Ma première incursion dans l’univers romanesque de Jo
Walton
, autrice canadienne d’origine galloise est une surprise. Je n’ai jamais lu d’ouvrage aussi réaliste dans une collection étiquetée SF (folio sf et précédemment Lunes d’encre). La baguette magique responsable de ce tour de passe-passe porte un nom : uchronie, un genre littéraire qui propose au lecteur de découvrir une Histoire alternative à partir d’un point de divergence. Celui-ci se situe à la fin du chapitre 5. Le mariage de l’héroïne avec Mark Anston ou son refus génèrent deux récits, deux mondes décrits alternativement. Le procédé évoque le thème des réalités concurrentes abordé par exemple par P.K. Dick dans Le maitre du Haut Château ou Christopher Priest dans La séparation. Ainsi Tricia est l’épouse malheureuse de Mark et son double Pat, la compagne heureuse de Béatrice.Mes vrais enfants emprunte à la littérature anglaise du XIXe siècle le personnage de Tricia, une femme dont le seul espoir d’accomplissement social réside dans le mariage. Son mari Mark, avec lequel elle entretient préalablement une longue relation épistolaire, est un bigot ambitieux presque aussi insupportable que Joseph Day l’époux tyrannique de Moïra héroïne du roman éponyme contemporain de Julien Green. Ayant placé ses ambitions professionnelles sous l’éteignoir et enchainé de multiples grossesses, elle parvient cependant peu peu à trouver sa place au sein d’un monde pas très différent du nôtre au sein duquel la lecture du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir lui ouvre d’autres perspectives, malgré une vie sentimentale inexistante, compensée il est vrai par le trajet lumineux de certains de ses enfants.
Tout autre est le destin de Pat. La jeune femme se lance dans une carrière professorale et à la faveur d’un coup de cœur pour l’Italie rédige des guides de voyage qui connaissent un grand succès. A l’aisance matérielle s’ajoutent les joies de l’amour et celles de la maternité. Mais le déclenchement d’une guerre nucléaire et l' attentat qui vient frapper Beatrice assombrissent son univers.
Quelle destinée choisir ? La dernière phrase du texte laisse perplexe. Pourquoi choisir au fond ? La volonté d’accomplissement de ces deux femmes, leurs combats, sont tout aussi admirables. Mes vrais enfants est un roman d’apprentissage impressionnant. J’évoquais plus haut le réalisme : les pages sur le handicap vécu au quotidien sont sans concession. Voilà un ouvrage qui s’affranchit autant des genres que des préjugés.















