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Jekub

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Un Cantique pour Leibowitz

Walter M. Miller


Un Cantique pour Leibowitz
 Pour la présente édition :

Editeur : Gallimard
Collection : Folio SF

Ce livre est noté   (4.3/5 pour 3 évaluations)


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La critique du livre
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Walter M.

Miller

a mis une grande ambition dans son roman un Cantique pour Leibowitz. L'ambition d'une vision de l'histoire de l'humanité. Froide, détachée, sincère à l'échelle des siècles qui s'écoulent. Pour s'amarrer tout autant en spectateur qu'en philosophe, on se retrouve à observer le théâtre de l'histoire sur la scène d'un désert placé en profil bas. Observatoire minutieux bien calé dans son fauteuil de velours rouge, l'abbaye de leibowitz, animée par de patients moines, s'offre comme témoin intemporel de l'errance des Hommes. Ceux ci vénèrent donc Leibowitz, un ancien savant qui aurait décidé de conserver quelques traces de savoir malheureux après la simplification. Derière ce dernier terme se cachait la haine viscérale d'un peuple envers toute forme d'érudition après que celui ci est survécu à ce que

Miller

situe pour nous comme une la troisième guerre mondiale, avec son cortège de bombes nucléaires et sa promesse de destruction mutuelle, emblêmes d'une époque au chevet de la guerre froide. Mais il ne suffit pas de vénérer, il faut également suivre la doctrine du Saint, que cela fusse au prix du martyr.

Car il faudra encore longtemps pour que la vengeance envers les sages et les savants s'étiole intégralement. Ainsi, la première estampe du triptyque, Fiat Homo (Que l'Homme soit) demeure placée sous le signe de l'obscurantisme qui peine à s'éclaircir dans cette ambiance de post-apocalypse. On prend alors connaissance avec la frèle communauté de moines, rivés à leur abnégation silencieuse et leur contrebande de livres arrachés in extremis à la simplification. On s'impregne également d'une étrange beauté floutée qui nous suivra avec douceur tout au long du livre. L'angoissante beauté générée par cette poignée de croyants sacrifiant leur vie au nom d'une cause qui, s'il elle avait un jour effectivement lieu, ne le serait en tout cas certainement pas de leur vivant. L'image concrète d'une vie transcendée par de puissantes chimères, à la manière de ces sombres mirages evanescents émaillant le désert. À travers des personnages désincarnés où la linéarité inexorable de l'Histoire a pris la place d'un quelconque héros, on suit celle ci avec le ton mi ironique mi désabusé propre à la plume de l'auteur. Le contraste entre ceux ci ne fera d'ailleurs qu'augmenter avec l'orientation douloureuse de l'avancement humain. La seconde partie, Fiat Lux(Que la lumière soit) représente l'époque des choix, et celle qui amènera de nombreuses questions essentielles. L'homme de science doit-il prendre position et se délaisser de son statut de pion ? Même si cette période de redécouverte ne semble pas être la plus noire du roman, j'ai l'impression d'y trouver une aura pessimiste bien plus sombre que dans celles à venir. L'engrenage infernale, s'il a bien commencé depuis la naissance de la conscience, trouve ici son levier d'apothéose. Se dessine dans l'air chaud du désert les prémices de la soif du pouvoir lié à la main mise technologique. Se meut les premiers camps antagonistes qui détiendront le sort de la planète sous une impulsion éléctronique. Se repète un détermisme cynique que

Miller

caractérise comme composante humaine. Nous voilà déjà en face de l'éternel recommencement. Dernière phase du triptyque christique. Fiat voluntas tua. Tout s'accélère, un nouveau saut de quelques milles années. Encore une fois ces moines échoués dans le désert qui contemplent leur monde dominé par la Science et la constante angoisse de la riposte mutuelle. La Volonté de l'Homme s'incarne.

"Le pauvre Poète était bien abattu. Il ne s'était jamais attendu à ce que le monde agît de manière courtoise, décente ou même simplement agit avec bon sens, et le monde s'était rarement comporté de cette manière ; il avait souvent puisé du courage dans la logique même de sa grossièreté et de sa stupidité. Mais jamais auparavant le monde n'avait tiré une balle de mousquet dans le ventre du Poète. Cela n'était pas du tout encourageant."

Ce cycle de Sisyphe est fatiguant. Car son action est désespérement simple. Oui, j'ai eu du mal à finir Un Cantique pour Leibowitz, car je savais qu'il n' y aurait aucune surprise majeure. Dès la première page nous avions compris. Mais il reste néanmoins pour moi une grande lecture, lecture classique et essentielle, car

Miller

réussi à nous assimiler à ses deux étranges personnage erratiques qui traversent le roman : Le vieux Juif plusieurs fois millénaires, qui se contente d'arborer un sourire d'une ironie ambiguë, figure pâle d'un espoir qui ne démange plus ; et cet incongru Poète, galvaudant l'instant de crise pour en tisser un festin impromptu. Ces deux précieuses épices suffisent à redonner de la valeur à cette tranche sans fin. Deux remparts contre la Haine de l'Histoire.




Devenu moine après la catastrophe nucléaire qui a marqué la fin du XXème siècle, le technicien Leibowitz a fondé un ordre pour sauvegarder les derniers livres et les dernières miettes du savoir balayé par la barbarie. Bien plus tard, grâce au travail des adeptes de saint Leibowitz, c'est une nouvelle Renaissance. Les savants puisent chez les moines le savoir préservé mais souvent mal compris de ses gardiens, et surtout des nouveaux dirigeants, plus avides de puissance que de sagesse. En sorte que l'Histoire menace rapidement de se répéter...

Dans une ambiance qui préfigure celle du "Nom de la rose", d'Umberto Eco, un chef-d'oeuvre de la SF couronné par le prix Hugo 1961.


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