnage fétiche, pour un nouveau futur mystère. Si l’hommage est sincère, n’en doutons point, le texte s’adresse aux connaisseurs de ladite série, et c’est un peu là que le bât blesse. Nous sommes d’avantage dans le pastiche que dans une véritable appropriation d’une œuvre (comme Roland avec Lovecraft dans Celui qui bave et qui glougloute. Un texte dont le principal défaut reste donc de s’adresser à un public d’initiés, et à eux seuls.
Enfin, chose promise, chose due, la préface signée Lehoucq et Bellagamba. On y parle des origines de la SF, et le texte est clairement parsemé de clins d’œil, à Cordwainer Smith et quelques autres. Une préface qui évite l’écueil de l’académisme, mais qui s’adresse surtout à un public de connaisseurs, et dont la plus grande qualité est justement de ne point ignorer les nouvelles !

Au final, c’est vraiment un recueil mi-figue, mi-raisin. Si l’on peut souligner l’absence de coquilles, la couverture est tout de même assez quelconque. De plus, on peine vraiment à y trouver un fil directeur. Pire encore, le seul texte à y faire le plus ouvertement référence est celui de Bordage !
Si l’on y trouve pas mal de texte oubliables, on en trouve aussi qui valent vraiment le détour (Gaiman, Wilson, Pincio ou Ecken). Reste donc à savoir si l’on est prêt à mettre 14 euros pour une centaine de pages (voire beaucoup plus pour les fans des Futurs mystères de Paris, qui nous monte à une bonne moitié du nombre de pages du recueil) sur près de 300.
Le mieux reste encore de l’emprunter, et de ne lire que les textes qui le méritent, ne serait-ce que celui de Claude Ecken…




Et si les extraterrestres nous observaient la nuit ? Et si l’on pouvait se concentrer à l’extrême sur un seul sujet ? Ou connaître tout notre avenir depuis l’enfance ? Ou bien avoir des rendez-vous réguliers avec un visiteur du futur ? Et si on pouvait désinventer des inventions ?
L’anthologie officielle des Utopiales rassemble des auteurs importants de l’imaginaire mondial et francophone et rend, cette année, un hommage à Roland C. Wagner.


Utopiales 12, avec des nouvelles de Neil Gaiman, Robert Charles Wilson, Pierre Bordage, Ayerdhal, nancy Kress, Tommaso Pincio, Claude Ecken, Laurence Suhner, Sara Doke et le concerto à quatre mains de Laurent Queyssi et Xavier Mauméjean.


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