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Olivier

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Lisbonne, dernière marge

Antoine Volodine


Lisbonne, dernière marge
Première parution : 1990

 Pour la présente édition :

Editeur : Editions de Minuit

   

1990. Volodine a déconcerté les lecteurs réguliers de la mythique pdf en seulement 4 romans.
Changement de décennie et changement d’éditeur pour l’un de mes animaux littéraires préférés, puisqu’il passe chez un éditeur mainstream. Mais, comme le remarquera Francis Berthelot, il n’y a pas de rupture, mais plutôt une continuité, une cohérence de son Œuvre [1], pour qu’on l’aborde non pas sous l’angle sf, mais sous l’angle transfictionnel.
Car là encore, Volodine surprend ou agace, fascine ou exaspère : vous voilà prévenus !
L’excellent Des enfers fabuleux, dernier roman publié avant ce Lisbonne, dernière marge, montrait la fascination de l’auteur pour Ulrike Meinhof, et son meurtre mal déguisé en suicide [2], qui donnait des pages particulièrement poignantes dans ses fabuleux enfers.
Ici, point d’enfer. Nous sommes à Lisbonne, en compagnie d’un couple d’Allemands : Ingrid Vogel et Kurt Wellenkind. Leur relation singulière s’explique facilement, puisqu’elle est une terroriste, et lui un flic. Amoureux d'elle, il prétend tout faire pour l’aider à s’enfuir et à disparaitre pour refaire sa vie en une lointaine contrée, sous un nouveau nom : Waltraud Stoll. Mais elle ne pense qu’à une chose : finir d’écrire son livre. Il s’agirait d’un roman à clés sur la lutte armée.
Ingrid Vogel fait bien sûr fortement penser à Ulrike Meinhof : Volodine est-il déjà dans un roman à clés en faisant d’Ulrike Meinhof le personnage d’Ingrid Vogel ? Mais quid alors de Waltraud Stoll ?
30 pages donc sur notre couple atypique, puis une nouvelle couverture, celle du fameux livre d’Ingrid.
Dans le livre d'Ingrid, il est question bien sûr de totalitarisme.
A première vue, on a l’impression de lire un Mélange, ouvrage universitaire aux multiples contributeurs en l’honneur d’un universitaire. Etranges auteurs cependant, qui signent sous le nom de commune Katalina Raspe, de brigade Eva Rollnik (allusion là encore à la RAF et à ses signatures à… clés). Etranges auteurs donc, qui s’interpellent, polémiquent sur une époque et sur sa littérature, dont ils nous offrent quelques fragments qu'ils commentent.
Il n'est bien sûr pas possible de situer cette période de l’histoire humaine, ni dans l’espace ni dans le temps. Volodine va cependant encore plus loin dans l’hétéronyme [3], puisque dans ce Mélange apparaissent aussi Ingrid et Kurt, entremêlant leur histoire à ce mystérieux Mélange. Destins croisés du roman à clés dans le roman à clés, cet époustouflant jeu de miroir interroge au point de ne plus savoir qui écrit.
Ce n’est pas par hasard que Volodine a choisi Lisbonne, la ville de Pessoa, grand maitre de l’hétéronyme. Il aurait aussi pu se situer en Grande-Bretagne, du coté de Christopher Priest, car son roman contient de singuliers accents priestiens (La fontaine pétrifiante, Le prestige), avec ces réalités manipulées et entremêlées. Mais à la sauce Volodine, bien entendu.
Ouvrage fascinant, aux entremêlements admirablement ciselés, ce livre confortera les admirateurs comme les détracteurs de Volodine, maître (dés)enchanteur s'il en est. Si l'on considère bien sûr qu'il est l'auteur de tout ce qui publié sous le titre de Lisbonne, dernière marge, mais qui sait ?

[1] J’entends ici par Œuvre l’ensemble des publications de Volodine.

[2] Les tatillons et les sceptiques pourront lire avec grand profit : La mort d'Ulrike Meinhof : rapport de la Commission internationale d'enquête publié en 1979 chez Maspero. L’enquête démontre irréfutablement l’impossibilité matérielle du suicide d’Ulrike Meinhof.

[3] Pseudonyme auquel un écrivain a cherché à donner une existence concrète, en lui prêtant une biographie, une œuvre, une évolution distincte de la sienne propre.




Cette femme qui marche dans la nuit, un manuscrit sous le bras, le long d’une avenue déserte, a-t-elle ou non rendez-vous avec la mort ? Elle semble connaître la réponse mais que sait-elle exactement ? Toute son existence est liée à un livre, une immense anthologie dont les pages tracent le portrait d’une époque fictive – le II° siècle –, et tentent d’élucider les sombres mystères d’une société – la “ Renaissance ” – ; comme le ferait une mémoire contrainte, sous la chape de plomb du totalitarisme, à se dissimuler dans l’imaginaire et le discours codé.
Or quelqu’un, à l’évidence, manipule les éléments de l’intrigue ainsi nouée : une jeune terroriste, en compagnie du policier qui a organisé sa fuite, se retrouve le temps d’un amour aux confins de l’Europe et de l’océan. C’est elle qui, par défi, invente devant nous un monde baroque et lugubre dont elle est sans doute l’émanation la plus tragique.




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Critique enregistrée le 15 février 2007 à 16h42

Science-fiction

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fantastique

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© Culture SF 2003 / 2009 - Conception et réalisation : Aurélien Knockaert - Mise à jour : 13 mars 2009

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