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Olivier

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02/09/2004
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La confrérie des mutilés

Brian Evenson


La confrérie des mutilés
Titre original : Last days

 Pour la présente édition :

Editeur : 10/18

La critique du livre
Lire l'avis des internautes (1 réponses)

La confrérie des mutilés est le deuxième roman et le troisième livre de Brian

Evenson

publié en France, dans l’excellente collection Lot 49. S’il est un auteur dont les œuvres sont aussi fortes que dérangeantes, voire déstabilisantes c’est assurément lui.
Kline est un détective privé dans la plus grande tradition hard-boiled : solitaire, célibataire, violent quand il le faut, et les occasions ne manquent d’ailleurs pas. Lors de sa dernière enquête, il a tout de même perdu la main droite, tranchée par le « gentleman au hachoir ». Loin de perdre le nord, il a cautérisé sa plaie avant de lui tirer une balle en pleine tête, et de se dédommager en gardant pour une mallette bourrée de billets.
Il coule donc des jours tranquilles après cette enquête traumatisante, quand un coup de fil interrompt sa quiétude. Deux hommes au combiné : un à la voix de baryton, et l’autre atteint de zézaiement. Kline ayant de quoi vivre tranquille pour quelque temps, il refuse leur sollicitation ; ce n’est qu’avec une lourde insistance que nos deux hommes arriveront à le faire revenir sur sa décision.
Voici donc Kline en voiture avec ses deux étranges interlocuteurs, qui le sont d’autant plus quand ils retirent leurs prothèses : le premier est amputé des deux mains, des oreilles et de plusieurs orteils ; le second n’est amputé que d’une seule main.

Si donc ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi […] Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi
Matthieu, 5 : 29-30 cité en exergue par Brian

Evenson

.

La destination est une vaste propriété, privée et surtout bien gardée, par des borgnes amputés d’une main, dotés d’un pistolet en guise de prothèse. Il est convié par le dirigeant de cette étrange église. Il comprend alors que le meurtre sur lequel il doit enquêter se déroulera dans une bien étrange confrérie masculine, où l’on ne monte en grade qu’au fur et à mesure de ses amputations volontaires. Chaque amputation, d’un membre, d’un doigt, ou autre vous fait grimper d’un cran. L’homme assassiné n’est pas n’importe qui : il ne s’agit de rien moins que du fondateur du mouvement, amputé de l’ensemble de ses membres, des parties génitales, de ses seins et de ses fesses, des lèvres, des oreilles, des yeux... C’est donc un homme sans aucune défense que l’on a assassiné.

Il ouvrit le casier. Des calendriers y étaient entassés ; à chaque mois était associée une femme plus ou moins dénudée, au sourire frénétique. Il lui fallut un certain temps avant de s’apercevoir qu’il manquait un pouce à la fille de janvier. Plus les mois avançaient, plus les handicaps devenaient évidents et nombreux ; il manquait un sein à la fille de mars, les deux seins, une main et un avant-bras à celle de juillet. De la fille de décembre, il ne restait guère que le torse ; ses seins avaient été tranchés et elle portait une écharpe blanche frappée de l’inscription « Miss Minimum ».
Il reposa le calendrier, referma le casier. Après avoir éteint la lumière, il s’étendit sur le lit, mais le visage déformé par la joie de « Miss Minimum » restait gravé dans son esprit.

Brian

Evenson



Son enquête va se dérouler dans des conditions vraiment particulières. Il n’a accès qu’à une scène du crime reconstituée, où les indices semblent totalement incohérents. Il n’a accès ni aux photos ni au cadavre du défunt. Les proches du fondateur ne lui sont pas accessibles non plus. Il va devoir enregistrer ses questions, et se contenter des réponses qu’on lui fournira. Il est vrai que notre détective n’est amputé que d’un seul membre : l’accès aux huiles se mérite et se paie.
Là encore, son enquête n’est pas facilitée : les réponses sont parfois à coté de la plaque, quand elles ne sont pas purement et simplement censurées. Il n’arrive pas à tirer d’autre renseignement des enregistrements : les bruits de fond sont inexploitables.
Il va donc devoir tenter de glaner des renseignements comme il peut, en sachant que les membres de la confrérie sont plutôt évasifs, quand il n’entend pas carrément d’autres sons de cloches. Il parait même que le mort serait bien vivant. Peut-être pas bon pied bon œil, mais certainement pas un cadavre dont il a vu les flaques de sang. D’autres membres, peu amputés, lui apprennent même que son enquête concernerait un vol de calendriers…

A première vue, La confrérie des mutilés peut passer pour un polar dans la plus pure tradition hard-boiled. Détective privé solitaire, embarqué dans une enquête qui le dépasse et où tout le monde le manipule, entre demi-vérités et semi-mensonges plus ou moins véridiques, tous en contradiction les uns avec les autres. Ces ingrédients sont effectivement présents, et rappellent aisément les enquêtes tarabiscotées de Philip Marlowe ou Sam Spade.
La weltanschauung traditionnelle du polar, un monde corrompu, pourri jusqu’à la moelle, violent et vénal comme à l’époque de la Prohibition où même Al Capone s’inquiétait de la corruption n’est plus de mise ici.
On retrouve au contraire des thèmes chers à Brian

Evenson

, au premier rang desquels la foi et surtout ses conséquences. A la différence de la philosophie, qui n’implique pas forcément une conduite personnelle, des interdits, des tabous et des impératifs, la religion impose des normes et une morale. On a souvent accusé les religions du pire, leurs défenseurs condamnant ce qu’ils estiment être des excès en expliquant qu’il s’agissait de mésinterprétation.

Evenson

lui, s’intéresse plutôt au sentiment d’ivresse que peut provoquer la révélation, et à chercher jusqu’où elle peut conduire les hommes, notamment guerrières. Un thème que l’auteur connaît d’autant mieux qu’il a été exclu des mormons et divorcé d’office sans la garde de ses enfants pour avoir refusé de mettre un terme à sa carrière d’écrivain.
Une autre chose frappante dans ce roman, qui tranche d’ailleurs singulièrement avec Inversion, c’est sa dimension grotesque, au sens littéraire du mot.

Evenson

est très fort pour créer des images étranges dans sa fiction. Comme ce bruit étrange et étouffé qui est celui des applaudissements à coup de moignons, quand une strip-teaseuse déjà nue commence à éffeuiller ses prothèses. L’auteur joue également constamment sur les limites entre le premier et le second degré : son roman se base délibérément sur l’ambiguïté par rapport au polar. On ne sait jamais trop si nous sommes dans la farce ou dans l’horreur : nous louvoyons constamment entre les deux. Sommes-nous dans une parodie assumée et truculente de polar façon Philip José Farmer ou bien dans un polar horrifique à la Robert Bloch ? Il y a à la fois trop d’humour pour ne pas penser à une parodie, mais trop peu pour tout prendre à la rigolade. Le rire ne s’en fait donc que plus grinçant et surtout plus inquiétant.

Ce deuxième roman de Brian

Evenson

explore donc une forme très différente du premier, mais les thèmes de la folie et de la foi sont ici aussi étroitement imbriqués. On y retrouve aussi cette merveilleuse qualité de l’auteur de créer des univers à la fois familiers et radicalement étrangers, profondément déstabilisants, qui ne sont pas sans rappeler Les ruines de contracoeur de Joyce Carol Oates ou le Compagnon de nuit de Lisa Tuttle. Ni dans le mainstream, ni dans l’imaginaire pur et dur, dans le polar, juste pour la forme,

Evenson

est de ces auteurs qui donnent l’impression que le mot transfiction a été forgé pour eux.
Au final, nous avons donc une oeuvre pleinement monstrueuse, dans tous les sens du mot. Avis aux amateurs...




Après avoir perdu une main lors d'un règlement de comptes, Kline, un détective privé, se voit confier une enquête au sein d'une société secrète composée de mutilés volontaires, où un meurtre a été commis. Mais pour cela, Kline doit gagner la confiance des membres de cette étrange secte. Or, cette confiance se paie cher: pour accéder à certains niveaux de la hiérarchie, il convient d'être à chaque fois davantage amputé... Jusqu'où Kline sera-t-il prêt à aller pour découvrir l'insoutenable vérité ? Les voies de la confrérie sont-elles impénétrables ?


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Brian Evenson



Cette critique est signée Maralan
9 réponses y ont été apportées. Dernier message le 03/10/2010 à 12h29 par Olivier

Science-fiction

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