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Olivier

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Appolo, et après ?

Barry Nathan Malzberg


Appolo, et après ?
Titre original : Beyond Apollo
Première parution : 1972

 Pour la présente édition :

Editeur : Casterman
Date de parution : 1977

La critique du livre
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A la mémoire d’Alain Dorémieux, éditeur et traducteur de

Malzberg



Apollo fut le triomphe de la sf campbellienne, en tant que prouesse scientifique et technique.

Pensez donc : il ne s’agissait plus d’envoyer er de ramener des hommes à quelques centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes, mais d’aller se poser à 300 000 km, puis d’en décoller et d’en revenir sain et sauf.
Tout en respectant le délai fixé par feu JFK.
Et accessoirement de mettre la pâté aux Russes.

Malzberg

lui, est l’un des auteurs les plus radicaux de la New Wave.
Là où certains voient la Lune, il fait partie de ceux qui regardent la Terre : une Amérique secouée par les émeutes (Watts, etc.) et les assassinats (les frères Kennedy et Martin Luther King), incapable de tenir les promesses de Johnson dans la lutte contre la pauvreté, rongée par l’inflation, dirigée par un président sulfureux (Richard « Tricky Dick (Riri les coups tordus)» Nixon), embourbée au Viêt-Nam...

Malzberg

fut d’ailleurs des signataires d’une pétition anti-Guerre du Viêt-Nam, aux côtés de Dick, Silverberg, Ellison, Delany, Asimov, Disch, Bradbury, Sladek, Le Guin, Spinrad, Knight et Wilhelm... et s’opposait ainsi à Heinlein, Niven, Pournelle, Fredric Brown (pas drôle pour le coup), Lafferty, Anderson, Vance, Williamson ou Edmund Hamilton.

Deux Amériques, comme deux science-fictions se faisaient alors face. Elvis allait chez Nixon, tandis que Dylan inventait la protest song.
Et

Malzberg

ne met pas les pieds dans le plat : il y saute à pieds joints, et en profite pour renverser la table, et finalement foutre le feu à la ferme de Maggie et à l’écurie de Campbell.

Le fond et la forme

Le fond :
Comme l’indique le titre, ce roman nous parle donc de l’exploration spatiale, qui vient d’atteindre son zénith.
Spiro Agnew annonce Mars pour l’an 2000 : l’’espace n’a qu’à bien se tenir ! Agnew rentrera dans l’histoire, non pour sa prédiction, mais pour sa démission.
Il y avait donc, pour un disciple de Campbell, de quoi écrire un livre épique, entre L’étoffe des héros de Wolfe et L’histoire du futur de Heinlein, relatant la conquête héroïque de l’espace.
Mais c’est la New wave qui est aux commandes.

Nous sommes dans le futur, un futur proche.
L’échec du vol vers Mars, disparu sans laisser de traces, a contribué à l’enterrement du programme spatial.
C’est donc en secret que se prépare le vol vers Vénus, qui doit laver l’affront martien.

Et le voyage a été une réussite... à un détail près. Partis à deux, il n’y avait plus que le subordonné dans le vaisseau.
Qu’est-il arrivé au capitaine ?
Suicide ? Meurtre ? Vénusiens hostiles ? Un peu des trois ?

C’est là l’intrigue du roman, qui pourrait se situer entre Alien et Solaris.
Sauf qu’il n’en est rien ou presque.

Après le fond, la forme :
En 67 chapitres et un épilogue sur moins de 200 pages, le roman enchaîne les fragments.
Inutile de chercher une intrigue épique, un voyage héroïque. Le roman se concentre sur les divagations contradictoires du survivant, placé en asile psychiatrique.
Le capitaine est-il mort par accident ? Suicide ? Meurtre ? Vénusiens hostiles ? Les versions varient d’un fragment à l’autre, dans une intrigue éparpillée façon puzzle.
Sauf qu’au lieu d’un puzzle classique, nous avons un tas de pièces qui pourraient venir de puzzles différents, avec sur la boite une photo floue et changeante.
L’intrigue se révèle donc comme un roman dans le roman, une mise en abyme dans une réalité fragmentaire d’espaces intérieurs mi-dickiens mi-priestiens, où l’espace, le vrai, est finalement le grand absent. En fait de huis-clos, nous ne sommes même pas dans le vaisseau, mais dans la tête d’un personnage délirant. Si, dans Notre ile sombre (ie Le rat blanc), Priest avait bouleversé la chronologie, l’intrigue restait cohérente. C’est cette vitre que

Malzberg

fait voler en éclat, en y ajoutant des morceaux d’autres vitres, non pour en faire des épées, mais pour tout dynamiter.

La vie et l’espace n’ont donc aucun sens, et l’épopée spatiale, en fait d’aventure épique, n’est rien que vanité. Nous ne l’avons fait que parce que nous le pouvions, parce que c’était techniquement possible.
Et voilà le résultat.
Quête vaine de la vérité, mais a-t-elle seulement sa place dans un roman, qui plus est de sf ?
L’auteur pousse donc à bout la fiction, en rompant non seulement avec la réalité, mais avec le réalisme et la vraisemblance, même.

Dans L’univers est à nous, l’auteur confrontait le fantasme d’une conquête spatiale façon John Wayne civilisant les Indiens à grands coups de fusil, à la réalité terne et désespérante d’une routine vaine et bureaucratique, entre Kafka et Brazyl.
Le présent roman radicalise encore cette logique, ravalant l’épopée à des délires non plus collectifs, mais aux délires d’un fou.

Oeuvre clivante et volontiers expérimentale, ce roman n’a clairement pas été écrit pour plaire à tout le monde.
Satire de la vanité humaine, démolition autant du roman que de la sf campbellienne, anti-fix-up, ce roman n’est clairement pas à recommander à tout le monde.
L’amateur d’expériences littéraires, d’originalité à rebours de la littérature standardisée trouvera sans aucun doute son comptant dans ce roman original, qui préfère Kafka à Campbell, et l’espace intérieur à l’espace intersidéral.
Court, donc vite lu, sa chute ne manquera pas de vous surprendre, en surpassant Dick (mais non, je ne donne aucun nom de roman, histoire de ne pas gâcher la surprise finale).

Quand à savoir si ce roman vous plaira...
Je pense pour ma part qu’il mérite d’être lu, ne serait-ce que pour explorer les marges les plus extrêmes de la sf, ben au-delà de Ballard, Ellison ou Walther.

Malzberg

est un auteur inégal, injustement oublié (son roman réédité chez L’Olivier est anecdotique) mais fortement original.

« Moi, seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu. » Rousseau, Les confessions

Malzberg

a, lui, brisé le moule de la sf. A-t-il bien ou mal fait ?
C'est ce dont on ne peut juger qu'après l'avoir lu.

Avis aux aventureux.

PS : Ironie de l'histoire ? Ce roman a eu le John W. Campbell, Jr. Memorial,




Le premier vol vers Vénus a eu lieu. Deux astronautes étaient à bord : Joseph Jackson et Harry M. Evans. Mais seul Evans est revenu. Jackson, le capitaine, est mort quelque part dans l'espace et son corps a disparu. Pourquoi ? Evans connaît la vérité. Ou plutôt elle est enfouie dans son subconscient et il faut la déterrer. Car Evans a perdu la raison. Mis sous surveillance dans une institution psychiatrique, il est tourné et retourné sur le gril par les médecins qui cherchent à lui arracher son secret. Et pendant ce temps, seul jour après jour dans sa chambre close, il rumine. Il ressasse. Il réinvente la vérité, plusieurs vérités successives aux facettes disparates. Et il consigne dans son journal les obsessions et les fantasmes qui l'enfièvrent : Comment est mort Jackson ? S'est-il suicidé dans un accès de folie furieuse ? A-t-il été tué par Evans dans des circonstances douteuses ? Tous deux ont-ils été agressés par des Vénusiens sortis d'un univers de bande dessinée ?
Evans joue à cache-cache avec la vérité. Mais la seule qui compte est que l'espace n'est pas fait pour l'homme. L'espace rend fou. L'exploration des planètes est un mythe, un gouffre ruineux, un rêve absurde de technocrates. Apollo, et après ? — Après ? Rien.

Barry N. Malzberg est né en 1939. Il est marié, a deux enfants et vit à la campagne à Bergen County. Il écrit depuis dix ans. Une quinzaine de romans, quatre fois plus de nouvelles et des parutions dans des dizaines d'anthologies l'ont placé au tout premier rang des jeunes auteurs américains. Mais c'est avant-tout un iconoclaste qui dynamite la science-fiction de l'intérieur, en s'attaquant à la plupart de ses poncifs. Plusieurs de ses romans (dont Apollo, et après ?) sont également une satire féroce et violente du grand rêve spatial américain né à l'époque des projets Apollo.





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