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Olivier

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02/09/2004
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Texas Trip

Joe R. Lansdale


Texas Trip
 Pour la présente édition :

Editeur : Mark V. Ziesing

La critique du livre
Lire l'avis des internautes (2 réponses)

Bubba Ho-tep, vous vous rappelez ?
Le vrai-faux Elvis (à moins que ce ne soit l’inverse, ou bien vraiment Elvis), et le vrai-faux JFK noir, en lutte contre la terrible momie égyptienne ?
Eh bien c’était du Joe

Lansdale

.
Du même tonneau que Texas trip, unique recueil de l’auteur paru en français.

Soyons francs, il y a un peu de sf, un peu plus de fantastique, de l’horreur et du mainstream. Néanmoins, ce recueil est tout ce qu’il y a d’indispensable à lire, comme tout

Lansdale

, les polars comme le fantastique.
Commençons donc par l’imaginaire, et donc par le premier texte : La nuit des poissons.
Deux représentants tombent en rade en plein cœur du désert US, à la nuit tombante. Un vieux, rodé et désabusé, qui désespère de fourguer sa came, et un jeune, qui n’a rien trouvé d’autre comme job d’été. Cette panne impromptue au milieu de nulle-part est l’occasion rêvée pour les confidences. C’est ainsi que le vieux raconte aux jeunes un étrange trip qu’il a eu. Il a en effet vu en pleine nuit, à cet endroit, des bancs de poissons. Hallucinations ou glissement temporel ?
C’est encore la sf qui clôt le recueil, avec un délire sur fonds de chasseur de primes de hors-la-loi sur fonds de morts-vivants à la Romero : Gare aux bonnes soeurs en petites culottes au fond du désert. Avec en plus une étrange congrégation religieuse chrétienne. Un texte qui n’est pas sans rappeler Tarantino, quoiqu’en moins mauvais, ce qui n’a rien d’un exploit. Un texte sympathique donc, sur fonds de lutte et de principes virils entre le chasseur et sa proie.

L’horreur ensuite, est un morceau de choix, bien saignant du recueil.
Précisons tout d’abord que

Lansdale

ne convoque ni monstres, ni démons, ni diable, ni autres créations chimériques. Non, comme dans Les enfants du rasoir, il s’appuie sur les vrais, les pires monstres qui soient : l’homme.
Commençons donc avec La chasse au canard, qui n’est pas sans rappeler La première fois de K .W. Jeter (in. Territoires de l’inquiétude – 1). On retrouve là aussi un adolescent, qui doit être initié pour devenir adulte, dans le Sud des USA. Sauf qu’ici, point de sexualité. Il s’agit de chasse au canard. Ou plutôt de pigeon, sauf que bien sûr le pigeon ne vole pas...
La religion, là encore s’en prend plein la gueule, mais avec un pasteur en plein Halloween dans La main de dieu (titre du recueil en VO). Ce brave homme a en effet vu l’âme de sa sœur, handicapée mentale, finir en Enfer, faute de baptême. Aussi quand il tombe sur cette femme qui vit seule avec sa fille handicapée mentale, au fin fond de nulle-part, l’occasion fait le larron. Un texte qui n’est pas sans rappeler les mythiques roman et film La nuit du chasseur (respectivement de Davis Grubb et Charles Laughton). On imagine d’ailleurs sans peine Robert Mitchum jouant cet étrange pasteur, bien empressé de sauver l’âme.
L’horreur, encore et toujours, avec Le soir qu’on a raté le film d’horreur. Deux ados se rendent au drive-in, pour aller voir La nuit des morts-vivants. Sauf que voir un Noir jouer le beau rôle ne les enthousiasme guère. Aussi décident-ils de zoner, jusqu’à ce qu’ils trouvent leur quaterback, Noir, en fâcheuse position, victime d’une agression raciste. Il va donc de soi qu’ils ne sauvent que le quaterback, parce qu’il est un pilier de l’équipe. Une poursuite s’ensuit aussitôt, qui les mènera de Charybde en Scylla, voire directement vers Hadès sans passer la case départ. Plutôt terriblement cruel qu’effroyablement violent, l’horreur de

Lansdale

est ici à un sommet !
Le drive-in, encore et toujours, avec Derrière le pare-brise, l'enfer. Ici, c’est plutôt du Stephen King, puisque suite à l’apparition d’un étrange météore dans le ciel, le drive-in se retrouve perdu au milieu de nulle-part, dans le vide interstellaire le plus noir. Les premiers jours se passent bien, mais petit à petit la fin s’installe, jusqu’à ce que… Là encore, de l’horreur, mais avec ce qu’il faut de distance humoristique, devant l’énormité du truc.
L’horreur ordinaire également, catégorie Fargo, est de mise avec L’éducation sentimentale. On y voit deux collégiens, virés pour avoir bastonné le proviseur, filer du plus en plus mauvais coton. Mais ceux qui font consciemment et lucidement le mal sont-ils pires que les coups de folie de monsieur et madame tout le monde ? Car n’est-ce pas notre monde, voire l’humanité qui est totalement fou ? La question est posée, quant à la réponse, on peut y trouver d’excellents éléments dans cette magnifique nouvelle, un rien mélancolique.

La mélancolie justement, catégorie Larry Brown. Car qu’on se le dise, Larry Brown, autre écrivain du Sud, était certainement l’un des plus grands auteurs US de la fin du XXe siècle.
Le gros bonhomme et l'éléphant, où l’on voit la relation poignante et singulière entre un obèse en quête de rédemption et un éléphant mourant, avec une poignée de mysticisme incongru.
Ou bien Les trains qu'on n'a pas pris, où l’on voit la mélancolie d’un homme dont le mariage est un échec. Que faire, dans un couple stérile avec une femme stérile et alcoolique, qui se refuse au devoir conjugal ? Surtout que question boulot, ce n’est pas non plus la panacée, puisque le mari n’est qu’un simple et vulgaire gratte-papier. L’espoir est-il dans une improbable rencontre lors d’un voyage en train ? Mais faut-il pour autant descendre à l’aventure, avant sa destination ? Un texte absolument magnifique, poignant, qui montre que

Lansdale

est certes un sacré déconneur, mais aussi un homme profondément sensible.

Voilà, c’est tout ça à la fois Texas trip. Tour à tour épouvantable, horrible, poignant, glaçant, inquiétant, touchant et bouleversant. Humain tout simplement, mais surtout grandiose, avant toute chose.


Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

Paul Verlaine, Art poétique

Et tout le reste est littérature. Oui, mais de l’excellente littérature, signé Joe R.

Lansdale

. Incontournable, tout simplement.



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Joe R. Lansdale



Cette critique est signée Olivier
2 réponses y ont été apportées. Dernier message le 25/11/2009 à 09h41 par Olivier

Science-fiction

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