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zomver

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28/12/2004
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Le papillon des étoiles

Bernard Werber


Le papillon des étoiles
Première parution : octobre 2006

 Pour la présente édition :

Editeur : Albin Michel
ISBN : 2-226-17349-8

Ce livre est noté   (1/5 pour 1 évaluations)


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La critique du livre
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A la lumière des rêves

werber




L’histoire

Puisque tout est pourri en ce bas monde, un ingénieur décide de construire un vaisseau qui emmènera des gens dans les étoiles afin d’y créer un nouveau monde qui ne reproduira pas les erreurs du nôtre. Le voyage durera un millénaire. Le vaisseau sera un vaisseau-monde dans lequel embarqueront 144 000 hommeszéfemmes ni "cons" ni "salauds", enfin "les moins mauvais possible".
L’ingénieur en question trouve un financeur et des collaborateurs.
Le projet voit le jour, le cosmodrome et le vaisseau sont construits (1ère partie), le voyage s’effectue (2ème partie), le vaisseau arrive à destination (3ème partie). Morale. Pensée profonde. Machintoutçaaa.


Mon avis

Un grand livre.
Un grand format, je veux dire.

Du lourd.
469 g (+ ou – 2g)

A 19 € le bouquin, ça nous fait donc du 40 € / kg quand mêêême !


Un récit ancré dans un vécu passionnant :

"De son père, il [NDLR : l’ingénieur] n’avait gardé en images que des scènes quasi burlesques. Son père s’excusant auprès de sa mère parce qu’il avait mis du linge de couleur dans la lessive pour le blanc. Son père s’excusant parce qu’il avait eu une parole blessante envers ses beaux-parents. […] Les chiens ne font pas des chats [NDLR : Ah ! Ca, c’est ben vrai, mon brav’monsieur !], le savant sentait bien qu’il était en passe de reproduire la vie de son géniteur. […] [NDLR : dommage pour le linge blanc]"


Un regard sidérant d’originalité sur le monde d’aujourd’hui :

" Les journalistes, à quelques exceptions près, s’excitaient vite et se lassaient aussi vite. Il leur fallait de nouveaux os à ronger, et justement un tremblement de terre particulièrement violent venait d’effacer de la carte une ville côtière avec tous ses habitants. Dans le même temps un dictateur […] annonça que son pays venait de faire l’acquisition de l’arme nucléaire et qu’il comptait bien s’en servir au nom de la cause religieuse. […]. Au-dessus des grandes capitales la pollution stagnait en permanence sous la forme d’un épais brouillard ambré. Les citadins respiraient difficilement l’air empesé. Les attentats terroristes étaient devenus si fréquents que les journaux ne se donnaient même plus la peine de les évoquer. Les métros et les bus étaient devenus des cibles privilégiées.
Un nouveau virus transmissible par la salive faisait des ravages sans que les scientifiques trouvent de parade. "


Remarquable synthèse. Tout est dit en dix-huit lignes. Tout ? Et la grippe aviaire ? me direz-vous. Ne vous inquiétez pas, elle est évoquée p33 et on a très peur comme la France de Roger Gicquel.


Une prose épurée voire transparente:

"L’amour peut être une illusion. L’amour peut rendre fou. On peut tuer par amour. On se trompe souvent par amour. En revanche la lumière, elle, ne trompe pas. Elle est partout. Elle éclaire. Elle dévoile. Elle réchauffe. La lumière fait pousser les fleurs et les arbres. Elle réveille nos hormones [NDLR : tsss, petit coquin, va!], nourrit notre organisme. On peut vivre sans amour, on ne peut pas vivre sans lumière. "


Une plume insolite :

" - Vous imaginez le premier poisson qui est sorti de l’eau pour ramper sur la terre ferme ? Il a dû avoir une sacrée émotion. A peine sorti de l’eau, il a dû vouloir y revenir. D’ailleurs, beaucoup y sont retournés, reconnut-elle."


De la hard science enfin accessible :

La présentation du projet de vaisseau à son financeur Gabriel Mac Namarra est un exemple que tous les scientifiques en quête de financement devraient garder à l’esprit. Chercheurs, chercheuses, la prochaine fois que vous plancherez devant un comité de direction/un comité budgétaire, de grâââce, faites siiiimple :

" Dans le bureau de prospective, il [NDLR: un scientifique du projet] présenta devant les yeux étonnés d’Yves Kramer et de Gabriel Mac Namarra une maquette qu’il avait bricolée dans la nuit. L’assemblage était formé de cinq barils de lessive accolés. Ils étaient coupés en deux sur la tranche pour dévoiler l’intérieur."

La lessive, un leitmotiv (Cf. plus haut) inconscient dans l’œuvre de Bernard

Werber

?


Une fine étude de société servie par des dialogues d’une profondeur stupéfiante :

Une société vivant en vase clos (le vaisseau) se trouve vite face à de terribles dilemmes. Un exemple : le boulanger a tué sa femme (une affaire sentimentale).

"- Que faire du coupable ? Le mettre en prison ? Le tuer ? Lui pardonner au nom de la tranquillité générale ? […]
- C’est un type charmant, travailleur, enthousiaste, en tout point sociable depuis le début du voyage. En plus, il détient un savoir-faire particulier.
- C’est le boulanger, reconnut Adrien Weiss. Et pas n’importe lequel, le meilleur boulanger de Paradis-Ville.
Yves se souvint des délicieux croissants qu’il dégustait tous les matins, et fut d’autant plus désappointé. Si on mettait ce boulanger hors du système, il faudrait manger des croissants moins bons."


Alors le boulanger en taule ou les croissants ?



Des clins d’oeil évidents aux œuvres d'llustres prédécesseurs parmi lesquelles:

--- Rendez-vous avec Rama de Sir Arthur C. Clarke

"[…] Il alluma un tube néon placé au centre du demi-cylindre.[NDLR : de la maquette du vaisseau]
- Ce tube néon, c’est l’axe de rotation, mais aussi le " soleil intérieur".
- Le vaisseau tournera autour de ce tube de lumière ? demanda Gabriel Mac Namarra.
- Parfaitement. Il recréera une gravité artificielle similaire à la nôtre."



---On a marché sur la lune de Hergé

On objectera que c'est un chat qui remplace le chien Milou, ce à quoi je répondrai que la référence est tout de même évidente car d’autres détails ne mentent pas: l’alcool est interdit à bord du vaisseau mais il y en a quand même (Ah ! Les canaillous !) et bien sûr on n’échappe pas à ce moment mythique entre tous où, en apesanteur, l’alcool s’échappe d'un verre et se met en boule.
Moins anecdotique, ce moment de suspense insoutenable quand, à l’instar du Capitaine Haddock, la responsable de navigation du vaisseau, de sortie dans l’espace, s’obstine à refuser de retourner à l’intérieur du vaisseau alors même qu’elle commence à manquer d’oxygène. C’est là qu’on voit toute l’originalité de cet auteur qui se démarque de son modèle car la navigatrice n’est pas ivre et ne chante pas "Et nous irons à Valparaiso" à l’instar du Capitaine.

Bref, vous l’avez compris: d’illustres références mais aussi des idées nouvelles qui grouillent comme des fourmis dans une fourmilière pyréthrinisée.

On pourra également gloser longtemps sur le choix du nombre 144 000 lourd de sens (et d’autres choses peut-être qui me font nettement moins rigoler) mais aussi sur ce message d’espérance grandiose, omniprésent dans le roman: "Le Dernier Espoir, c’est la Fuite." à rapprocher peut-être du célèbre "Courage ! Fuyons !"

Tant que j’y pense, surtout pas de confusion ! Les majuscules à "Dernier", à "Espoir" et à "Fuite", les topos sur la lumière, le cosmodrome, le vaisseau, ne doivent pas vous faire croire que je vous parle de Grande Jonction, hein ? Ici, c’est nettement moins quantique: c’est du MétaBernard.



J’en ai sans doute déjà trop dit, je vous laisse le déplaisir de découvrir le reste par vous-mêmes. Sachez toutefois qu’au fil des pages de ce livre, une décision s’est progressivement imposée à moi : inscrire du baygon sur ma liste de courses.

Du baygon bleu comme le papillon de la couverture


Edit: ponctuation.

4ème de couverture
_______________________________________________________

"Cette planète est notre berceau mais nous l'avons saccagée. Nous ne pourrons plus jamais la soigner ni la retrouver comme avant. Quand la maison s'effondre, il faut partir. Recommencer tout, ailleurs et autrement. Le Dernier Espoir, c'est la Fuite"




Le plus beau des rêves : Bâtir ailleurs une nouvelle humanité qui ne fasse plus les mêmes erreurs.
Le plus beau des projets : Construire un vaisseau spatial de 32 km de long propulsé par la lumière et capable de faire voyager cette humanité pendant plus de 1000 ans dans les étoiles.
La plus folle des ambitions : Réunir des pionniers idéalistes qui arrivent enfin à vivre ensemble en harmonie.
Et au final la plus grande des surprises...


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