Forum SF
  Critiques
  Critiques BD
  A propos du site
  L'Atelier
  Remue-méninges
    Le bistrot
    Annonces (une dédicace ? vous venez de publier un livre ?)
Pseudo :
Passe :
  Pas encore enregistré ?
  Mot de passe oublié ?
34 visiteurs actuellement
  Les forums de Culture SF
morca

Inscrit le :
27/04/2004
34 critiques
5414 messages
Consulter le profil de morca
Envoyer un message privé à morca

Les mondes parallèles de la science-fiction soviétique

Jacqueline Lahana


Les mondes parallèles de la science-fiction soviétique
Première parution : 1979

 Pour la présente édition :

Editeur : L'Age d'Homme
Collection : Outrepart
ISBN : 2825121479

La critique du livre
Lire l'avis des internautes (10 réponses)

Lorsque sachant que j'ai fait des études de Russe assez poussées, on me demande : "Qu'est-ce qui vous intéresse particulièrement dans la littérature russe ?", je réponds : "la science-fiction soviétique" ; je lis alors un étonnement mêlé d'incompréhension sur le visage de mon interlocuteur qui, après un instant de silence, me pose invariablement la même question : "La science-fiction soviétique, ça existe ?"
Et oui, ça existe. Et

Lahana

de nous en faire une étude selon ce plan :

Introduction :
Un rapide historique, à partir de "L'an 4338" de V.Odoïevski, qui date de 1839, jusqu'à la date de cette étude, soit 1979. En passant par la révolution, post-révolutionnaire et soviétique. Une évolution qu'on dira rapidement :
- amorce précoce (1839 donc) avec influence de verne et de wells. Figure importante : K.E.Tsiolkovski.
- l'ère révolutionnaire voit des thèmes science-fictionnels intégrés dans un moment littéraire bouillonnant. Les revues de sf apparaissent dès 1925. Figures importantes : Beliaev, Boulgakov et Zamiatine (qui a influencé 1984).
- la période stalinienne, peu ou prou (28-56), avec une "mise en veilleuse" de la sf.
- Un renouveau, grâce à Efremov et son "La nébuleuse d'Andromède", qui ouvre une faille dans laquelle s'engouffrent de nombreux auteurs, dont les frères Strougatski.

Le monde utopique
Un genre en vogue à la fin du XIXème, qui va trouver sa niche dans la sf post-révolutionnaire. Il s'agira bien sûr d'utopies communistes.

Lahana

s'emploie à décrire les options choisies par les auteurs sur les thèmes de l'organisation sociale, la vie quotidienne, l'art, le travail, la famille, l'éducation, les femmes, l'amour, le citoyen héros et la mort. Elle précise que "l'utopie communiste telle qu'elle apparaît à travers les romans de SF soviétique est une utopie généreuse, altruiste, ouverte et dynamique, qui donne beaucoup à l'homme mais qui reste très exigeante", "créée par l'homme pour l'homme, au prix d'un effort perpétuel et d'une discipline librement consentie" mais "qu'aucun étranger à l'Utopie ne peut y pénétrer malgré les affirmations d'une utopie ouverte (...ce qui...) limite considérablement (sa) portée".

Les mondes non-utopiques
L'auteur nous précise les sociétés contre-utopiques abordées : la société fasciste, oligarchique, technocratique. S'ajoute une partie sur "le héros et les autres" qui détaille les problèmes que posent la rencontre entre l'homme-citoyen (égal à Dieu) et des sociétés contre-utopiques. Bien sûr, on peut imaginer qu'il est bon, pour se faire bien voir, de glisser des critiques acerbes sur la société capitaliste.

Les mondes parallèles :
Par ce qu'il ne faut pas penser que la sf soviétique ne veut que chanter louanges au communisme, et jeter la pierre au capitalisme, loin de là. Quand on a des mondes parallèles, on peut en faire le comparatif, c'est-à-dire, au final, critiquer la société contemporaine. On retrouvera dans la sf soviétique : le communisme et le capitalisme du XXème (mais rarement), ou des sociétés futures où le XXème apparait soit éloigné ("rapetissé" dit l'auteur), soit grossi ("la caricature et l'outrance, ce qui permet une critique plus partielle mais qui porte d'avantage).
En effet, si on peut imaginer (ils apparaissent en filigrane) des auteurs de sf, conservateurs, dont le but est de prouver le mérite du communisme contre le capitalisme, dans des ouvrages sans doute moins lu du public, ce n'est pas à ceux-ci que s'intéresse

Lahana

. Et les auteurs dont il est question ici (Efremov, Strougatski, Gor...) ont différents moyens pour adresser leur critique de la société et du pouvoir en place. Tout d'abord, l'utopie, en décrivant un monde parfait, montre et démontre toutes les imperfections du système en place. La contre-utopie peut fort bien, sous couvert de dénoncer des excès capitalistes ou fascistes, cibler des logiques à l'oeuvre en URSS. On voit
aussi l'exemple d'un ouvrage qui, critiquant l'abondance des biens dans une société capitaliste, produit pernicieusement l'effet inverse : on voudrait bien y être un peu !... La sf soviétique peut donc être critique. Elle dénonce les excès, les erreurs, la bureaucratie, la délation, les camps, bref, la sf fait son boulot, et même le boulot d'autres... Pour preuve, un extrait de L'escargot sur la pente des frères Strougatski.

Citation :

"J'aimerais bien trouver des gens quelques part, pensa-t-il. Juste des gens, pour commencer : propres, bien rasés, attentifs, accueillants...
Je voudrais seulement qu'ils joignent les mains en me voyant... et que personne ne me demande de papiers, ni ne me réclame une autobiographie
en trois exemplaires complétée par vingt empreintes digitales doublées. Et surtout que personne ne se précipite au téléphone pour dire confidentiellement à qui de droit qu'un inconnu est arrivé... Pas besoin non plus qu'ils soient de farouches partisans ou des adversaires résolus de quoi que ce soit.. Mon Dieu, se dit Perets, est-il possible que je veuille tant de choses ?"


On voit que la description est claire et sans équivoque. Ce coup-ci, les auteurs sont allés trop loin. Le livre sera interdit. Car la censure, bien que n'appliquant pas - les parutions le prouvent - la tolérance zéro, veille à garder les limites, et la critique, avec son camp de conservateur, peut être mordante. C'est le sujet du chapitre suivant :

Science-fiction et critique

Comme il avait été dit précédemment, la nébuleuse d'andromède fait l'effet d'une bombe. Après un long ensommeillement de la sf, car "seul Staline peut prévoir l'avenir" et qu'il est bon que la sf se limite au plan quinquennal (!!!), un auteur apporte un récit qui se passe dans 20 siècles... Voilà qui va entretenir une polémique de 4 ans (!), de 59 à 62. C'est "l'affaire efremov". Malgré les critiques virulentes (d'un bord comme de l'autre), la sf s'engouffre dans la brèche et respire enfin : c'est reparti ! Le débat, à partir de 61, porte sur les nouveaux auteurs et l'utilité de la SF. C'est là que naît l'affaire Strougatski (62-70) qui aboutira à l'interdiction de deux romans.

Cependant, certains lecteurs y auront accès, car des critiques, pour "étayer" leur propos, l'illustre de longs passages...!!!
Les deux affaires sont détaillées sur plusieurs pages passionnantes.
Suit des remarques, et une petite études sur le lectorat sf (un ENAURME lectorat), et sur la réception de la sf américaine en URSS tout comme la réception de la sf soviétique aux US (et entre intérêt et refus caricatural, les uns valent les autres).

La conclusion vient boucler ce livre, dont les éléments sont bien sûr intéressants. La mienne boucle la chronique : J'en ai retiré, outre une vision rapide de la sf soviétique, une liste d'auteurs et de livres, dont certains font bougrement envie. Un éclairage sur un lieu et une époque à travers l'histoire de la sf. Comment la sf, quand elle s'en donne les moyens, peut-être, dans certaines périodes, et de part sa spécificité, une arme critique efficiente.
Je regrette cependant que le style de l'auteur ne soit pas un peu plus vivant, et même un peu plus clair dans sa structure. Je regrette aussi de ne pas avoir vu certains auteurs plus developpés, notamment Stanislas Lem. Les oeuvres citées sont aux nombres de 46. On aurait également apprécié un index des auteurs et livres cités avec référence de la page.




Alors que la science-fiction française et la science-fiction anglo-saxonne suscitent depuis quelques années l'engouement et l'intérêt d'un public de plus en plus vaste, la science-fiction soviétique reste encore pratiquement inconnue en france.
Cet essai présente pour la première fois au lecteur français un panorama de la science-fiction soviétique contemporaine et, grâce à de nombreux exemples, met en évidence les rapports entre la réalité soviétique et les mondes parallèles nés de l'ilmagination des écrivains.
L'auteur analyse également les critiques officielles parues en URSS à propos de ces oeuvres ainsi que les réactions - très différentes, mais tout aussi significatives - des critiques américains.
Ouvrage d'initiation pour celui qui souhaite découvrir la sf soviétique, ce livre fournira aussi au spécialiste une documentation abondante et inédite.


Vous aimez ce livre ou cette critique ? Faites-en part à vos amis !   
  



Lire l'avis des internautes (10 réponses)

Science-fiction

, fantastique, fantasy : Culture SF, toutes les littératures de l'imaginaire

© Culture SF 2003 / 2014 - Conception et réalisation : Aurélien Knockaert - Mise à jour : 08 juin 2014

nos autres sites : APIE People : rencontres surdoués - Traces d'Histoire