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Olivier

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Bouvard et Pécuchet

Gustave Flaubert


Bouvard et Pécuchet
Première parution : 1881

La critique du livre
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Flaubert

= Palahniuk ?
Le rapprochement peut déstabiliser et choquer, mais il n'est pas si vain qu'il en a – a priori – l'air.
Bouvard et Pécuchet ne se connaissent pas au début du roman, qui commence sur une canicule parisienne. Deux hommes s'assoient sur un banc, et ôtent leur chapeau. Chacun se rend compte que l'autre a cousu une étiquette à son nom dans le chapeau. C'est ainsi que Bouvard et Pécuchet font connaissance.
Ils sympathisent rapidement, et se rendent compte qu'outre leur métier de copieur, ils ont de nombreux points communs. Fascinés par le savoir et ennuyés par leur métier, ils dévorent de la vulgarisation. C'est donc fort opportunément que Bouvard touche un confortable héritage. Pécuchet décide d'y adjoindre ses économies, afin qu'ils s'installent dans une ferme. Cela leur permettra de vivre confortablement, et de se consacrer uniquement à leur quête du savoir.
Ils commencent par vouloir cultiver, mais l'expérience tourne vite au fiasco. Toutes leurs tentatives agroalimentaires successives, de la conserverie à la distillerie, se termineront par des échecs cuisants.
Ils se lancent alors brièvement dans la chimie. Ils y comprennent peu de choses, et leur expérience est à nouveau catastrophique. La suite du roman les verra se pencher sur tout un tas de choses. Ils vont se lancer dans l'archéologie, dans la médecine, l'histoire, et vont immanquablement connaitre des échecs cuisants. Même la philosophie va les embrouiller. Ils se lanceront aussi dans le magnétisme, grande mode de l'époque, et connaitront là encore des échecs cuisants. Seule la religion semble leur réussir, tant ils s'y investissent. Saisis par la piété populaire un 24 décembre, alors qu'ils venaient de renoncer au suicide, ils semblent avoir trouvé leur salut. A tel point que Pécuchet ira jusqu'à se fouetter, tel Saint-Louis. Mais c'était sans compter sur Gustave l'anticlérical (qui invente au passage un Mgr Véroles !). Nos deux amis vont en effet s'investir dans la lecture de l'apologétique chrétienne. Ils vont ensuite virer à l'anticléricalisme forcené.
La religion est donc une nouvelle déception. Ils tenteront finalement d'élever deux enfants promis à l'orphelinat, mais là encore, leur échec sera total.

La première chose qui frappe le lecteur dans le roman, c'est l'érudition de Gustave. Qu'il parle de chimie, de religion, d'économie, de médecine ou de philosophie, on sent que Gustave a potassé son sujet. L'appareil critique du livre indique les références précises des ouvrages auxquels Gustave fait allusion, s'appuyant aussi occasionnellement sur sa correspondance.
Autre point positif, Gustave inscrit son roman dans son époque, comme il l'avait fait pour L'éducation sentimentale. Nos deux anti-héros sont en effet saisis de la fièvre politique à l'occasion de la révolution de 1848.
Louis-Philippe régnait depuis juillet 1830. Sous l'influence de Guizot, il avait refusé de libéraliser son régime. Les électeurs étaient les plus hauts contribuables. Certains réformateurs voulaient que le droit de vote soit aussi accordé à des gens capables intellectuellement (non-illetrés). Cette sclérose du régime, à laquelle s'est ajoutée une grave crise économique, a balayé la Monarchie de juillet. La Seconde république fut proclamée. Elle devait être sociale. Elle ne le fut que dans les premiers mois, avec l'abolition définitive de l'esclavage, ou la création des ateliers nationaux. Bouvard et Pécuchet se piquent de politique, et s'engagent pour la république, rompant ainsi avec tous les notables. Très rapidement, la république sera confrontée à la faillite des ateliers nationaux. Elle fera tirer sur les ouvriers que la faim avait poussé à se révolter. Le bain de sang de juin 1848 fut la première étape de la décomposition républicaine. Les législatives donnant une majorité ultra-conservatrice, qui s'empressera de liquider la liberté de la presse, et revenir sur toutes les libertés acquises. Lors du Coup d'Etat du 2 décembre 1851, le futur Napoléon III ne fait qu'achever un régime moribond. C'est ainsi que s'est expliquer la passivité des ouvriers, fer de lance de février 1848, face au meurtre de la république. Nouvelle et cuisante désillusion donc pour nos deux bonshommes.
Gustave s'intéresse également à toutes les modes de son époque. Le socialisme, qui ne trouve pas plus grâce à ses yeux qu'à ceux de ses personnages. Il se penche aussi sur le magnétisme animal, grande vogue à l'époque. On passe aussi par le spiritisme et les tables tournantes, vésanies qui fascinèrent durablement la France du Second empire et de la IIIe République.
Gustave joue donc sur deux tableaux.
D'un coté des échecs personnels, dûs le plus souvent à l'amateurisme flagrant (pour l'agriculture) à la difficulté d'appréhender la connaissance de leur temps (Hegel ou la botanique et ses exceptions systématiques). La route du savoir n'est donc q'une longue série de déconvenues et d'humiliations.
De l'autre, Gustave montre les échecs de son époque, en particulier la déroute de la Seconde République.
Si John Wyndham et John Christopher ont donné ses lettres de noblesse au roman catastrophe, ils ne font que marcher dans les pas de Gustave. A une lettre prêt cependant, car Gustave fait plutôt dans le roman catastrophes.
Ces catastrophes, inscrites dans leur époque montrent le dégout profond de Gustave pour son époque, voire pour l'humanité. Un dégout dont le pessimisme incline au nihilisme. Et c'est là que l'on retrouve Palahniuk, qui est finalement l'héritier de Gustave.
Comme lui, il a su saisir son époque dans toute sa médiocrité. Son nihilisme rejoint en ce sens celui de

Flaubert

. Produits de deux époques et de deux cultures différentes, ils sont les chroniqueurs du lamentable de leur époque. Chroniqueurs sarcastiques, ils se montrent d'une misanthropie impitoyable et inflexible. Leur commune misanthropie se trouve rehaussée par un humour ravageur. Car on rit aussi bien des anti-héros de l'un que de l'autre. Produits de leurs époques, ces anti-héros sont en quelque sorte les miroirs dans lesquels nous n'osons nous regarder.
Au lieu de s'en lamenter, Gustave et Chuck choisissent d'en rire, et d'en amuser le lecteur. Rire crispé, car si les personnages sont caricaturaux, ils sont avant tout des caricatures de nous-même. Qu'il s'agisse de Bouvard, Pécuchet ou de Victor Mancini ( Choke de Chuck), c'est avant tout de nous qu'il s'agit. C'est donc de nous que nous choisissons finalement de rire. Car il vaut finalement mieux en rire qu'en pleurer. C'est justement pour ça que Gustave comme Chuck a opté pour la satire plutôt que pour la tragédie. Cette farce n'est finalement que notre époque. Triste époque dont il vaut finalement mieux rire. C'est bien là tout le mal qu'on puisse lui souhaiter finalement, que l'on s'appelle Chuck ou Gustave.




Deux greffiers, libérés de leur profession par un confortable héritage, s'installent à la campagne pour se consacrer au savoir dont ils explorent tous les domaines, de l'agriculture à l'astronomie, de la littérature à la religion. Puis le dégoût les saisit et ils reviennent à leur occupation première : copier.





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Cette critique est signée Olivier
26 réponses y ont été apportées. Dernier message le 20/03/2010 à 19h48 par Lisbei

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