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kgb203

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Sans parler du chien

Connie Willis


Sans parler du chien
Traduction : Jean-Pierre Pugi
Illustration : Grégoire Hénon
Titre original : To Say Nothing of the Dog
Première parution : 1997

 Pour la présente édition :

Editeur : J'ai lu
Collection : Millénaires
Date de parution : mai 2000
ISBN : 2290303747

Ce livre est noté   (5/5 pour 1 évaluations)


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La critique du livre
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«C'est le chat qui a mangé le rat qui a mangé le blé du vieux meunier», comptine
«C'est le chat qui a lâché la bombe qui a rasé le trou du rat», Ned Henry


Ned Henry est historien, et accessoirement voyageur du temps. Car en 2078, le voyage dans le temps est devenu réalité ! Celui-ci n'est cependant que très peu exploité, puisqu'il s'est toujours avéré impossible de ramener des objets du passé, le continuum se protégeant au maximum des incongruités et des anomalies que ce genre d'action ne manquerait pas de provoquer. Personne ne s'y intéresse donc plus, et les fonds alloués à la recherche comme aux historiens se réduisent comme peau de chagrin.

Mais Lady Schrapnell, une richissime mécène, a décidé de reconstruire, à l'identique, la cathédrale de Coventry détruite pendant la seconde guerre mondiale, et de retrouver la fameuse potiche de l'évêque qui a tant bouleversé la vie de son aïeule. Dès lors toutes les équipes disponibles sont mobilisées, et les sauts se succèdent, y compris pour Ned Henry, qui va subir les conséquences du déphasage - fatigue, troubles de l'audition, désorientation - inhérents au grand nombre de sauts qu'il aura effectués. Ses supérieurs décident alors, pour l'éloigner de la tyrannique Lady et lui permettre de se rétablir, de l'envoyer prendre quelques jours de repos à l'époque victorienne. Il ne devra s'y acquitter que d'une mission a priori très simple : y ramener un chat qu'une de ses collègues a malencontreusement apporté du passé, au risque de provoquer une incongruité qui remettra en cause le déroulement de la seconde guerre mondiale... Pour Ned, totalement déphasé, cette tâche va se révéler bien plus ardue que prévu, et, de maladresse en malentendu, les problèmes vont vite s'accumuler et les incongruités se multiplier...

«Chaque homme trouve toujours son Waterloo», Wendell Phillips

Connie

Willis

, dans une prose magnifique et une histoire pleine de charme et d'humour, nous emmène pour un grand voyage à l'époque victorienne, sur les rives de la Tamise. On y suit les tribulations d'un Ned Henry attachant de maladresse et totalement dépassé par les évènements, accompagné d'un professeur excentrique, d'un bouledogue affectueusement prénommé Cyril et de son maître, poète tombé sous le charme d'une petite bourgeoise gâtée qui n'est autre que l'aïeule de Lady Schrapnell ! Ce roman, dans lequel on retrouve certains des personnages déjà rencontrés dans «Les veilleurs du feu» et «Le grand livre», mêle ainsi habilement enquête, quiproquos jubilatoires et science-fiction, avec un talent évident. On ne peut que se délecter d'une telle fraîcheur !

Notons au passage que «Sans parler du chien» se veut un hommage à «Trois hommes dans un bateau» de Jerome Klapka Jerome («Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien !)», 1889, édité en français chez Flammarion), dont il est truffé de références, jusqu'à son titre. Une excellente occasion de découvrir ou redécouvrir un roman, initialement publié sous forme de feuilleton, qui fit couler beaucoup d'encre à l'époque de sa parution et consacra l'oeuvre de Jerome.

Je ne puis d'ailleurs résister à une succincte présentation de ce dernier, à commencer par un extrait pour le moins représentatif :



« (...) Cette absence de moutarde jeta un froid sur le bateau. Nous mangeâmes notre boeuf sans mot dire. L'existence nous paraissait vide et terne. Nous songions en soupirant aux jours heureux de notre enfance. La tarte aux pommes, toutefois, nous dérida un peu, et quand George eut tiré du fond de la bourriche une conserve d'ananas, qu'il fit rouler au milieu du bateau, la vie nous parut, tout compte fait, digne d'être vécue.
Nous aimons beaucoup l'ananas, tous les trois. Nous regardâmes l'image de l'étiquette ; nous pensions au jus. Nous échangeâmes un sourire, et Harris prépara sa cuillère.
On se mit en quête de l'ouvre-boîtes. On retourna tout le panier. On mit sans dessus dessous les valises. On souleva des planches au fond du canot. On déposa tous les objets sur la rive, un à un, et on les secoua. L'ouvre-boîtes demeurait introuvable.
Harris tenta d'ouvrir la conserve à l'aide de son couteau de poche, mais la lame se cassa et il se coupa profondément. George essaya d'une paire de ciseaux, mais les ciseaux lui échappèrent et faillirent l'éborgner. Tandis qu'ils pansaient tous deux leurs blessures, je m'efforçai de faire un trou dans la boîte avec le bout pointu de la gaffe, mais la gaffe en glissant me projeta entre le bateau et la rive dans soixante centimètres d'eau vaseuse, et la boîte alla rouler, intacte, sur une tasse de thé, qu'elle brisa.
Alors nous perdîmes tous la tête. On porta cette satanée boîte sur la berge. Harris alla chercher dans un champ une grosse pierre, et je retournai dans le bateau prendre le mât, puis George tint la boîte, Harris appuya sur le couvercle le bout pointu de sa pierre, et, levant le mât en l'air, je rassemblai toutes mes forces et l'abattis.
Ce fut le chapeau de paille de George qui lui sauva la vie ce jour-là. Il l'a conservé - ce qu'il en reste - et les soirs d'hiver, quand les pipes sont allumées et que les copains débitent des galéjades sur les dangers qu'ils ont courus, George le décroche du mur pour le montrer à la ronde, et conte à nouveau l'effroyable histoire, avec des exagérations inédites chaque fois.
Harris s'en tira avec une simple égratignure.
Après cela, je pris la boîte à moi seul et la martelai à coups de mât jusqu'à n'en pouvoir plus, puis Harris s'en empara.
Nous la battîmes à plat ; nous la rebattîmes en cube ; nous lui infligeâmes toutes les figures connues de la géométrie - mais sans parvenir à y faire un trou. George alors s'y attaqua vigoureusement et lui donna une forme si étrange, si baroque, si repoussante dans sa monstrueuse hideur, que d'épouvante il rejeta son mât. Puis nous nous assîmes tous trois autour de la boîte, à la considérer.
Un grand renfoncement sur le dessus offrait l'aspect d'un rictus railleur, ce qui nous mit dans une rage telle que Harris sauta sur l'objet, le brandit et l'envoya voler au milieu du courant, ou il s'enfonça sous une bordée de malédictions. Puis, remontés dans le bateau, nous fîmes force de rames pour nous éloigner de ce lieu maudit, et ne nous arrêtâmes plus avant d'être à Maidenhaid.»


Pétillant d'une bonne humeur contagieuse, «Trois hommes dans un bateau» est parfaitement représentatif de cet humour «british» qui pousse souvent, parmi les clichés et les personnages stéréotypés, les codes et comportements sociaux à l'extrême, et ce jusqu'à l'absurde. Publié initialement sous forme de feuilleton, ce roman tant décrié à l'époque par le monde littéraire se vendit si bien que l'éditeur lui-même, Harrowsmith, déclara un jour : «Je me demande ce que deviennent tous les exemplaires que je publie. Je crois que le public doit les manger.»
Un roman si humoristique, si frais, que l'on ne saurait trop le conseiller...




Au XXIème siècle, le professeur Dunworthy dirige une équipe d'historiens qui utilisent des transmetteurs temporels pour voyager dans le temps. Ned Henry, l'un d'eux, effectue ainsi d'incessantes navettes vers le passé pour récolter un maximum d'informations sur la cathédrale de Coventry, détruite par un raid aérien nazi.
Or, c'est à ce même Henry, épuisé par ses voyages et passablement déphasé, que Dunworthy confie la tâche de corriger un paradoxe temporel provoqué par une de ses collègues, qui a sauvé un chat de la noyade en 1888 et l'a ramené par inadvertance avec elle dans le futur.
Or, l'incongruité de la rencontre de ce matou voyageur avec un chien victorien pourrait bien remettre en cause... la survie de l'humanité !


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