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Olivier

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Le père Goriot

Honoré De Balzac


Le père Goriot
 Pour la présente édition :

Editeur : Gallimard
Collection : Folio

La critique du livre
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Les pensions de famille sont comme le Paris d’avant Haussmann : avant tout des souvenirs littéraires.
Parmi les œuvres fameuses sur lesdites pension, Le père Goriot est certainement l’une des plus connues.
Clé de voute de l’œuvre

balzac

ienne, ce roman est un véritable carrefour de la Comédie humaine. Plusieurs personnages croisés au fil des romans et nouvelles qui précèdent ce roman vont s’y retrouver, et c’est avec cette œuvre que

Balzac

noue les fils des destins, et commence à faire apparaitre et réapparaitre une multitude de personnages au fil des œuvres.
L’un des traits de génie de

Balzac

, est de ne pas se concentrer sur un personnage en particulier. Ainsi, les personnages principaux d’une œuvre, peuvent être secondaires dans d’autres textes.
En ce sens, La comédie humaine n’est pas un cycle classique, qui se concentre sur un destin façon Ender.
Le père Goriot est aussi, à mon humble avis, le premier chef-d’œuvre de la Comédie humaine. Les œuvres précédentes vont de l’anecdotique (Le message), au bon (La vendetta : l’un des rares textes à évoquer l’horrible misère ouvrière) voire très bon (La maison du chat-qui-pelote). Mais rien qui ne permette de crier au génie.

Commençons par le commencement, et aussi par ce qui fâche : les descriptions.
L’on sait que

Balzac

est assez généreux, voire pléthorique dans ses descriptions.
Personnellement, cela ne me gêne pas : je lui trouve même parfois du génie en la matière. Les descriptions de Guérande sont pour moi ce qu’il y a de plus beau dans Béatrix, par exemple.
Que les rétifs se rassurent, Le père Goriot est d’une grande sobriété en la matière.
Le roman s’ouvre dans son principal décor : la misérable pension de famille Vauquer. Il s’agit d’une maison, comme on en trouvait alors beaucoup à Paris, située dans le Val-de-Grâce, alors quartier pouilleux de relégation sociale, dans le sud du Ve arrondissement actuel.
Sur plusieurs étages, entre appartements et chambres, cohabitent plusieurs personnages.
Le père Goriot, bien sûr, père qui se ruine pour garantir le train de vie dispendieux ses filles, qui ne lui en savent gré, et se conduisent avec lui comme les pires ingrates.
Le mystérieux Vautrin, qui se teint en noir ses favoris roux, très complice avec la maîtresse des lieux.
Eugène de Rastignac, jeune étudiant monté à Paris, sans le sou mais dévoré par l’ambition. Il y retrouvera sa cousine, la vicomtesse de Beauseant, qui lui permettra d’entrer dans le monde, et de faire connaissance des filles du père Goriot : Anastasie de Restaud et Delphine de Nucingen.
Horace Bianchon, jeune étudiant en médecine, et futur médecin, dont la légende dit que

Balzac

demanda son secours, sur son lit de mort.

A eux s’ajoutent une ribambelle de personnages secondaires. Nous ne retenons que ceux qui jouent un rôle central dans l’intrigue :
Madame Couture et sa jeune pupille que son père, riche banquier, refuse de reconnaitre.
Madame Michonneau, vieille fille et Poiret, rentier épris de Mme Michonneau, imbécile proto-flaubertien.

A voir une telle quantité de personnages, le lecteur peut se dire qu’il risque vite de se perdre dans un tel dédale.
C’est là l’un des coups de maître de

Balzac

: il n’en est rien. Rastignac est le personnage principal, et au fil des différentes parties, la focale va se déplacer sur les relations proches entre Rastignac et d’autres personnages (Goriot, Vautrin…). Le tout sans que ceux-ci ne soient que de simples faire-valoir. Les rôles, principal ou secondaires, sont de vrais rôles, avec les interactions qui en découlent, un peu comme dans Le maître du haut-château.

Balzac

orchestre donc une magnifique symphonie, en jouant toujours les bons personnages au bon moment.
Le roman nous raconte donc plusieurs destins, dans lesquels chaque personnage jouera un rôle plus ou moins grand.
Cela permet en outre à

Balzac

de panacher les thèmes de son roman : rencontre d’un ambitieux avec son destin (façon Monades urbaines), polar avant l’heure (avec un regard désabusé façon hard-boiled), chronique réaliste et acerbe de la société de son temps, etc.
Bref, il y en a pour tous les goûts… en à peine plus de 300 pages.

Un roman daté ?
Certains aspects du roman sont très marqués par leur époque.

Balzac

n’écrit pas de la sf, et ne se projette pas dans notre présent depuis le sien.
A son époque, le divorce, « poison révolutionnaire » (Louis de Bonald), était interdit. On ne parvenait dans le monde que par les femmes, en devenant leur amant.
C’était aussi une époque où, leurs maris ayant leurs maitresses, ne prêtaient guère d’attention aux turpitudes de leurs épouses. Drôle d’époque donc, où le divorce est interdit, et les cinq-à-sept autant dans les mœurs que le concubinage de nos jours. Le mot sardonique de Marx, « Nos bourgeois […] trouvent un plaisir singulier à se cocufier mutuellement. » a bien été écrit par un admirateur de

Balzac

.

Un roman réac ?

Balzac

, monarchiste légitimiste, catholique que la messe ennuyait au plus haut point, a souvent heurté son temps et son milieu. Mariages malheureux, cocus à foison, suicides, parents et enfants indignes, arnaques et filoutages, meurtres et j’en passe.

La Bruyère écrivait dans ses Caractères :


Corneille peint les hommes tels qu’ils devraient être. Racine les peint tels qu’ils sont.

Il va sans dire que

Balzac

préfère l’amère lucidité de Racine à l’héroïsme cornelien.
Il n’y a donc pas, chez

Balzac

, de littérature édifiante, à la Bernardin de Saint-Pierre.
Pas d’idéal chrétien, juste la réalité d’une société à jamais bouleversé par la Révolution, l’Empire, les Restauration (le roman se passe avant 1830) et, au bout de ces bouleversements, la bourgeoisie triomphante, qui sera le pilier de la Monarchie de juillet.

Balzac

acte le décès d’une société d’ordres, d’une noblesse pluriséculaire, et de solidarités verticales. A cet égard, l’attitude empathique de Rastignac (de vieille noblesse) vis-à-vis de Goriot, tranche nettement avec les parvenus qui ont épousé ses filles, notamment Nucingen, le banquier, qui permet de rappeler l’exécration de l’argent.
Cet argent, qui est aussi la fortune du père Goriot, dilapidée par et pour ses filles. Une fortune bien mal acquise, fruit de spéculations sur le blé pendant la Révolution.
A la noblesse du sang, fruit d’un long héritage de vertus, a donc succédé la noblesse de l’argent, où l’héritage n’est plus vertueux mais pécuniaire. On n’hérite plus de devoirs, mais d’un patrimoine. Enfin, l’argent, celui que dépense Goriot, ou que Rastignac peine à obtenir, ainsi que la caisse obscure de Vautrin… devient l’un des principaux personnages du roman. Les relations humaines sont aussi et surtout des relations d’argent.

Balzac

annonciateur du polar et de Hansen ?

Une ténébreuse affaire est un roman qui fait de

Balzac

l’un des pionniers du polar, et du roman d’espionnage. Mais dès ce roman,

Balzac

met en scène un criminel en cavale, qui n’a rien d’un Jean Valjean. Vautrin a choisi son destin, et porte sur le monde et les rapports sociaux, un regard désabusé que ne renieraient ni Hammett ni Manchette :

« Savez-vous comment on fait son chemin ici ? Par l’éclat du génie ou par l’adresse de la corruption. Il faut entrer dans cette masse d’hommes comme un boulet de canon, ou s’y glisser comme une peste. L’honnêteté ne sert à rien. […] La corruption est en force, le talent est rare. Ainsi, la corruption est l’arme de la médiocrité qui abonde, et vous en sentirez partout la pointe. »

« Si j’ai encore un conseil à vous donner, mon ange, c’est de ne pas plus tenir à vos opinions qu’à vos paroles. Quand on vous les demandera, vendez-les. Un homme qui se vante de ne jamais changer d’opinion est un homme qui se charge d’aller toujours en ligne droite, un niais qui croit à l’infaillibilité. Il n’y a pas de principes, il n’y a que des événements ; il n’y a pas de lois, il n’y a que des circonstances : l’homme supérieur épouse les événements et les circonstances pour les conduire. S’il y avait des principes et des lois fixes, les peuples n’en changeraient pas comme nous changeons de chemise. »

Mais là où

Balzac

et ce roman marquent une rupture franche et nette, pour son époque et pour de nombreuses décennies à venir, c’est en mettant en scène un personnage homosexuel. A l’époque, le mot n’existait même pas. Et c’est peu dire que le temps n’était pas particulièrement tolérant. Certes, la Révolution était passée par là, et avait jeté aux oubliettes le bûcher. Mais la réprobation sociale était encore très vive, comme l’apprendra à ses dépens Astolphe de Custine.
Le coup de génie de

Balzac

, c’est de mettre en scène ce personnage, sans jamais le juger, sans pathos ni indignation. Que Vautrin soit une crapule, c’est une chose, et il n’est pas le seul chez

Balzac

. Mais ses mœurs sont vues avec une incroyable neutralité, ce qui étonne, tant le sujet était scabreux pour l’époque, et bien des décennies après. Il suffit de se rappeler qu’au début des années 1950, Dominique Fernandez s’était vu pressé par l’ENS de ne pas s’attarder sur les amours de Vautrin dans sa disseration.

Balzac

peignait le monde, et se refusait à toute autocensure, ce qui lui vaudra plusieurs mises à l’Index.


Bref,

Balzac

est un génie qui, comme tant d’auteurs qui ont vécu de leur plume (Silverberg ou Dick par exemple), n’a pas pu écrire que des chefs-d’œuvre. Il faut dire que le bonhomme a été malheureux en affaire, et s’est vite retrouvé criblé de dettes, par la faillite de son imprimerie, ou ses tentatives foireuses (acclimater l’ananas pour pouvoir le cultiver en France et faire ainsi fortune !). Si tout n’est pas inoubliable dans ce vaste océan qu’est Comédie humaine, il est évident que Le Père Goriot est l’un de ces phares dont le génie éblouit le lecteur. Et ce n’est pas Morca qui dira le contraire !




Rastignac est un jeune provincial qui cherche à s'insérer dans la société parisienne. Il lui manque les manières et l'argent. Pour parvenir, il côtoie les femmes du monde, mais reste attaché à son voisin de la pension Vauquer, le père Goriot, vieillard malheureux abandonné de ses filles. Vautrin, forçat évadé, Marsay, politicien ambitieux, et Rubempré, écrivain talentueux, sont animés du même désir de pouvoir. Ils apprennent, chacun à leur manière, les complicités et les alliances indispensables dans une société gouvernée par les intérêts. Seules figures du désintéressement : le père Goriot, vaincu par son amour paternel, et Mme de Beauséant, abandonnée du Tout-Paris.
La passion bout dans cette maison comme dans une cocotte-minute, les pages se tournent toutes seules ; c'est que chaque palier de la pension Vauquer est devenu un étage de ce que Balzac vient de concevoir : La Comédie humaine.





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