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Olivier

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02/09/2004
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Notre-Dame-aux-Ecailles

Mélanie Fazi


Notre-Dame-aux-Ecailles
 Pour la présente édition :

Editeur : Bragelonne
Collection : L\'ombre
ISBN : 978-2-35294-149-1

La critique du livre
Lire l'avis des internautes (3 réponses)

Mélanie

Fazi

a tout pour déplaire.
Elle opte pour le fantastique, au lieu de la fantasy et la sf, beaucoup plus lus, et pérennes éditorialement parlant.
Que l’on songe à la longue vie de Présence du futur, en comparaison à Présence du fantastique.
Ajoutons à cela qu’elle préfère les nouvelles aux romans, et la boucle est bouclée.

Si la France n’est plus le pays de la nouvelle, elle n’est pas non plus le pays du fantastique.
Edgar Poe aurait-il une telle notoriété s’il n’avait pas été traduit par Baudelaire ?
Car j’ai la fort désagréable impression que, pour l’Education nationale, le fantastique semble s’être arrêté à Balzac (La peau de chagrin, excellent roman au demeurant) voire à Maupassant, mais rarement au-delà. Et surtout pas hors de nos frontières.
La plupart de mes souvenirs de lecture scolaires se bornent à des auteurs français et morts depuis belle lurette.
J’ai donc eu une grande chance d’avoir une prof de français qui nous avait fait lire Le K de Dino Buzzatti, 1984d’Orwell. Ainsi que Les chroniques martiennesde Ray Bradbury : le seul auteur vivant que j’ai lu dans le cadre des lectures scolaires, avec Eugène Ionesco !

Bref, c’est à cette année de 3e que je dois mon goût de la nouvelle, ainsi que du fantastique.
Pour la première fois, je lisais une œuvre fantastique qui me rappelait un cadre contemporain. Jusque-là, le fantastique se limitait pour moi à Dracula et aux fantômes : châteaux, brumes, et créatures surnaturelles si chers à la Hammer et à l’horreur des années 50.
Autrement dit, le fantastique m’apparaissait ringard et dépassé.
Le vidéoclub m’a lui permis de me passionner pour l’horreur, et de sortir des stéréotypes de la Hammer, en découvrant Evil dead, Suspiria, L’exorciste, Rosemary’s baby, La malédiction, Freddy, Les frissons de l’angoisse, Massacre à la tronçonneuse, et m’a donné le goût de l’horreur. On ne remerciera jamais assez feu les vidéoclubs pour l’approvisionnement en films chroniqués dans Mad movies.

Le pied ainsi mis à l’étrier, fort de mes lectures boulimiques de Stephen King, j’étais le public tout désigné pour frayer dans les Territoires de l’inquiétude.
On ne saluera jamais assez le travail d’anthologiste d’Alain Dorémieux. Travail souvent minoré, voire vu comme ingrat (beurk, des nouvelles, re-beurk, du fantastique), qui explique en partie le fait que ses anthologies relèvent plus de la bibliophilie que de la librairie classique. Damnatio memoriae…
L’œuvre de Mélanie

Fazi

est probablement l’apothéose (au sens romain de divinisation d’une personne) du travail d’anthologiste de Dorémieux, tout autant que l’apothéose (au sens courant) de son héritage.

J’avais ici dit le plus grand bien d’une longue nouvelle qu’il avait écrit sur l’adolescence, sans doute en pensant à sa fille. Le thème de l’adolescence est prégnant dans les premières œuvres de Mélanie

Fazi

, que ce soit Serpentine ou son beau roman Trois pépins du fruit des morts.
Ce nouveau recueil est peut-être celui de la maturité, ou en tout au moins de l’âge adulte. En effet, les protagonistes sont souvent arrivés à maturité, et le thème du couple, stable et en vie commune, apparait dans plusieurs nouvelles.
Malheureusement pour Soleil vert, le pire monstre que puisse engendrer un couple, la belle-mère, n’apparait pas ici. Sans doute parce que nous sommes dans le fantastique, plutôt que l’horreur.
Le coupe, donc, est un élément récurrent de ces nouvelles.
Je pense notamment aux lointains échos lovecraftiens de Noces d’écumes, où une jeune femme assiste à l’incompréhensible métamorphose de son compagnon, revenu d’une partie de pêche maritime, comme possédé par l’océan. Ou au Nœud cajun, qui nous plonge dans une Amérique profonde, où un homme est persuadé que l’enfant que porte sa femme n’est pas le sien. La petite pointe d’humour de ce texte sera la seule du recueil, dont la tonalité reste sinon grave, assez sérieuse. Le thème marin se retrouve aussi dans l’eau douce de La Danse au bord du fleuve, où le couple apparait possessif et menaçant, rongé par l’envie, la frustration et la jalousie. Une passion possessive que l’on retrouve aussi dans Le train de nuit.
La maladie, la mort et la disparition hantent également ces pages. Que ce soit un mal mystérieux dans une Venise angoissante et glauque (La cité travestie), l’étrange demeure de Villa Rosalie ou bien le vaste manoir de Notre-Dame-aux-Ecailles. Toutefois, la maladie, voire la mort, n’est jamais suivie de son cortège de souffrances, et de l’angoisse de l’être soudain confronté à sa mortalité. La perspective de la mort, ou plutôt de la disparition, voire de la métenpsychose et de la transubstantation vers l’inertie apparaissent plutôt comme un réconfort, voire un aboutissement, comme la mort et son éternel sommeil l’est pour la vie.
Le mystère et l’envoutement ne sont pas toutefois limités aux créatures surnaturelles. Pour preuve, l’influence de la musique sur la jeune héroïne d’En forme de dragon. La jeunesse et le passage à l’âge adulte se retrouvent dans le dernier texte, Fantômes d’épingles, relecture fascinante du vaudou.

Le meilleur fantastique est un peu comme la meilleure sf.
Il réinvente sans cesse les thèmes rabattus, comme le faisait Disch avec l’invasion ET (Génocides), ou Delany avec le space-op (Babel 17, Nova).
Nous retrouvons ici ou là quelques thèmes classiques du fantastique, comme le Vaudou, ou des lieux touristiques, qui charrient immanquablement les clichés. Outre Venise déjà évoquée, je pense à La Nouvelle-Orléans. Or ici, nous sommes loin des clichés (le jazz, la bouffe, le carnaval). Si Mardi Gras se passe bien en plein carnaval, nous quittons vite les voies rebattues du tourisme pour nous enfoncer dans les venelles de l’angoisse.

Comme je l’ai écrit, Mélanie

Fazi

a été marquée par les Territoires de l’inquiétude (et quel lecteur ne le serait-pas ?).
Nous y retrouvons en effet la marque de ce fantastique prisé par Dorémieux. Les nouvelles évitent la chute, si chère au Bloch des Contes de terreur, ou au Matheson des débuts. Ce fantastique Dorémieux se caractérise d’avantage par une ambiance, plus que par des croque-mitaines. Un délitement de la réalité et des certitudes, plutôt que l’apparition brusque et tonitruante du surnaturel. Le décor est souvent éthéré, et rappelle parfois les mélodies de Slowdive, comme sur cette reprise de Golden hair de Syd Barrett. Il suffit de voir l’Inde telle qu’elle apparait dans {i]Les cinq soirs du Lion ou la Venise et La Nouvelle-Orléans déjà évoquée. Sans oublier cette ville à peine évoquée, où se trouve la gare et son fameux train de nuit. Tout le décor apparait lointain, et s’efface au fur et à mesure de l’avancée du récit.
Les textes sont de longueurs variables, on n’y trouve cependant pas de short-short, et aucun texte de longueur excessive. Le fantastique prend toujours son temps, et imbibe plus qu’il ne submerge. La réalité se brouille, et le lecteur, subtilement déstabilisé, se retrouve vite envouté par ces textes au charme singulier.

Originale, singulière, Mélanie

Fazi

l’a toujours été.
Ce recueil est celui de la maturité. Loin de s’apaiser, son écriture s’épure et gagne en intensité.
Quant à ses personnages, comme vous et moi, ils ont pris de l’âge depuis Serpentine.
Voici enfin le recueil de la maturité, où Mélanie

Fazi

déploie comme jamais une imagination plus personnelle, avec un style parfait.


Si du temps s’est écoulé entre les deux recueils, il n’a donc pas été perdu. La chrysalide a donné l’un des plus beaux papillons de l’imaginaire français.
Notre-Dame-aux-Ecailles s’impose donc comme une œuvre indispensable, dont seule l’absence dépareillerait les meilleures bibliothèques, ou les plus enviables PAL.
Un livre indispensable, tout simplement.

Cette critique est dédiée à la mémoire d'Alain Dorémieux, qui a depuis longtemps rejoint les territoires de la quiétude.
L'imaginaire doit tant à cet homme de l'ombre, qu'il serait vraiment dommage qu'il tombe définitivement dans l'oubli.




« Il y a chez Fazi une petite musique poignante, extrêmement lucide, et surtout un art de la fêlure qui transcende la moindre de ses histoires. »
Jean-Claude Dunyach, L'Express

Saviez-vous qu'à Venise, qui vole des soupirs encourt la vengeance de la ville ? Connaissez-vous vos plus sensuelles métamorphoses, lorsque vous êtes loup, lorsque vous devenez lionne ? Avez-vous déjà pris un fleuve pour amant ?
Partez à la découverte des troubles secrets de l'âme et des lieux les plus hantés : une villa qui palpite de vies enfuies, l'océan dont certains ne reviennent plus tout à fait humains, ou encore ce train de nuit qu'empruntent ceux qui cherchent l'oubli...
Mais attention : de ces voyages intimes et inquiétants, on ne rentre pas indemne.

Née en 1976, Mélanie Fazi est la princesse du fantastique français, acclamée par les critiques et le public. Plusieurs de ses nouvelles ont même été traduites et publiées dans des revues anglo-saxonnes. Elle a reçu le Prix Merlin en 2002 (meilleure nouvelle) et 2004 (meilleur roman), le prix Masterton en 2005 (meilleur roman) et le Grand Prix de l'Imaginaire en 2005 (meilleure nouvelle) et en 2007 (meilleure traduction). Excusez du peu...





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Lisa Tuttle, Mélanie Fazi



Cette critique est signée Olivier
5 réponses y ont été apportées. Dernier message le 26/06/2014 à 21h57 par Jim

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