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Olivier

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Hell creek

C. Robert Cargill


Hell creek
 Pour la présente édition :

Editeur : Albin Michel

La critique du livre
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Des oeuvres sans extra-terrestres, on en trouve sans peine en sf, et des chefs-d'oeuvre !
Du Maître du haut-château à Voici l'homme, il serait assez facile de constituer une véritable bibliothèque d'oeuvres garanties sans ET, où Ballard trônerait en bonne place (à une ou deux nouvelles près).

Par contre, les oeuvres sans aucun humain sont beaucoup plus rares, me semble-t-il.
Surtout quand il s'agit d'une nouvelle misant sur l'altérité et l'empathie, à la façon de L'homme tombé du ciel, le roman génial de Tevis, qui offrit à Bowie l'un de ses plus beaux rôles au cinéma (et le seul film supportable de Roeg, AMHA), et bien sûr Charlie Gordon et sa souris, qui fit pleurer à chaudes larmes tous ses lecteurs, à commencer par moi.

En plus de Tevis, j'ai également pensé à Matheson.
Que ce soit L'homme qui rétrécit ou Je suis une légende, nous y suivons un personnage qui doit évoluer dans un quotidien bouleversé, et qui tente d'y survivre comme il peut, au péril de sa vie.
Et le lecteur se prend immédiatement de sympathie pour ce brave humain qui tente de survivre comme il peut, vite captivé par l'oeuvre, et les péripéties successives. La sympathie faisant très vite place à une identification extrêmement forte, facilitée, il est vrai, par le fait qu'il s'agisse ici d'un humain.

Ici, la sf est assez congrue. Pas d'extra-terrestre, pas même de voyage dans le temps, comme dans maintes histoires de dinosaures.
Sans parler de hard-sf, car ce serait excessif, l'auteur reprend toutefois nos connaissances scientifiques sur la disparition des dinosaures, à savoir la fameuse météorite, qui permit, pour le meilleur (la résilience et la magnifique créativité de la vie après une extinction) pour le pire (l'extinction massive en cours, première extinction provoquée volontairement) aux mammifères de prospérer.
Pas de paradoxe temporel ou de voyage dans le temps, comme chez Bradbury ou Andrevon, ni de manipulations génétiques comme chez Crichton.
Nous plongeons ici en plein dans l'histoire chaotique de la vie sur Terre, sans une once d'uchronie.

Ce texte se rattache donc plutôt au roman catastrophe, un genre qui me semble un peu tombé en désuétude. Fort populaire autrefois chez nos amis d'Outre-Manche (Christopher, Roberts et surtout Wyndham), il se teintera ensuite d'écologie (Wylie ou Harrison), après être passé par la poésie (Ballard) ou des extraterrestres lointains (Génocides de Disch).

Ce texte nous conte les aventures de Tricératops, qui est une femelle. Les personnages n'auront pas de prénom, ni de nom. Ils seront, seuls ou en meute, tous désignés par leur espèce.
Le texte s'ouvre donc sur la catastrophe, qui a vu la météorite frapper la Terre. L'extinction ne fut pas immédiate, ils n'ont pas disparu en un clin d'oeil comme Hiroshima et Nagasaki.

Cela laisse le temps à l'auteur de mettre en place des péripéties, celle d'une lutte pour la survie en plein cataclysme. Notre héroïne, seule survivante de son groupe, va se réfugier dans une grotte, pour se protéger des incendies qui ravagent l'extérieur, mais la faim la poussera à sortir pour chercher des végétaux, afin de ne pas mourir de faim.
Cela lui permettra de faire une rencontre, celle d'un autre herbivore qui trouvera refuge dans sa grotte. Les présentations tourneront court, car ils vont devoir lutter contre l'arrivé de tyrannosaures affamés, bien décidés à se sustenter de nos deux herbivores.

C'est un des aspects frappants du textes : la sympathie de l'auteur pour les herbivores, et son dégoût de la chair, qui ne doivent pas faire de lui un fervent carniste. Qu'il nous décrive les odeurs de dinosaures brûlés vifs, de la pestilence des chairs blessées des tyrannosaures, ou putréfiées des cadavres (de carnivores !) cela n'a pas été sans me rappeler ce que ce cher Ovide écrivait sur Pythagore.

Mais que l'on ne s'y trompe pas : ce texte n'est absolument pas un plaidoyer, ni d'un texte engagé. Ce ne sont que quelques descriptions éparpillées ici ou là, qui ne m'ont frappé que parce que j'y ai été sensible. Je suis d'ailleurs curieux de vos retours sur le sujet.

L'aspect le plus fort de ce texte, c'est l'empathie que nous éprouvons pour un être pacifique, assailli de toutes parts, tant par la catastrophe que les prédateurs affamés, qui tente de survivre. Il n'a aucune idée de que sera son court avenir, mais il fera tout pour ne pas mourir.
Et c'est ce qui rend ce texte extrêmement touchant. J'ai parfois pensé à La chèvre de monsieur Seguin, qui a été l'une de mes premières grandes émotions littéraires (avec Barbe bleue qui m'a fait découvrir l'horreur).

Je n'aurais pas parié, a priori, que la destinée d'un dinosaure, puisse à ce point me toucher.
Certes, il ne s'agit pas d'un être imaginaire, comme les multiples ET, les mutants qui peuplent les romans de sf. Il s'agit bien plutôt d'êtres réels mais lointains, dont nous ignorons encore énormément de choses (la couleur de la peau, le son de leurs cris).
Et c'est pour moi le tour de force de cette oeuvre. Les dinosaures y sont de vrais personnages, alors qu'ils ne dialoguent pas, ne sont pas décrits (l'auteur ne mentionne que leur espèce), et que nous ne parvenons absolument à situer géographiquement ce texte. Les points de repère sont donc très rares, et il pourrait paraitre difficile de s'identifier au personnage. Nous savons que l'issue sera fatale, mais ils en ignorent tout, et essaient de survivre vaille que vaille.
Et c'est pour cela que j'ai évoqué Matheson, car en quelques lignes, la question de l'identification ne se pose plus. Nous sommes le personnage, et ses frayeurs sont les nôtres. Les scènes de combat ne sont pas sans rappeler l'araignée dans L'homme qui rétrécit, où l'on retrouve aussi la question de l'alimentation.
Nous sommes donc ce personnage qui ne comprend pas ce qui lui arrive, et qui essaie de survivre, jusqu'à une fin que j'ai trouvé magnifique, qui m'a vraiment touché.

En quelques dizaines de pages, l'auteur propose donc un texte fort, plein de suspens et d'émotions.
Gardant le meilleur pour la fin, après Matheson, je ne puis manquer d'évoquer Sturgeon. Car nous avons là une magnifique histoire d'altérité pleine d'émotions, qui va droit au coeur. Avec en plus du suspens, du post-apo et un zeste de hard-sf. Franchement, que demander de plus ?
Et quand on sait que ce texte est disponible gratuitement, il serait tout simplement stupide de s'en priver.

N'hésitez donc pas à le lire, et à me faire par de vos retours.




Il y a soixante-cinq millions d’années la mort rampante est tombée du ciel sous la forme d’une nuée spectrale. Elle a tout détruit sur son passage : les arbres ont pris feu, les roches ont explosé, les bêtes ont péri, brûlées, déchiquetées.
Tricératops a vu son peuple disparaître, elle est sans doute la dernière de son espèce. Réfugiée dans une caverne exiguë, elle a faim, elle a envie de sortir. Mais tout danger n’est pas écarté. Des tyrannosaures rôdent – en lambeaux, éventrés, mutilés. Ils devraient être morts et pourtant ils continuent à arpenter la terre à la recherche de nourriture.





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