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Chère Molie, il fallait répondre qu' Emma n'est plus une héroïne au sens où Flaubert démontre avec ce livre que la littérature ne doit plus répondre à des impératifs moraux, être conçue comme une entreprise édificatrice à l'usage des masses populaires immorales, mais décrire ce qui est.
Comme Pasteur, le romancier doit laisser Dieu à la porte de son laboratoire. Le réel avant tout. |
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C'est aussi ce que fait Balzac dans La comédie humaine.
Pour ce réactionnaire lucide, revenir à l'Ancien régime est impossible. Il se venge donc en peignant sans ménagement la société de la Restauration, entre nobles ruinés, arrivistes ambitieux, fortunes douteuses, avares pathétiques, destins brisés et réussites pas très propres.
Flaubert s'inscrit pour moi dans cette vision, mais en étant beaucoup plus nihiliste.
Il n'y a pas chez lui de paradis perdu, comme chez Balzac ou Chateaubriand.
Son Moyen Age est d'ailleurs bien plus sanglant et moins chrétien que chez les romantiques.
Il se moque simplement de son époque : le romantisme (
Madame Bovary), les quarante-huitards et sa propre génération (
L'éducation sentimentale : Moreau pour son histoire d'amour pathétique, Deslauriers pour sa carrière minable, la prise pathétique des Tuileries, le tout culminant dans la scène finale, quand les deux se racontent leur meilleur souvenir). et finit sur le positivisme et les Lumières (
Bouvard et Pécuchet)
Je ne puis que trop recommander sa bio par Michel Winock, qui lui a valu le Goncourt de la biographie.
Ses quelques extraits de sa correspondance le résument bien :
"La société est une vraie forêt de Bondy. On a dit que nous dansions sur un volcan ; la comparaison est emphatique ! Pas du tout ! nous trépignons sur la planche pourrie d’une vaste latrine. L’humanité, pour ma part, me donne envie de vomir, et il faudrait aller se pendre, s’il n’y avait, par ci par là, de nobles esprits qui désinfectent l’atmosphère."
"Et je ne voudrais pas crever avant d'avoir déversé encore quelques pots de merde sur la tête de mes semblables."
"La bêtise humaine actuellement m’écrase si fort que je me fais l’effet d’une mouche ayant sur le dos l’Himalaya "
"N’importe ! Je tâcherai de vomir mon venin dans mon livre. Cet espoir me soulage." (à propos de
Bouvard et Pécuchet, l'un des romans préférés de Borges et Queneau)